Le soufisme, un mouvement spirituel propre à l'Islam

Publié le 19 Mai 2008

 

« Ô Ami, cesse de chercher le pourquoi et le comment. Cesse de faire tourner la roue de ton âme. Là même où tu te trouves, en cet instant tout t'est donné, dans la plus grande perfection. Accepte ce don, presse le jus de l'instant qui passe ».

Dès sa genèse, l’islam s'est développé en deux pôles antagonistes, celui des juristes préoccupés par la Loi qui distingue le licite de l’illicite (hallal et haram) et celui des mystiques qui se polissent le cœur par l’invocation de Dieu pour qu’il reflète la lumière, une tension entre l’épée et le chapelet, le fiqh (droit musulman, spécialité des ulama, savants) et le tassawuf (mystique musulmane, soufisme, pratiqué par les foqara, les « pauvres en Dieu »).

Dans le Coran comme dans la Bible, il est écrit que Dieu a donné vie à Adam en soufflant dans ses narines, et l’invocation silencieuse ou collective, la lecture du Coran comme le chant et la musique modulent le souffle pour célébrer al-Hayy, le Vivant, un des 99 beaux noms de Dieu. le soufisme, c'est le fond même de la religion.

C'est l'application, l'empirisme ou l'expérienciel, l'éveil de personnes qui ont saisi l'Islam et en fait la Vie dans toute sa profondeur. Il y a de véritables trésors dans le Coran pour évoluer dans la vie; des éléments que l'on retrouve dans d'autres religions aussi. En cela, elles appellent toutes au même dessein, l'évolution vers notre être fondamental, "le Bien aimé intérieur" comme disent les soufis, le Soi par le processus d'individuation selon le merveilleux psychanalyste Carl Gustav Jung. C'est le processus dans la vie d'un individu le plus difficile à atteindre, c'est la raison pour laquelle Jésus a dit "il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus". Beaucoup ne souhaitent pas se remettre en question car cela serait trop douloureux, c'est pourtant le passage obligé pour entreprendre l'évolution; c'est l'attitude de millions et de millions de gens pratiquants qui délèguent leur vie à Dieu, sans faire l'effort de le rencontrer en eux-mêmes. Les soufis le font. Contrairement à l'Islam étriqué prôné par les tenants du jihad contre les ennemis, le soufisme, fondement de la pratique religieuse, à la base de ses traditions de modération, offre à l'Humanité tout entière une méthode de cheminement spirituel permettant à l'homme de mieux vivre sa vie terrestre.

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Couverture

Marouane Hajji, jeune prodige soufi de Fès

Le soufisme (تصوف}} [tassawwuf]) est un mouvement de spiritualité propre à  l'islam, où il est désigné par le mot "tassawuf", lequel est rendu par "soufisme" en français. Un membre initié du soufisme est appelé généralement un soufi, bien que le terme soufi désigne un individu qui est parvenu à la réalisation spirituelle totale. Tradition pluriséculaire répandue dans le monde entier, le soufisme est à l'origine de nombreuses voies spirituelles. Se situant lui-même au coeur de l'islam, ce n'est pas une philosophie, encore moins un système : il s'agit avant tout

pas notre coeur physique, mais cette fine pointe de l'être qui est le lieu de la perception spirituelle. Le soufisme est pratiqué sous la direction d'un Cheikh (littéralement : « l'Ancien » ou « le Guide »). La fonction de ce Cheikh est une guidance spirituelle, ayant pour objectif de nous faire découvrir par nous-mêmes la réalité divine. Le Guide est celui qui a déjà parcouru le chemin, qui s'est éteint en Dieu, et qui a ensuite été renvoyé vers les Hommes pour les guider vers Lui, indépendamment de tout choix et de toute volonté personnelle.

Un aspirant à une telle réalisation intérieure devrait être appelé moutaçawwouf. Les maîtres soufis se sont servis de la terminologie coranique pour décrire différents degrés de réalisation spirituelle.

Ils distinguent trois phases dans l’élévation de l’âme vers la connaissance de Dieu : d’abord l’âme gouvernée par ses passions (le postulant à l’initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd (aspirant) ; vient ensuite le degré de l’âme qui se blâme elle-même, c’est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l’initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur »), puis le troisième et dernier niveau est celui de l’âme apaisée (réintégrée à l’Esprit), l’initié arrivé à ce stade est appelé mouradh (parfait).

 

Les soufis se regroupent en confréries, dont les premières sont nées en terre chiite, sous l'impulsion de Rumi, au XIIème siècle de l'ère chrétienne. Tout en demeurant attachée à la loi islamique, le mysticisme musulman ou soufisme vise une approche sensitive et charnelle de la foi à travers une méthode théorique et pratique enseignée par des maîtres pour vivre l'expérimentation de l'union avec Dieu au cours de la vie terrestre.  Si les confréries sont nées en Orient et au Maghreb  elles ont surtout recruté en Afrique Noire. Cela est peut-être dû à leur capacité d'adaptation et au rôle important qu'elles auront joué dans ces sociétés où elles sont devenues de véritables acteurs sociopolitiques.

Le mot soufisme aurait été forgé à partir du mot "el-soufiya" qui désigne en arabe l'homme qui a réalisé pleinement sa spiritualité et qui est arrivé au terme de la Voie. Tous les gens qui suivent le chemin du "tassawuf" ne sont pas des "soufis" mais des "aspirants" à la voie spirituelle, guidés par des "soufis", ou encore des maîtres spirituels.

