Molenbeek en crise. Et demain ? Le bon choix ?

Publié le 28 Juin 2026

Légalement, une commune belge a l’obligation de fournir les services de base obligatoires à sa population : tenir les registres d'état civil (cartes d'identité, passeports), organiser l'enseignement fondamental (les écoles communales), assurer l'aide sociale d'urgence (via le CPAS), ou encore maintenir l'ordre public avec la zone de police. Molenbeek-Saint-Jean rend donc tous ces services essentiels.

​Cependant, Molenbeek fait face à une crise financière et à un sous-financement structurel majeur. Pour boucler son budget, la commune et son CPAS sont contraints de sabrer dans les services non obligatoires (les compétences facultatives).

​Certains services ont été purement et simplement supprimés, d'autres subissent des réductions drastiques qui impactent directement la population :

​1. Les services supprimés ou en cours de suppression
  • L’aide ménagère publique (via le CPAS) : Le CPAS de Molenbeek a dû fermer son propre service d'aides ménagères (qui n'était pas subsidié par la Commission communautaire commune). Les bénéficiaires ont été réorientés vers des entreprises privées ou des structures de titres-services externes.
  • La lutte contre la fracture numérique : Les coupes budgétaires ciblent directement le service communal qui accompagnait et formait la population aux outils informatiques et aux démarches en ligne, un service pourtant crucial dans une commune où la population est fortement précarisée.
​2. Les services fortement ralentis ou restreints
  • L’accueil de première ligne au CPAS : Face à l'explosion de la demande (le nombre de bénéficiaires est passé de 7 300 à 8 500 personnes avec les réformes du chômage), le CPAS subit une réduction d'effectifs. Moins de personnel administratif signifie des délais d'attente beaucoup plus longs pour l'obtention des aides sociales.
  • Les guichets de la population : L'accès physique aux guichets (rue Sainte-Marie ou rue Charles Malis) est devenu très restrictif. L’administration privilégie massivement le guichet en ligne Irisbox. En cas de forte affluence, la distribution des tickets s'arrête régulièrement bien avant l'heure officielle, forçant des citoyens à rebrousser chemin.
​3. Les services culturels et de loisirs "au ralenti"

​La culture et le sport ne font pas partie des missions obligatoires des communes. À Molenbeek, cela se traduit par :

​📉 En résumé : Ce n'est pas que la commune choisit de ne pas rendre ces services, c'est qu'elle n'en a plus les moyens. Le plan de redressement budgétaire impose la suppression de 40 postes à la commune et au CPAS, ce qui fragilise toutes les aides de "seconde ligne" qui faisaient autrefois le filet de sécurité sociale de la commune.

Molenbeek en crise. Et demain ? Le bon choix ?

Pour réduire les coûts administratifs d'une commune bruxelloise, les leviers ne sont pas tout à fait les mêmes qu'ailleurs en raison de la législation belge et du statut particulier des agents.

​Voici les axes principaux sur lesquels une commune de 100 000 habitants (type Schaerbeek ou Anderlecht) peut agir pour faire des économies, classés par efficacité :

​1. La fusion de services avec le CPAS (La "synergie")

​C'est le levier purement bruxellois. La loi oblige les communes et les CPAS à chercher des "synergies". Au lieu d'avoir deux structures parallèles, la tendance est à la mutualisation :

  • Centraliser les fonctions supports : Fusionner les départements des Ressources Humaines (RH), de l'Informatique (IT), des Achats ou des Services Juridiques. Un seul grand service informatique pour la Commune et le CPAS coûte moins cher en licences et en personnel d'encadrement.
  • Exemple : Partager les bâtiments administratifs pour réduire les frais de chauffage, d'entretien et de gardiennage.
​2. Le non-remplacement des départs à la retraite (Le "glissement naturel")

​Licencier dans le secteur public local (même des contractuels) est politiquement et socialement très difficile. Les communes privilégient la gestion douce de la masse salariale :

  • Le taux de remplacement partiel : Remplacer seulement 1 départ à la retraite sur 2 ou sur 3. Pour une commune de 2 500 agents (Commune + CPAS), environ 50 à 80 personnes partent à la retraite chaque année. Ne pas en remplacer la moitié permet d'économiser rapidement un million d'euros par an.
​3. La digitalisation et la simplification administrative

​Bruxelles souffre encore d'une bureaucratie lourde. Automatiser les démarches réduit le besoin en personnel d'accueil et d'encadrement :

  • Guichet en ligne (Irisbox) : Permettre aux citoyens de commander leurs documents (actes de naissance, composition de ménage) 100% en ligne sans intervention humaine.
  • Dématérialisation interne : Passer au "zéro papier" pour les flux financiers et les décisions du Collège communal afin de réduire les tâches d'archivage et de secrétariat.
​4. La mutualisation avec la Région ou d'autres communes

​À Bruxelles, 19 communes se partagent un très petit territoire. Il y a de nombreuses options de centralisation :

