"El Meknassia" de Kaddour El Alami par Hadj Mohamed El Anka

Publié le 17 Août 2009

Voici la qasida intitulée DAR de Sidi Abdelkader EL ALAMI  (Kaddour) connue en Algérie sous le nom "El Meknassia". Cette qasida a été écrite parce que sidi Abdelkader El Alami a perdu sa maison et que son élève Alaoui el Harouni la lui a rendu après la mort de sidi Kaddour El Alami. Il est enterré dans sa maison rendue. Le tombeau de Sidi Kadour El-Alami , dans un quartier paisible de Meknès, jouit d'une grande vénération.

Ad-dar( La maison), par Sidi Kaddour Al-alami
Ce poème se compose de seize couplets de 10 et 9 vers alternés. 
- Le premier couplet (10 vers isométriques) est bâti sur les deux rimes du refrain.
- Au deuxième couplet (9 vers isométriques) le poète introduit une nouvelle rime et garde l'une des deux rimes du refrain.
-Il continue ainsi → Les deux rimes du refrain sont employées à tour de rôme.
 Particularité : Le refrain est de trois vers:
آش ذا العـــار عليكم يا رجال مكناس
مشت داري في حماكم يا اهل الكرايم
سبتي وهلاكي الامـــــــان في بن آدم 

 En caractères latins :
Ach da l'âr âlikoum ya rjal Meknès
Mchat dari fi hmakoum ya hel lek'raïm
sebti oue hlaki laman fi ben Adam
Traduction approximative
N'avez-vous pas honte, ô gens de Meknès
J'ai perdu ma maison pour vous, gens dits généreux.
Ma perte et ma ruine furent de m'avoir fié au fils d'Adam.

Comme Abdelaziz al-Maghrawi, le doyen du zajal marocain, Sidi Kadour El-Alami se distingue par la chasteté de ses penchants. Sa Eva idéale ne reflète que la grandeur et la perfection divine. Pour lui la chair est un "fiel destructeur" du "merveilleux miel " que donne l'amour pur , l'amour qui satisfait la sensibilité morale et esthétique. La "sensualité flétrit toute fleur " note-t-il,elle ne laisse que le douloureux souvenir des sensations amères.Cette conception pure, céléste a valu a Sidi Kadour El-Alami l'auréole de la sainteté.

Dans le domaine de l'amitié, le poète a énormément souffert de l'ingratitude des Meknassis. Le poème "el Meknassia", œuvre emblématique de Sidi Kadour El Alami, chanson phare du répertoire chaabi, cette qacida appelée au Maroc, "dar sidi Qadour", restera un chef d'œuvre impérissable du melhoun .Son sujet est la perte de son domicile.

La première version incrimine un ami du poète, musulman d'origine juive, qui procéda a la vente de sa maison à l'insu de son naïf propriétaire qui lui avait même, dit-on, établi une procuration!

La seconde version raconte que notre poète, qui était excessivement généreux et dépensier ,se trouva un jour a court d'argent et dut se résoudre a vendre sa maison.

La troisième version, celle qui parait la plus plausible, explique que " les notables de la ville l'avaient convaincu de faire don de sa maison pour permettre l'élargissement de la mosquée mitoyenne. Lorsqu'il la leur donna , ils renoncèrent à l'annexer à la mosquée mais la gardèrent. Al Alami fut alors pris des plus grands regrets et composa sa fameuse qsida ou il décrit son nouvel état d'errance".

Fort heureusement, notre poète finit par récupérer la maison familiale (et la aussi, on ne sait si elle fut rachetée pour lui par le roi ou par un de ses disciples) ou se trouvent actuellement son tombeau et celui de sa sœur dans ce vieux quartier de Meknés appelé "9oubette essou9", plus précisément dans ce fameux "derb sidi boutib".