Le tassawwuf consiste à pratiquer l'Islam, tout d'abord comme tous les autres musulmans, et à en faire plus tant au niveau des prières, que du jeûne. On retrouve aussi des pratiques ascétiques pour purifier l'ego et surtout le "dhikr", qu'on pourrait traduire par "rappel", qui consiste à se remémorer Dieu notamment en répétant des noms divins, seul ou à plusieurs. Il est à noter qu'il existe plusieurs modalités de "dhikr".

Dans l'histoire de l'islam, le soufisme (Tassawuf) s'est très tôt opposé à la casuistique des théologiens, mais il n'en respecte pas moins scrupuleusement la loi. Les soufis ont élaboré une image intemporelle du prophète de l'islam. Ainsi, leur piété faite d'amour et de relation personnelle avec le divin est à l'origine d'un culte mystique intime de Mohammed et de son message.

 

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Une autre pratique régulière que l'on retrouve dans le "tassawuf", c'est la récitation de bénédictions sur le Prophète Muhammed. Le tassawuf a pour but de conduire au degré de l'excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du cœur, conduit à la sincérité spirituelle (ikhlâs) permettant d'accueillir la Lumière divine, par laquelle on connaît, par laquelle on voit ; mais peu arrivent à ce but. Celui qui arrive au but - le soufi -, après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, prend vie en Dieu, et n'agit que par Lui ainsi qu'Il l'a dit : « Mon Serviteur ne s'approche pas de Moi par quelque chose que J'aime davantage que par les actes que Je lui ai prescrits, Il ne cesse de s'approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu'à ce que Je l'aime. Et lorsque Je l'aime, Je suis l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit... » (Hadith qoudsi rapporté par Al-Bokhari).

Les gens du tassawuf, souvent critiqués par ignorance ou par envie, produisirent un certains nombre de versets ou de hadiths pour confirmer leur pratique, du dhikr par exemple par ce verset coranique, quoiqu'il y en ait d'autres qui aillent dans le même sens.

 

Reste en la compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur en désirant sa Face

Voici le propos d'un maître spirituel actuel: L'islam est la religion de l'unicité de Dieu, de l'amour et de la paix. Il symbolise l'effort permanent, le combat incessant pour l'excellence du comportement, et la sincérité du culte ; le soufisme en est le cœur. C'est la voie de la connaissance de Dieu, et de la sérénité de l'âme.(Hamza al Qâdiri al Boutchichi)

Le soufisme n'a rien à voir avec le courant monastique chrétien, car le Coran récuse clairement la vie monastique.

Ils (les chrétiens) ont inventé la vie monastique - que Nous n'avions nullement prescrite - poussés par le désir de plaire à Dieu. (Coran LVII ; 27). Toutefois comme le précise Charles-Robert Ageron " Les confréries musulmanes se rapprochent des ordres religieux chrétiens en ce qu'elles reconnaissent un maître, le chaïkh ('Chikh), des préposés locaux, et qu'elles comportent des novices et des disciples (muroud ) reçus après initiation devant une hiérarchie de témoins et voués à l'obéissance. La plupart des confréries possèdent aussi des sortes de couvents ou centres de prières (zawiya encore appelés ribat , khanqa , tekkiyé ) généralement construits auprès de la tombe d'un saint vénéré dont on vient implorer la bénédiction (baraka ). Quelques-uns abritent une vie monastique (vie commune des frères), mais le célibat est exceptionnel. On y pratique des exercices liturgiques particuliers, jeûnes, invocations, récitation de litanies (dhikr ). Chaque confrérie utilise ses formules spéciales de dhikr , ses litanies de noms et d'attributs divins, ses recueils de textes coraniques ou de poésies mystiques. Toutes les confréries comprennent aussi des affiliés, à la manière des tiers ordres catholiques. Ceux-ci subissent, tout comme les novices, un rituel d'initiation et sont ensuite tenus à certaines pratiques collectives: retraites, méditations ascétiques, veillées pieuses et prières accompagnées ou non de musique et de danse, fêtes annuelles (zerda , moussem ), visite au tombeau du fondateur (ziyara ), offrandes et aumônes pieuses, travaux d'entraide."[1]

Les pratiques soufies

Le soufisme est reconnu par les quatre écoles juridiques (madhhab) sunnites, et les quatres fondateurs sont reconnus pour être eux-mêmes des soufis, au sens véritable du mot, c'est-à-dire des saints et par les chiites comme une expression de la foi islamique.

Le terme soufi désigne un individu parvenu à la réalisation spirituelle totale mais un aspirant à une telle réalisation intérieure devrait être appelé moutaçawwif (مُتَصَوِّف [mutassawwif]).

Les maîtres soufis se sont servis de la terminologie coranique pour décrire différents degrés de réalisation spirituelle. Ils distinguent trois phases dans l'élévation de l'âme vers la connaissance de Dieu : d'abord l'âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l'initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd (مُريد [murīd], novice; nouvel adepte; disciple). Vient ensuite le degré de l'âme qui se blâme elle-même, c'est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l'initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (farsi : سالك [sālik], voyageur) itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur ». Puis le troisième et dernier niveau est celui de l'âme apaisée, réintégrée à l'Esprit.

 

Les soufis se sont organisés en confréries (turuq, pluriel de tarîqa); chemin, voie) fondées par des maîtres spirituels (chaykh) qui furent pendant un certain temps et encore beaucoup aujourd'hui des descendants du prophète Mahomet par son cousin Ali et sa fille Fâtima. Chaque soufi doit faire état d'une « chaîne » (silsilah) qui le rattache par différents intermédiaires à l'enseignement du Prophète. Toutes les voies spirituelles remontent de toute façon à 'Ali ibn Abi Talib, et par conséquent au Prophète. L'exercice spirituel que les soufis privilégient est le dhikr (remémoration, souvenir); il s'agit d'une pratique consistant à évoquer Allah (Dieu) en répétant Son nom de manière rythmée et en restant centré sur Sa pensée. Le dikhr est considéré comme une pratique transformatrice de l'âme, car on juge que le nom d'Allah possède une sorte de valeur théurgique qui agit sur l'âme.

