L’histoire piétinée : brisons la théorie des extrêmes
Publié le 16 Septembre 2026
Par Mario Scolas Last Night in Orient
Le 16 septembre 2026
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Le récent débat survenu au Parlement, initié par une proposition de résolution portée par Diana Nikolic — cheffe de groupe du Mouvement Réformateur (MR) — et soutenue par les députés des Engagés visant à renvoyer dos à dos l’extrême droite et la gauche dans les écoles, a provoqué de vives réactions. Parmi elles, la prise de position de l’historienne et professeure honoraire de l’ULB Anne Morelli s’impose comme un rappel cinglant de l’importance des faits et de la rigueur historique.
Une manipulation mémorielle inacceptable
Fille d’un résistant communiste, déporté par les nazis et reconnu prisonnier politique, Anne Morelli n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « grossière manipulation politique ». Dans un texte incisif, elle s’est dite scandalisée par la tentative de « mettre sur le même pied les victimes et leurs bourreaux ».
Pour l’historienne, l’utilisation de ce type de rhétorique par la droite et la majorité parlementaire relève d’un piège bien rodé : taxer d’extrémistes tous ceux qui contestent l’état du monde actuel pour mieux les criminaliser. Cette stratégie de glissement sémantique vise à étouffer toute contestation sociale ou politique légitime, un scénario que l’on observe malheureusement déjà dans divers pays européens.
La « novlangue » politique et la banalisation de l’extrême droite
Au-delà de la séquence parlementaire — où le texte initial a finalement été retiré pour être réécrit après six heures de vifs débats —, c’est le fond de la méthode qui interroge. En voulant imposer l’idée qu’« il faut enseigner les dérives de l’extrême gauche » au même titre que celles de l’extrême droite, les initiateurs du texte, emmenés par Diana Nikolic et relayés par Les Engagés, ont superposé deux réalités fondamentalement irréconciliables.
Pour les intellectuels, les historiens et les citoyens qui s’opposent à cet amalgame, ériger cette prétendue « théorie des extrêmes » en dogme politique relève d’une falsification. Les critiques de cette approche soulignent trois écueils majeurs :
- Le refus de la symétrie historique : l’extrême droite et l’extrême gauche ne partagent ni la même généalogie ni les mêmes finalités. L’extrême droite structure son projet politique autour de l’exclusion, du repli national et de la hiérarchie entre les êtres humains, trouvant son aboutissement historique dans le fascisme et le nazisme. À l’inverse, l’extrême gauche s’inscrit dans une filiation d’émancipation universelle et de justice sociale. Les renvoyer dos à dos nie la nature même de leurs projets.
- Une stratégie de normalisation : assimiler la contestation de gauche à la menace fasciste permet souvent à la droite traditionnelle de banaliser ses propres compromis ou glissements, en agitant l’épouvantail d’un prétendu péril symétrique.
- Le musèlement de la contestation : en étiquetant « extrémiste » quiconque s’oppose frontalement au système ou aux politiques en place, on cherche à délégitimer la critique sociale et à restreindre les frontières du débat démocratique légitime.
En effaçant ces frontières fondamentales à coups de concepts flous, le Mouvement Réformateur et ses partenaires s’appuient sur une forme de novlangue. Cette stratégie lexicale poursuit un objectif pernicieux : déplacer la fenêtre de Overton pour normaliser, par ricochet, les thèses de l’extrême droite tout en délégitimant toute opposition frontale aux politiques en place.
Le rôle trouble de certains relais médiatiques et la vigilance universitaire
Cette confusion politique trouve un terreau fertile dans la banalisation à l’œuvre au sein de certains sous-discours médiatiques, relayés par une presse peu soucieuse de rigueur intellectuelle. Face à cette dérive, le monde universitaire et de la recherche en sciences humaines monte régulièrement au créneau. Historiens, sociologues et politologues rappellent que la science distingue rigoureusement les dynamiques historiques du fascisme de celles des mouvements de contestation sociale. Ériger cette prétendue théorie au rang de débat légitime constitue une erreur fondamentale, puisqu’il s’agit de réalités qui n’ont tout simplement rien en commun.
Témoignage et engagement
Soutenir la démarche d’Anne Morelli relève ici d’une évidence. Pour l’avoir eue comme professeure d’histoire, tant sur les bancs de l’enseignement secondaire qu’à l’université, j’ai appris auprès d’elle à ne jamais dissocier l’analyse du passé de la vigilance citoyenne. Son enseignement nous a armés intellectuellement pour décrypter les mécanismes de la propagande et refuser les falsifications de l’histoire.
Si les auteurs de cette tentative de banalisation ont dû reculer face à la fronde, ils reviendront. Mais face à leurs manœuvres, notre détermination reste totale. L’histoire ne s’efface pas à coups de novlangue, et nous serons toujours là pour rappeler que résister à leurs politiques, c’est refuser de laisser passer l’intolérable.
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