Le Combat de Carnaval et Carême

Publié le 13 Mars 2019

Connu pour ses paysages et scènes de vie paysanne, Pieter Bruegel, également appelé "Bruegel l'Ancien", est considéré de loin comme le plus grand peintre flamand du XVIe siècle. L'artiste doit sa popularité à ses compositions souvent moralisatrices, où fourmillent des dizaines de personnages, invitant le spectateur à la réflexion sur leur complexité. Ce tableau peut se comprendre comme le partage de la société villageoise flamande entre deux tentations distinctes :

  • la vie tournée vers le plaisir - dont le centre est l'auberge située à gauche du tableau ;
  •  l'observance religieuse - dont le centre est la chapelle à droite du tableau

 

Une autre explication est plus largement philosophique. Il s'agit d'une représentation d'un "monde renversé" (par les luttes religieuses et politiques). Le symbole de ce monde qui fonctionne en dépit du bon sens, c'est, au centre de la toile, le couple éclairé par un flambeau alors qu'il fait jour.

Avant de peindre ce tableau, Bruegel a voyagé en Italie, jusqu'à Naples en 1552, puis à Rome en 1552-53 où vivait encore Michel-Ange. Or il semble que la peinture italienne, dont on peut trouver, en cherchant bien, quelques vagues traces dans Le Port de Naples ou La Chute d'Icare, n'ait eu sur lui aucune influence.

Cette peinture de Pieter Brueghel l'Ancien, riche en allégories et symboles iconographiques, a fait l'objet de longues études. Ce tableau est souvent compris comme le triomphe de Carême : le gros personnage qui incarne Carnaval a les yeux levés au ciel et semble dire au revoir par sa main levée, comme pour saluer et se retirer. Cette compréhension paraît cohérente dans la mesure où le Carême succède au Carnaval dans l'ordre chronologique des fêtes.  Le Combat de carnaval et de carême (Kunsthistorisches Museum de Vienne; 118 x164,5 cm ; 1559). constitue une sorte de synthèse de la vie religieuse et folklorique flamande, telle que la perçoit Bruegel. On peut fournir de ce tableau de multiples interprétations.

Cette peinture de Pieter Brueghel l'Ancien, riche en allégories et symboles iconographiques, a fait l'objet de longues études. Ce tableau est souvent compris comme le triomphe de Carême : le gros personnage qui incarne Carnaval a les yeux levés au ciel et semble dire au revoir par sa main levée, comme pour saluer et se retirer. Cette compréhension paraît cohérente dans la mesure où le Carême succède au Carnaval dans l'ordre chronologique des fêtes. Le Combat de carnaval et de carême (Kunsthistorisches Museum de Vienne; 118 x164,5 cm ; 1559). constitue une sorte de synthèse de la vie religieuse et folklorique flamande, telle que la perçoit Bruegel. On peut fournir de ce tableau de multiples interprétations.

Selon Bakhtine, le carnaval au Moyen Âge, loin de n'être qu'une manifestation folklorique, était une des expressions les plus fortes de la culture populaire, en particulier dans sa dimension subversive. C'était l'occasion pour le peuple de renverser, de façon symbolique et pendant une période limitée, toutes les hiérarchies instituées entre le pouvoir et les dominés, entre le noble et le trivial, entre le haut et le bas, entre le raffiné et le grossier, entre le sacré et le profane… Ce renversement général des valeurs culminait dans l'élection d'un roi du carnaval remplaçant symboliquement et temporairement l'autorité en place (Victor Hugo en a conservé la trace dans son roman Notre-Dame de Paris où le bossu difforme Quasimodo est élu de façon grotesque pape des fous).

Mikhaïl Bakhtine, François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance. Paris, Gallimard, 1982 (ISBN 2070234045) (l'ouvrage a été rédigé en 1940 et publié pour la première fois en Union Soviétique en 1965).

Quelques mots encore sur la nature ambivalente des images carnavalesques. Elles sont toujours doubles, réunissant les deux pôles du changement et de la crise : la naissance et la mort (image de la mort porteuse de promesses), la bénédiction et la malédiction (les imprécations carnavalesques bénissent, et souhaitent simultanément la mort et la renaissance), la louange et l’injure, la jeunesse et la décrépitude, le haut et le bas, la face et le dos, la sottise et la sagesse. La pensée carnavalesque est riche en images géminées suivant la loi des contrastes (petit et grand, gros et maigre), ou des ressemblances (les doubles, les jumeaux). On use abondamment de choses mises à l’envers : vêtements retournés (ou devant derrière), pantalon sur la tête, vaisselle en guise de chapeau, ustensile ménager servant d’arme, etc. C’est là une manifestation particulière de la catégorie de l‘excentricité, une infraction à tout ce qui est habituel et commun, une vie hors de son courant normal.

La Poétique de Dostoïevski, Mikhaïl Bakhtine (Traduction Isabelle Kolitcheff)

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Carnaval, #Pieter Brueghel, #Belgique, #Culture populaire

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article