Les premiers groupes de soufis s'organisèrent à Koufa et à Bassorah dès le VIIIe siècle de l'ère chrétienne, puis à Bagdad au IXe siècle. Le soufisme est surtout implanté dans les régions tardivement converties à l'Islam : en Asie centrale, en Inde, où il fut l'un des fers de lance de l'islamisation, et dans le monde turc. C'est à cette époque qu'apparurent les premières confréries, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de tassawuf mais il était pratiqué plus individuellement.

Le soufisme est un courant ésotérique qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou zahir) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou batin). Il se caractérise par une forme de renoncement aux biens matériels (piétisme) et une volonté de recherche de l'extase, ou plutôt de « l'extinction » (al-fana'), c'est-à-dire l'annihilation de l'ego pour parvenir à la conscience de la présence de l'action de Dieu en soi : Le moi individuel doit être sacrifié pour laisser place à l'Esprit, étincelle divine en l'homme : Il l'a formé harmonieusement puis lui a insufflé de Son esprit.

 

Le Coran (XXXII; 9)

Le soufisme se présente donc comme l'aspect intérieur de l'Islam.

Les confréries soufies furent persécutées par certaines autorités du sunnisme car jugées hétérodoxes par certains docteurs de la loi musulmane et car alliées au chiisme. Aujourd'hui encore les courants les plus orthodoxes cherchent à diminuer l'influence des confréries soufies dans le monde, le soufisme étant considéré comme un instrument pour sortir du cadre d'une forme d'orthodoxie stricte et littérale et, surtout, comme une dérive superstitieuse et, parfois, paganiste. En Perse la dynastie des Séfévides était issue d'une dynastie soufie.

La théorie

  • Fidélité et respect du Coran
  • Respect, obligation et assiduité de la pratique religieuse
  • Respect de tous les prophètes
  • Imitation du modèle muhammadien (conformité à la sûnna)
  • Rejet absolu de l'innovation / hérésie (al-bid'a)
  • Agrément de la volonté de Dieu (al-ridâ' bî al-qâdar)
  • Servir Dieu et le prophète Muhammad
  • Servir et défendre l'islam
  • Craindre Dieu
  • Connaître les attributs divins
  • Respecter de toutes les formes de vie
  • Respecter la nature
  • Aimer les gens de la foi (al-ahl al-imân)
  • Oublier tout de sa vie passée pour renaître dans la sûnna
  • Ne pas se montrer sous un aspect négligeant
  • Faire preuve d'humilité
  • Ne pas penser du mal d'autrui (al-su'zan bî al 'khalq)
  • Ne pas se montrer tyrannique
  • Ne pas se complaire dans ses actes
  • Ne pas se vanter
  • Parler avec sagesse
  • Utiliser le silence pour la réflexion
  • Faire de son regard une considération pour autrui
  • Mépriser l'argent et les richesses matérielles
  • Mépriser les mondanités
  • Aimer les pauvres
  • Eviter les libertins
  • Ne pas rechercher la gloire
  • Ne pas faire le mal et rechercher à faire le bien
  • Ne pas calomnier ni injurier
  • Protéger et défendre les musulmans
  • Ne pas se montrer manichéen (zindiq)
  • Ne pas se montrer violent par les actes ou par la parole
  • Etre heureux par Dieu, ses messagers, ses prophètes et ses saints (al-walî-s)
  • Respecter et servir les saints de l'islam
  • Respecter les « ravis en Dieu » (al-majdûb-s)
  • Etre triste pour les actes de son ego (al-nafs)
  • Avoir de la décence dans l'observation
  • Avoir de la décence dans le regard
  • Avoir de la décence dans le débat
  • Avoir de la décence dans la discussion
  • Combattre la rancoeur (al-haqd)
  • Combattre l'envie (al-hassad)
  • Combattre l'étonnement / l'émerveillement (al-‘ajab)
  • Combattre la non sincérité (al-riyâ')
  • Combattre la fierté de connaître la science exotérique (al-iftikhar bî al 'ilm)
  • Combattre son mauvais tempérament (al-su'l'khulq)
  • Respecter le pouvoir temporel
  • Combattre le plaisir du commandement (al-riyâsa)
  • Hospitalité, protection, nourriture et accueil de la part du Chaykh al-Kâmil et de sa zâwiya
  • Baser ses efforts (al-jihâd) sur l'adoration et les louanges à Dieu (al-dhikr Allâh)
  • Tenter d'atteindre la passion (al-chuq) de Dieu
  • Se préoccuper de Celui qui connaît le mystère (al-ghayb)
  • Suivre la guidance (al-hidâya) d'un Chaykh savant (al- ‘alim)
  • Se méfier de la propagande religieuse (al-dâ')
  • Suivre celui qui a la capacité d'interpréter les textes, le «clairvoyant » (al-basîra)
  • Tenir compagnie à celui qui possède la science des états spirituels (al-‘ilm al-ahwâl)
  • Acquérir la science (al-‘ilm) qui rapproche de Dieu
  • Acquérir la science de l'unicité (al-‘ilm tawhîd)
  • Acquérir la science de la connaissance (al-‘ilm ma'rifa)
  • Acquérir la science du débat (al-‘ilm muhâdat)
  • Acquérir science de la discussion (al-‘ilm mukâdat)
  • Acquérir la science de l'apparent (al-‘ilm zâhir)
  • Acquérir la science du caché (al-‘ilm bâtin)
  • Acquérir la science du caché profond (al-bâtin al-bâtin)
  • Acquérir la science de l'illumination (al-‘ilm tanuîr)
  • Acquérir la science la purification (al-‘ilm tathîr)
  • Acquérir la décence de la Présence divine (al-adâd al-hadra)
  • Acquérir la décence de la réunion des disciples (al-adâd al- mujâlassa)
  • Acquérir l'amour de l'âme (al-mahaba al-ruh)
  • Acquérir l'amour de la raison (al-mahaba al-‘aql)
  • Acquérir l'amour de l'ego (al-mahaba al-nafs)
  • Acquérir l'amour de la piété (al-mahaba al-taqwâ)
  • Aimer le chaykh et ses « frères » sur la voie spirituelle
  • Faire preuve d'assiduité rituelle dans les réunions de disciples
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la récitation des prières collectives et individuelles
  • Faire preuve d'abondance dans la récitation de la chahâda (« il n'y a ne dieu que Dieu »)
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la récitation de la prière pour le Prophète
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la pénitence (al-istirfâr)
  • Comprendre profondément le sens des invocations
  • Régularité dans la pratique exotérique et ésotérique
  • Observation des commandements divins

