Souveraineté de l'âme et refus des armes
Publié le 8 Septembre 2026
Par Mario Scolas pour Last Night in Orient — Publié le 8 septembre 2026
À l'heure où les tensions géopolitiques exigent des citoyens un alignement inconditionnel, je refuse de porter les armes, de me soumettre au service militaire ou de céder la moindre parcelle de mon intégrité physique au nom de la « patrie ». Je refuse également que mes proches y participent, qu'il s'agisse d'engager leur corps au combat ou d'aliéner leur liberté pour des intérêts étatiques. Ce rejet absolu ne relève pas d'une simple défaillance civique, mais d'une exigence philosophique absolue : la primauté de la conscience individuelle. Je postule que la souveraineté morale, spirituelle et corporelle de la personne humaine surclasse par essence toute autorité étatique et tout impératif belliqueux.
Cette résistance intime et politique s'articule autour de quatre dimensions fondamentales :
1. L’inviolabilité du corps et la dépolitisation de l'altruisme
- La souveraineté corporelle : Qu’il s’agisse de la conscription militaire ou d’une rhétorique nationaliste visant à capter nos fluides vitaux, je refuse que les corps — le mien ou celui de mes proches — soient réifiés en simples ressources stratégiques ou en réserves exploitables pour l’État.
- L’éthique du don désintéressé : L'altruisme abdique sa vertu morale dès lors qu'il est instrumentalisé par le pouvoir politique. Aider son prochain doit relever d’une démarche humaniste, strictement affranchie de tout impératif national.
2. L’exigence spirituelle et l’universalisme de l’amour
- L’altérité radicale de l’Évangile : Dans ma perspective chrétienne, l’amour du prochain (l’agapè) abolit toute frontière géopolitique. En étendant ce devoir jusqu'à l'injonction d'aimer nos ennemis, ma foi entre en contradiction irréductible avec la belligérance institutionnalisée.
- Le refus de l’idolâtrie étatique : Nos corps étant conçus comme des sanctuaires spirituels, ériger la patrie en une divinité tutélaire exigeant le sacrifice du sang s'apparente à un culte idolâtre, substituant la dévotion politique à la loi divine ou universelle.
3. La critique du nationalisme et l’anachronisme belliqueux
- La vacuité morale des frontières : Le cosmopolitisme me rappelle que la vie humaine possède une valeur intrinsèque et universelle, rendant insoutenable le sacrifice exigé par des constructions historiques contingentes.
- La déshumanisation technologique : Les conflits contemporains, régis par la froide machinerie des technologies de frappe à distance et les guerres par procuration, réduisent les individus à de simples variables sacrificielles au service de rivalités hégémoniques.
4. Le renversement démocratique et la reconnaissance légale
- La destitution de la soumission aveugle : En répudiant le dogme de l'obéissance hiérarchique (« j'ai seulement obéi aux ordres »), je réaffirme ma pleine et entière responsabilité morale face aux lois iniques, pour moi et pour les miens.
- L'impératif juridique : Une démocratie authentique ne se mesure pas à sa capacité d'embrigadement, mais à son aptitude à institutionnaliser l'objection de conscience totale, protégeant ainsi l'intégrité corporelle et morale de chaque citoyen contre toute forme de coercition patriotique.
En définitive, en érigeant ma conscience individuelle et celle de mes proches en rempart ultime, je redéfinis mon contrat social : je refuse de nous dissoudre dans une collectivité sacrificielle et j'attends de l'État qu'il s'incline devant l'inviolabilité de nos personnes. En refusant d'être la monnaie d'échange des conflits terrestres, je choisis de témoigner que la véritable grandeur d'une civilisation réside dans sa capacité à préserver la liberté de ceux qui refusent de tuer et de mourir en son nom.
/image%2F1043068%2F20260908%2Fob_50ed32_1000010198.jpg)
/image%2F1043068%2F20190307%2Fob_c9e249_lnolno-last-night-in-orient-le-log.png)