  • Les centrales d'achat : Passer par la centrale d'achat régionale (via l'association Borgendael ou Bruxelles Pouvoirs Locaux) pour acheter l'énergie, les voitures de service ou les fournitures de bureau à des prix de gros cassés.
  • Partage de personnel ultra-spécifique : Au lieu que chaque commune de 100 000 habitants embauche son propre ingénieur expert en stabilité ou son propre conseiller en mobilité rare, elles peuvent se "prêter" ou co-financer ces profils experts.
​⚠️ Le piège des "économies faciles" à Bruxelles

​Il y a deux fausses bonnes idées qui, souvent, coûtent plus cher qu'elles ne rapportent :

  1. La sous-traitance au privé (Privatisation) : Confier la propreté ou les cantines au privé fait souvent bondir les coûts à cause de la TVA (21% en Belgique) que la commune doit payer au privé, alors qu'elle ne la paie pas si elle utilise ses propres ouvriers municipaux.
  2. Couper dans les "emplois subsidiés" : Une grande partie des contractuels bruxellois sont sous des statuts d'aide à l'emploi (comme les agents dits Activa ou subventions régionales). La Région bruxelloise finance parfois jusqu'à 70 ou 80% de leur salaire. Si la commune supprime ces postes, elle n'économise que 20 à 30% du coût réel, mais perd 100% du service rendu au citoyen.

Pour sortir de cette gestion de crise permanente et redresser la situation à Molenbeek-Saint-Jean, il n'existe pas de solution miracle magique, mais plutôt un ensemble de réformes structurelles à court, moyen et long terme.

​Voici les grands axes politiques et administratifs nécessaires pour y remédier :

​1. La réforme du refinancement régional (L'urgence politique)

​Molenbeek souffre d'un problème structurel : elle concentre une population très précarisée (qui paie peu d'impôts sur le revenu), mais doit financer des services sociaux gigantesques. La commune ne peut pas s'en sortir seule.

  • Réformer la Dotation Générale aux Communes (DGC) : Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale doit modifier ses critères de répartition pour mieux prendre en compte la "charge sociale" réelle et la pauvreté des habitants, plutôt que simplement la superficie ou la population brute.
  • Une solidarité intercommunale : Augmenter les transferts financiers des communes bruxelloises plus riches (comme Uccle ou Woluwe-Saint-Pierre) vers les communes de la "première couronne" en difficulté.
​2. Accélérer la fusion des services Commune-CPAS

​Puisque le management de métier fait déjà du triage, il faut lui donner les outils légaux pour aller au bout de la démarche :

  • ​Fusionner totalement les services "miroirs" (RH, comptabilité, logistique, informatique) de la Commune et du CPAS pour supprimer les doublons hiérarchiques.
  • ​Créer des guichets uniques où un citoyen peut régler à la fois ses démarches d'état civil, de logement social et d'aides du CPAS, réduisant ainsi les coûts de structure et l'immobilier.
​3. La transition numérique inclusive

​La digitalisation permet des économies d'échelle massives, mais à Molenbeek, elle crée de la fracture numérique. La solution n'est pas de freiner le numérique, mais de changer l'approche :

  • ​Automatiser à 100 % les démarches pour les citoyens qui savent l'utiliser via l'application mobile et le guichet en ligne.
  • ​Réaffecter le personnel communal ainsi libéré vers des "maisons de quartier" ou des bus itinérants pour accompagner physiquement les personnes âgées ou déconnectées. On réduit le personnel dans les bureaux centraux pour le remettre sur le terrain.
​4. Investir dans le développement économique local

​Pour augmenter les recettes de la commune (via les taxes sur les commerces et les entreprises), il faut dynamiser le territoire :

  • Attirer de l'activité économique non polluante : Profiter de la proximité du canal et de zones comme Tour et Taxis pour attirer des entreprises créatives, des start-ups et du commerce de transit qui paient des taxes locales.
  • Lier l'emploi local aux chantiers publics : Imposer des clauses d'embauche de Molenbeekois dans tous les grands contrats de rénovation urbaine financés par la Région ou l'Europe pour faire baisser directement la charge du CPAS.
​5. L'option taboue : La fusion des communes à Bruxelles

​À long terme, c'est le débat qui revient régulièrement au Parlement bruxellois.

​🏛️ Maintenir 19 communes et 19 CPAS sur un territoire plus petit que la ville de Paris engendre des coûts de structure colossaux (19 bourgmestres, des dizaines d'échevins, 19 directions générales).

 

​Passer à une structure centralisée (une seule grande ville de Bruxelles divisée en districts, sur le modèle d'Anvers, de Paris ou de Lyon) permettrait de mutualiser toutes les recettes fiscales de la capitale et de gommer définitivement les inégalités entre Molenbeek et les communes riches.

Pour beaucoup de responsables francophones, maintenir 19 communes est le prix à payer pour sanctuariser l'équilibre linguistique et garder un lien social direct avec les quartiers. Pour les partisans de la réforme, c'est un luxe bureaucratique que la Région ne peut plus se payer au vu de son marasme financier.

Mario Scolas

Molenbeek en crise. Et demain ? Le bon choix ?

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Molenbeek, #Molenbeek-Saint-Jean, #2026, #Bruxelles, #Belgique

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