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Principales figures du Soufisme

  • Abi Mohammed Salih Soufi du début du 12eme siècle dont l'action déborda les frontières du Maroc.
  • Abul-Hassan al-Kharaqani
  • Abdeslam Ben Mchich Alami (père mystique de la tariqa Chadhiliyya).
  • Abou Hassan ach-Chadhili (fondateur de la tariqa Chadhiliyya).
  • Muhammad Ben Aissa (fondateur de la tariqa Aissawa)
  • Ahmad ibn Idris
  • Bayazid al-Bistami
  • Bahloul ben Assem (ou Acem)
  • Al-Jounayd Al-Baghadiyy
  • Muhyi Ud Din Ibn Arabi
  • Ahmed El Alaoui
  • Ahmad Ar-Rifa^iyy
  • Abou Madian Chouaib
  • L'emir Abd El-Kader
  • Jalal Ud Din Rumi
  • Rûzbehân
  • Hafez
  • Farid Al-Din Attar
  • Saadi
  • Abu Hamid Al Ghazali
  • A'd od-Din Mahmoud Chabestari
  • Nûruddîn Abdurrahmân Isfarâyinî
  • Shayk Abd al Qadir al-Jilani
  • Abu Talib Al Makki
  • Sidi Ahmad Ibn 'Ata Allah
  • Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi
  • Dr. Javad Nurbakhsh
  • Abou al-Abbas Ahmed at-Tijani
  • Sidi Muhammad Al Ghaly
  • Shaykh Al Islam [Ibrahima Niass]de Kaolack (Sénégal)
  • Umar Al Futiyu Tall
  • Sidi Al Hajj Malick Sy
  • Shaykh Hamaoula Shérif
  • Shaykh Ahmadou Bamba
Martyrs
  • Ibn Mansour al Halladj, soufi de Bagdad fut exécuté en 922. Crucifixion, après flagellation et mutilations du sexe, aux pieds et aux mains.
  • A'd od-Din Mahmoud Chabestari, brûlé sur un bûcher

« Pratiquement tous les martyrs soufis ont trouvé la mort aux mains d'autorités fanatiques religieuses ou légalistes littérales, toutes convaincues d'avoir raison et de représenter officiellement l'Islam », Federico Gonzalez. Ajouter 'Abd al-Salâm ibn Mashîsh, Cf. l'ouvrage de Zakia Zouanat "Ibn Mashîsh maître d'al-Shâdhilî", Al-Najah al-Jadida, Casablanca, 1998

Les premières écoles soufis s'élaborent au IXe s. à Bassora et à Bagdad autour de maîtres réputés comme Junayd et son disciple al-Hallaj.

À partir du XIIe s. se répandent des confréries (tariqa) où les adeptes (mouride), à la recherche de l'anéantissement en Dieu, sont guidés par un cheikh ou munchid dans la pratique du dhikr, c'est à dire la répétition d'invocations qui est la pratique la plus courante du mouride (le disciple) qui est l'élément central du rituel soufi.

Ainsi naissent notamment la Qadiriyya à Bagdad  au XIVe s., la Sanusiyya au XIXe s. au Maghreb... Le maraboutisme, essentiellement présent en Afrique du Nord, représente un autre aspect du soufisme, mais la forme dominante en est constituée par les très nombreuses confréries qui jouent encore actuellement un rôle politique et religieux important.

Si le Soufisme se distingue des autres formes de spiritualité par son ancrage à l'Islam, le soufi se distingue d'un quelconque musulman par son assiduité au 'Dikhr'.  En tête des invocations musulmanes on rencontre tout d'abord la formule de l'unicité La-ilaha illa-llah. 

Le Maroc a connu, tout au long de son histoire, des confréries soufies fondées par des maîtres éducateurs reconnus pour leur mansuétude et leur clairvoyant discernement et considérés comme des modèles de conduite morale à suivre. Ces confréries furent des écoles spirituelles et éducatives ayant servi l'Islam en contribuant à la consécration de ses préceptes, à l'approfondissement de la connaissance de ses règles et à son adaptation aux lieux et aux conjonctures. Leur encadrement de la population s'exerçait par le biais de zaouias implantées dans les villes et dans les campagnes, et dont certaines continuent d'exister aujourd'hui. Les soufis prennent leurs distances à l'égard des fondamentalistes (qui voient dans l'islam l'émulation stricte et utopique du prophète Mahomet et de ses compagnons) en insistant tout particulièrement sur l'adaptation de la communauté aux préoccupations et aux priorités des temps modernes. Les soufis ne condamnent pas les femmes non voilées pas plus qu'ils ne censurent les distractions de notre époque. Pour eux, la différence entre vertu et vice tient à l'intention et non pas aux apparences.

