Les Hamadcha de Fès

Publié le 15 Juin 2026

Les Hamadcha de Fès (ou Hamadcha) incarnent l'une de ces confréries soufies incontournables qui font vibrer le patrimoine mystique et musical du Maroc.

​Aux côtés des Gnawa et des Aïssawa, les Hamadcha forment l'un des trois grands ordres soufis « populaires » du pays. Fondée au XVIIe siècle par le saint Sidi Ali Ben Hamdouch, cette confrérie perpétue depuis des siècles un mélange unique de poésie dévotionnelle, de rythmes hypnotiques et de rituels de transe thérapeutique.

​Qu'est-ce qui rend les Hamadcha de Fès si particuliers ?

​Si la confrérie est présente dans plusieurs régions du Maroc — se rassemblant chaque année pour un grand moussem (pèlerinage) près de Meknès —, le groupe de Fès est sans doute le plus célèbre et le plus prestigieux sur le plan musical.

  • Les gardiens du temple musical : Dirigé par le maître soufi (moqaddem) Abderrahim Amrani Marrakchi, l'ensemble de Fès est internationalement reconnu pour sa rigueur. Ils ont préservé des structures rythmiques et des mélodies d'une complexité rare. Leur répertoire est tellement riche que d'autres traditions, comme les Gnawa, leur ont emprunté des morceaux (les phases de jeu appelées El Hamdouchiyya).
  • Une « thérapie par l'esprit » : Historiquement, les Hamadcha jouaient un rôle de thérapeutes au sein de la communauté. Leurs rituels, appelés lilas (des cérémonies qui durent toute la nuit), utilisent l'encens, des codes couleurs bien précis et des percussions obsédantes pour amener les participants à un état de hal (transe extatique). Cette pratique était traditionnellement utilisée pour soulager la détresse psychologique, évacuer le stress ou apaiser l'esprit.
  • Les instruments : Leur identité sonore repose sur des instruments traditionnels puissants, notamment la ghaita (un hautbois traditionnel au son perçant), divers tambours comme la tarija, et parfois le guembri (un luth à trois cordes).
​Du rituel intime à la scène internationale

​À la fin du XXe siècle, l'urbanisation et les changements sociaux ont bien failli faire disparaître cette tradition. C'est grâce aux efforts de maîtres comme Abderrahim Amrani Marrakchi que les Hamadcha ont trouvé un second souffle, en s'ouvrant au monde sans pour autant perdre leur ancrage spirituel.

​Aujourd'hui, les Hamadcha de Fès ne se produisent plus seulement dans l'intimité des cours intérieures de la médina. Ils sont devenus des habitués des grands rendez-vous mondiaux, comme le Festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès, et tournent régulièrement en Europe, en Amérique et en Asie.

​Ils n'hésitent pas non plus à bousculer les codes en collaborant avec des artistes contemporains, comme le producteur de musique électronique français DJ Click ou le compositeur Frédéric Galliano, créant un pont fascinant entre la transe ancestrale marocaine et les musiques actuelles.

​À Fès, la transmission continue : les maîtres continuent d'enseigner ces chants et ces rythmes sacrés aux jeunes générations pour que cette « médecine de l'âme » continue de résonner.

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Hamadcha, #Fés, #Soufisme

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