Le soufisme est si répandu dans la culture marocaine que son rôle ne peut pas être convenablement appréhendé si on le réduit à une secte ou à un lieu sacré ; il va même jusqu'à s'imprégner des genres musicaux dits ''modernes'' ou ''occidentaux''. Le raï, ainsi que les versions marocaines de hip hop et de rap, peuvent sembler trop terrestres ou trop sensuels pour être associés au soufisme. Pourtant, ils s'inspirent de la poésie soufie pour chanter l'essence première de l'être humain, les vertus de la simplicité et les dons curatifs des saints soufis comme Sidi Abderrahman Majdoub, Sidi Ahmed Tijani et Sidi Boumediene, chefs spirituels vénérés par leurs pairs et disciples pour avoir atteint l'union spirituelle avec Dieu au cours de leur existence sur terre.

L'impact du soufisme sur la culture des jeunes est plus explicite dans les paroles du groupe Nass El Ghiwane et de Saharan Gnawa musicians. Ces deux groupes ont profondément influencé la musique populaire marocaine depuis les années 70. Les chansons de Ghiwan imprégnées de la mode hippie des groupes tels que les Rolling Stones et Pink Floyd, poussent bon nombre de ceux qui les écoutent vers une réponse physique appelée shatha, un terme arabe marocain employé pour parler de danse moderne. Le Maroc doit son image de nation musulmane moderne au soufisme, une tradition islamique spirituelle et tolérante qui remonte aux premières générations de musulmans et qui, pendant des siècles, a soutenu la cohésion religieuse, sociale et culturelle de la société marocaine. Le soufisme apporte des réponses à quelques-uns des problèmes les plus complexes que connaît le monde musulman contemporain dont les jeunes constituent la majeure partie de la population. mettant l'accent sur les valeurs universelles que l'islam partage avec le christianisme et le judaïsme (comme la recherche du bonheur, l'amour des siens, la tolérance des différences raciales et religieuses et la promotion de la paix), les rassemblements soufis incitent les jeunes à s'engager dans le dialogue interreligieux. Pris ensemble, les séminaires soufis, les psalmodies et les rassemblements spirituels offrent un véhicule social à des millions de Marocains où la fusion du sacré et du profane, de l'âme et du corps, du local et de l'universel est à la fois possible et agréable. 

L'encyclopédie de l'Islam les définit comme « une méthode de psychologie morale pour guider pratiquement les vocations individuelles ». Les turuq (pluriel de tarîqa, voie en arabe) inscrivent, alors, leur action dans le cadre du vaste mouvement ou école de pensée musulmane connue sous le nom de soufisme. Ce dernier serait une manière de se désintéresser des choses terrestres pour se consacrer à Dieu malgré les multiples divergences concernant sa définition et ses caractéristiques. C'est, en quelque sorte, un vaste « programme de vie » spirituelle dont la dimension mystique trouverait son fondement dans le Coran et les traditions prophétiques et va, parfois, au-delà du cadre islamique par sa quête universelle du divin.

Chaque confrérie est reliée par une chaîne mystique (silsila) du fondateur de l'ordre jusqu'au Prophète. Chaque soufi croit que la foi professée par son ordre est l'essence ésotérique de l'islam et que le rituel de son ordre possède le même degré d'efficacité que la prière canonique (salât). L'affiliation de chaque soufi à son ordre s'effectue au moyen d'un pacte consistant en une profession de foi religieuse et des vœux qui varient selon les différentes confréries qui comprennent toujours le vœu de pauvreté.

 
 

 

Notes et références

  1. ↑ Ageron Charles-Robert, Confréries musulmanes, Encyclopaedia Universalis
  2. http://www.geocities.com/symbolos_fg/esxxi01.htm

 

Voir aussi

Liens internet

 

Bibliographie

  • ANDEZIAN, Sossie :Expériences du divin dans l'Algérie contemporaine, 2001
  • Initiation aux doctrines ésotériques de l'Islam, Titus Burckhardt,Dervy, 1969
  • Dans la Taverne de la Ruine, Javad Nurbakhsh, éd. Khaniqahi Nimatullahi Publications. ISBN 2-909698-22-X
  • Les soufis et l'ésotérisme, Idries Shah, éd. Petite Bibliothèque Payot.
  • La Voie soufie, Faouzi Skali, éd. Albin Michel (coll. Spiritualités vivantes).
  • Le Face à face des cœurs, Faouzi Skali, éd. Pocket.
  • Sidi Hamza al-Qadiri Boudchichi: le renouveau du soufisme au Maroc, Karim Ben Driss, éd. Al Bouraq, 2002.
  • L'Instant soufi, Éric Geoffroy, éd. Actes Sud (coll. Le Souffle de l'esprit)
  • Le Soufisme, al-tasawwuf et la spiritualité islamique, Christian Bonaud, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
  • Le Livre des Haltes, Cheikh abd Allah Penot, éditions Alif (traduction partielle d'un ouvrage du shaykh abd al Kader al Jaziri)
  • Les Religions de l'humanité, éd. Criterion, 2004. Au chapitre de l'Islam, un excellent résumé: le soufisme est l'une des composantes majeures de la spiritualité universelle.
  • Soufisme d'Orient et d'Occident, (périodique) éd. Al Bouraq
  • Schubert, Eva, Sarif, Walid : Pèlerinage, sciences et soufisme - l'art islamique en Cisjordanie et à Gaza ; cycle international d'expositions Musée Sans Frontières , Aix-en-Provence, Édisud [u.a.], 2004 ISBN 2-7449-0171-7
  • Geoffroy, Éric : Initiation au soufisme, Paris, Fayard 2004  ISBN 2-213-60903-9
  • Brahy, Colette-Nour : Dix jours en Ouzbékistan - récit d'un pèlerin soufi, Beyrouth, Albouraq, 2004, ISBN 2-84161-243-0
  • Willar, Lise : Soufisme et hassidisme, Paris [u.a.], L' Harmattan, 2003 ISBN 2-7475-4000-6
  • Kahale, Joseph : Le soufisme et ses grands maîtres spirituels , [Châtenay-Malabry], Alteredit, 2002, ISBN 2-84633-034-4
  • Chih, Rachida : Le soufisme au quotidien - confréries d'Egypte au XXe siècle, Arles, Sindbad, 2000, ISBN 2-7427-2548-2
  • Nabti, Mehdi : La confrérie des Aïssâwa en milieu urbain. Les pratiques rituelles et sociales du mysticisme contemporain, EHESS, 2007.
  • Christian Bonaud: Le Soufisme, al-tasawwuf et la spiritualité islamique, Christian Bonaud, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002
  • Erguner, Kudsi, Riard, Jean-Michel : La fontaine de la séparation, voyage d'un musicien soufi , L'Isle-sur-la-Sorgue, Bois d'Orion, 2000, ISBN 2-909201-28-7
  • Gazzali, Abu Hamid, Muhammad Ibn Muhammad al-Diakho, Abu Ilyas Muhammad : Les dix règles du soufisme selon Ghazzâli, Beyrouth, Éd. Al-Bouraq, 1999, ISBN 2-84161-044-6
  • Geoffroy, Éric : Le soufisme en Egypte et en Syrie sous les derniers Mamelouks et les premiers Ottomans - orientations spirituelles et enjeux culturels, Damas, Inst. Français de Damas, 1996,ISBN 2-901315-21-6
  • Eric GEOFFROY, Djihâd et Contemplation, Vie et enseignement d'un soufi au temps des Croisades, Dervy, Paris, 1997
  • Zarcone, Thierry : Mystiques, philosophes et francs-maçons en Islam - Rza Tevfik, penseur ottoman (1868 - 1949), du Soufisme à la Confrérie, Paris, Libr. d'Amérique et d'Orient Maisonneuve, 1993, ISBN 2-7200-1089-8
  • Mélikoff, Irène : Sur les traces du soufisme turc - recherches sur l'Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Ed. Isis, 1992, ISBN 975-428-047-9
  • Hafez Mounir : Ce Moi sur lequel ma vie ne peut rien, collection « D'Orient et d'Occident », éditions InTexte, Toulouse, 2006, ISBN : 2-9514986-4-0.
  • revue Aurora (semestriel), qui publie des textes d'auteurs soufis, éditions InTexte.
  • La Danse de l'âme, recueil d'odes mystiques et de quatrains des soufis (Ibn Al-Fârid, Hâtif Isfahâni, Hâfiz, Djâmi, Saadi, Bâbâ Tahir), collection « D'Orient et d'Occident », éditions InTexte, Toulouse, 2006, ISBN : 2-9514986-7-5.
  • Le Soufisme ou les dimensions mystiques de l'Islam, Annemarie Schimmel, Traduit de l'anglais et de l'allemand par Albert Van Hoa, paru en Juin 1996, Editions du Cerf
  • Les Derviches tourneurs, doctrine, histoire et pratiques, Alberto Fabio Ambrosio - Ève Feuillebois - Thierry Zarcone, paru en novembre 2006, Editions du Cerf
  • Cheikh al-Alawî, Lettre ouverte à celui qui critique le soufisme, Éditions La Caravane, St-Gaudens, 2001, ISBN 2-9516476-0-3
  • Cheikh al-Alawî, Sagesse céleste - Traité de soufisme, Éditions La Caravane, Cugnaux, 2007,ISBN 2-9516476-2-X
 

 

Rédigé par Mario Scolas

Publié dans #Religion

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R
Dans la rencontre des paradoxes l'Union est sans réunion, l'Approchement sans cotoiemment et l'Eloignement sans distance; sans la disposition inhérente ces mots ne raisonnent pas; la raison est une prothèse comprends donc IL s'est proclamé Premier sans antériorité et Dernier sans finalité ; toujours dans ce Paradoxe le témoignage est nécessaire et l'action sans action salvatrice l'endurance obligée c'est pourquoi je suis le fils du Décret ; La Nature sourit de Sa Lumière quel langage éloquent ! Quelle fraicheur pour l'oeil ! Je marche prudent entre le vent du Châtiment et le vent du Pardon sous le regard de La Miséricorde imprescriptible dans l'éternité de l'éternité de Sa toute puissance ,je marche sur la voie médiane, tel est mon secret. Si vous saviez mon repentir est mon retour Je suis Là Lumière de l'Elu des univers et Sa Projection c'est La Parole qui m'a ramené, l'Enfant de la demeure,l'Enfant de l'Instant, c'est pourquoi désormais Les Seigneurs sont rassemblés sous Un Seul Etendart . https://m.facebook.com/uzenas00/?ref=bookmarks
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M
<br /> u tout début du xvme siècle, une forme de sociabilité pré-maçonnique originaire du midi de la France - l'Ordre de la Grappe - est apparue à Istanbul dans le milieu des marchands français et s'est<br /> trouvée très rapidement apparentée par les Turcs à leurs confréries soufies.<br /> <br /> La même attitude a été adoptée face à la franc-maçonnerie à Istanbul, en Anatolie et même dans les provinces arabes de l'Empire, en particulier en Égypte. Réci­proquement, les confréries soufies ne<br /> laissaient pas les francs-maçons indiffé­rents.<br /> <br /> Un intellectuel juif égyptien, James Sanua, soulignait, au début du xxe siècle, que les confréries de derviches méri­taient d'être étudiées de plus près parce qu'elles présentaient plusieurs<br /> parentés avec la franc-maçonnerie. De même, J. P. Brown, Grand Maître de la Grande Loge Provinciale de Turquie (Grande Loge d'Angleterre) basée à Istanbul, et orientaliste spécialisé dans l'étude<br /> du soufisme, a écrit que les derviches de la confrérie mélami « se considéraient qua­siment comme des francs-maçons et qu'ils étaient tout disposés à fraterniser avec ces derniers ». En 1867, cette<br /> confré­rie avait la réputation, d'après Brown, d'être une association de « francs-maçons musulmans ».<br /> <br /> Dès le milieu du XIX° siècle, plusieurs membres de confréries religieuses (appe­lées tariqa, « voie », en islam) avaient épousé les idées du siècle sous la férule de quelques cheikhs éclairés. Leur<br /> projet était social, politique et religieux, et puis­que sa réalisation passait par une colla­boration avec des Intellectuels ou des politiques occidentaux, quoi de plus naturel que de s'intéresser<br /> à la « confrérie » des penseurs occidentaux, à ce qui s'appa­rentait le plus à leur tariqa, avec ses rites et ses secrets, c'est-à-dire à la franc-ma­çonnerie. Il fallait pour ces soufis être<br /> ins­truit sur les usages et les secrets de cette tariqa occidentale, à la seule différence que ces secrets étaient de l'ordre du phi­losophique et du social plutôt que reli­gieux et mystiques<br /> (secrets de la réussite politique et technologique de l'Occi­dent ...). La spiritualité n'en était pas ab­sente mais elle n'était pas prioritaire pour la plupart d'entre eux. Le rapprochement entre<br /> les deux ordres est net ; les francs­maçons sont, pour les Ottomans et les Arabes, les soufis de l'Occident ; d'ail­leurs, dans les rituels maçonniques tra­duits en turc, on relève, entre autres,<br /> que le mot « rite » dans l'expression « Rite Écossais Ancien et Accepté » a été tra­duit par le mot tariqat, ce qui donne « Ta­riqa écossaise ancienne et acceptée » (Is­koçya fariqat-i qadime ue<br /> makbule). D'un autre côté, les traducteurs des rituels s'étaient inspirés des manuels du compa­gnonnage musulman (futuwwah chez les Arabes ; ahilik chez les Turcs), forte­ment marqués par la<br /> mystique soutie, pour rendre de la manière qui leur sem­blait la plus fidèle certains termes maçon­niques français. À noter qu'en Iran aussi la terminologie du soufisme a facilité la traduction en<br /> persan des rituels maçonni­ques.<br /> <br /> Les raisons pour lesquelles la franc­maçonnerie et les confréries soufies ont été apparentées s'expliquent également par l'existence de plusieurs points com­muns et d'analogies, sur le plan<br /> symboli­que comme philosophique. Le fait que ce sont surtout les membres de la confrérie soufie des Bektachis qui sont allés vers 1a franc-maçonnerie repose sur quelques particularités propres à<br /> cette confrérie qui la distinguent des autres Ordres soufis comme la Naqchbandiyya, la Qadirirya ou la Chaxlliyya. La cérémonie d'initia­tion chez les Bektachis est ce que l'on peut appeler une<br /> véritable cérémonie d'initiation avec mort simulée et résurrec­tion, à l'image des mystères* de l'Anti­quité et de la cérémonie du degré de maître dans la franc-maçonnerie. Cela distingue la<br /> confrérie des Bektachis des autres confréries où l'initiation consiste généralement dans la transmission de la technique de prononciation des prières répétitives (dihkr). D'autres ressemblan­ces,<br /> sur le plan des symboles, entre ces deux confréries ont parfois amené leurs membres à s'entraider. Autre point com­mun entre ces deux ordres, la confrérie des Bektachis est une société secrète qui<br /> n'admet dans ses assemblées que des membres de l'Ordre, à la différence en­core des autres confréries dont les réu­nions sont ouvertes à tous les musulmans et méme aux non-musulmans. Enfin, la<br /> nécessité de conserver le secret de ce qui aura été vu et entendu en assemblée est un des grands principes de cet Ordre soufi, comme en franc-maçonnerie. Une tolérance, inhabituelle en islam et<br /> dans les Ordres mystiques en général à l'égard des autres religions, caractérise aussi la confrérie des Bektachis. Cela n'a pas été sans provoquer la fureur de nombreux hommes de religion (molla),<br /> prompts à dénoncer l'hérésie d'une telle organisa­tion. Ainsi, comme les francs-maçons, les Bektachis ont été accusés d'être des athées. Un auteur français, de passage dans l'Empire, en 1899,<br /> disait des mem­bres de cette confrérie qu'ils étaient «sceptiques, épicuriens, très jaloux du pouvoir, un peu socialistes, mais par ail­leurs désintéressés et philanthropes». Quant à Riza Tevfik,<br /> Grand Maître du Grand Orient Ottoman et poète bektachi, il écrivait que « cet Ordre de derviches est le plus libéral parmi tous les autres Ordres ésotériques».<br /> <br /> On signalera en outre le séjour en Tur­quie, entre 1908 et 1913, d'un certain Ru­dolf Freiherr Sebottentorf, occultiste alle­mand membre de la Société de Thulé, qui fréquenta, à cette occasion, les<br /> loges maçonniques turques et les assemblées de Bektachis. Mais ce dernier ne nous donne pas, dans son étrange ouvrage - La Pratique opérative de l'ancienne franc-maçonnerie turque (1924) -, un<br /> pa­norama fidèle de ce qu'était cette confré­rie soufie. Il semble que Sebottentorf se soit employé à construire un système nouveau à l'intention des seuls Occiden­taux; on lui attribue aussi la<br /> constitution d'une « loge mystique » à Istanbul où il dénonçait l'état de décadence de la franc-maçonnerie moderne.<br /> <br /> Plusieurs tentatives de fusion entre la franc-maçonnerie et les confréries soufies sont apparues dans l'Empire ottoman et en Iran au tournant du siècle : la première a donné, en Iran, en 1899,<br /> l'organisation Andjouman-i Oukhoumwat dissoute en 1979 par la République islamique d'Iran ; la seconde tentative, qui fut de courte durée (1920-1925), a vu la naissance, en Turquie, de la Tariqat-i<br /> salahiyye*.<br /> <br /> Enfin il importe de noter que la vision de la franc-maçonnerie comme tariqa occi­dentale n'a pas totalement disparu avec l'effondrement de l'Empire et la nais­sance de la Turquie moderne (1923). On<br /> sait que parmi les premières mesures an­tireligieuses prises en 1925 par Atatürk se trouvait la suppression des confréries soufies. Cette mesure est encore en vi­gueur aujourd'hui en dépit des<br /> protesta­tions des musulmans. Or, en 1977, dans un quotidien turc, des religieux ont exigé pour leurs tariqat le même droit, c'est-à­dire la liberté, que celui qui avait été oc­troyé, en 1948, par<br /> la République d'Ata­türk à la société qu'ils considéraient comme leur équivalent, la franc-maçon­nerie: « Les loges (dergah) de l'islam sont encore fermées mais celles des francs­maçons sont<br /> ouvertes, laissez donc le soufisme s'épanouir en toute liberté. »<br /> <br /> Th. Z.<br /> | source du document : Encyclopédie de la franc-maçonnerie, pochothèque, le livre de poche. Auteur Thierry Zarcone |<br /> <br /> <br />
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P
<br /> L'une des caractéristiques de la voie du Soufisme est de permettre cette articulation si rare entre l’accomplissement d’une transformation de soi et celui d’une transformation collective. Cette<br /> interaction entre le personnel et le collectif permet la production d’une culture vivante, qui change avec le temps et les lieux, mais dont le but ultime est d’être l’expression de valeurs<br /> universelles. Elle enseigne et véhicule en chaque temps, chaque lieu, de quelle manière il est possible de se rapprocher des plus hauts niveaux de nos accomplissements humains, individuels ou<br /> sociaux. Les chants, l’art ou la littérature du Soufisme exprimés dans les langues et les modalités culturelles du Continent Sub-Indien, de l’Afrique noire, du Maghreb, d’Asie ou d’Europe Centrale<br /> ou du Moyen Orient, vont tous faire référence à la nécessité de dépasser les limites de nos égocentrismes, personnels ou collectifs, pour accéder au sens ultime et universel de l’amour, de la<br /> connaissance ou de la compassion.<br /> <br /> <br /> Cela suppose que ces cultures diverses ne soient pas seulement approchées comme des patrimoines ou des legs du passé mais plutôt de par ce qu’elles peuvent transmettre à notre monde d’aujourd’hui<br /> de leurs messages les plus profonds, celui de la célébration d’un sens ultime de la Beauté – celle dont Dostoïevski disait qu’elle seule pouvait sauver le monde – qui s’exprime dans une sagesse de<br /> vie, une noblesse du comportement humain ; un art de vivre, conçu dans son sens le plus élevé, et qui est l’âme même d’une civilisation.<br /> <br /> Il est important aujourd’hui, en mettant en relation ces cultures et les valeurs qu’elles véhiculent, de rendre possible cette perception de l’Islam en tant que projet civilisationnel.<br /> <br /> Et de s’interroger sur la manière dont ce projet peut contribuer à apporter des réponses aux défis sociétaux, locaux ou mondialisés, d’aujourd’hui. De quelle manière avec d’autres projets, d’autres<br /> courants de pensées ou de cultures, d’autres civilisations, il peut contribuer à « donner une âme à la mondialisation ». Contribuer à donner un sens à celle-ci en mettant l’homme, et son aspiration<br /> à atteindre des valeurs universelles, au centre de nos préoccupations et de nos gouvernances politiques et économiques.<br /> <br /> <br />
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S
<br /> Ô Ami, cesse de chercher le pourquoi et le comment. Cesse de faire tourner la roue de ton âme. Là même où tu te trouves, en cet instant tout t'est donné, dans la plus grande perfection. Accepte ce<br /> don, presse le jus de l'instant qui passe ».<br /> Prourrais-tu, s'il te plait, me donner le nom de l'auteur de cette phrase?<br /> Je te felicite pour cet article tres interressant ainsi que pour l'ensemble de ton blog.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> merci pour ton passage, je ferai une petite recherche sur cette phrase qui me fait penser même à l'épicurisme !<br /> <br /> <br />