Voci le texte en arabe de la qasida

 







Istikhbâr :
Des vérités sur l'amitié se trouvent dans les livres.
Mais où sont passées ces vérités ? Ont-elles disparu ?
C'est le destin qui unit deux êtres d'amitié; en l'absence de l'un, l'autre le représente parfaitement et élève son rang; il ne tolère pas de le voir dénigrer en public ; son amitié est telle qu'elle éclipse tout autre amitié; il manifeste de l'hostilité aux calomniateurs.


bayt :
Mon cœur ne s'attristerait pas quand on se réjouit de mon malheur ?
Pourrais-je quitter ces lieux, ô mon Dieu, sans me sentir affligé ?
Exilé de mon pays, pourrais-je encore frayer avec les hommes ?
C'est à Haouz Bouteiba que j'ai connu la fortune, là où les êtres nobles, à l'âme pure, étaient ma lumière je les ai abandonnés, séparation qui blesse mon cour.
Je suis loin de mes proches, de mes amis, des miens, des êtres les plus chers et cette séparation blesse mon cour.
Serait-il en paix celui qui a fait de moi la risée des hommes ?
Trouverait-il le salut celui qui m'a voué à l'égarement et à l'errance ?


refrain:

Honte sur vous, habitants de Meknès ! vous croyant hommes vertueux, ma demeure était sous votre protection .
Ma confiance dans les hommes, voilà la cause de ma ruine.


çiyàh :
J'ai tant enduré depuis la séparation d'avec les miens qu'on m'a traité de fou, à cause de mes plaintes incessantes.
C'est pour moi une certitude, ô mon frère germain, que rien ne me consolera d'être séparé de mes frères par ma mère.
Si ma joie était visible, ma tristesse était enfouie.
Ma bouche riait mais les ténèbres remplissaient mon cœur ; j'étais patient avec mes ennemis, je dissimulais mes malheurs, et, tel un nageur dans la mer, je relâchai mes membres pour affronter les impolis.


bayt :
C'est ainsi que j'ai enduré les revers de la vie.
Mes forces déclinèrent, mon silence grandit, je devins muet.
J'étais incapable de me réconcilier, de me battre, tant j'étais, en ce monde éphémère, obsédé par mon malheur.
Celui qui m'aime me range parmi les êtres bien nés, et qui me déteste n'adorera que mon insulteur.
J'ai choisi de faire de cette histoire un poème symbole, composé sur un parchemin, à l'aide d'une écriture étrangère, loin de toutes harmonies comme le serait une belle citadine de Fès enlaçant un gnaoui grossier.


refrain çiyàh :
Ils furent nombreux à souhaiter cet exil, à se réjouir de mes malheurs et de ma détresse ; ils furent nombreux à me manifester de la bienveillance, à compatir à mon sort, à pleurer sur mes épreuves; ils furent nombreux à me conseiller, à embellir le départ de mon foyer; ils furent nombreux à me railler et à m'accabler le jour où je quittai mes amis, mon nid pour aussitôt me retrouver simple locataire.


bayt:
Que d'amis m'entouraient quand j'avais du bien !
Nuit et jour, ils peuplaient ma demeure; que d'amis et de relations en ce temps où je tenais toujours table ouverte !

Ils ne songeaient qu'à la trahison et au profit tels des poissons qui, la tête hors de l'eau, poursuivent les hameçons.
Cette blessure m'a révélé la conduite des hommes; quand je me retrouvai sans toit, ni argent, si j'en rencontrais un, il se contentait d'un signe de tête comme s'il ne m'avait jamais appelé par mon nom !


refrain:
Dans cette version, el Anqa a fait l'impasse sur un çiyàh.


bayt:
Leurs propos blessent, leurs regards brûlent, leurs gestes sont porteurs de conflits et de malédictions;

malheur à celui qui s'éloigne d'eux ! Ils ne cessent de le calomnier; sans prendre de poignards, ils dépècent promptement sa chair.
Comme des loups, ils hurlent nuit et jour.

Leurs démons surgissent, spontanément sans cérémonie.

Cette blessure m'a révélé la conduite des hommes; malheur à celui dont la bourse s'est vidée !
Mais mieux vaut [posséder] un sou de cuivre que de fréquenter certaines gens.


refrain -çiyàh :
Où sont mes compagnons, mes innombrables camarades ?
Où sont mes intimes ? Où sont mes amis ?
Je n'ai vu aucun d'eux, à l'heure de la détresse.
Ils se voilent la face, ils se dissimulent délibérément, sans considération de mes bienfaits, sans se souvenir de mes bontés, comme si j'étais un étranger arrivé dans cette ville; les uns ne m'ont plus jamais adressé la parole, d'autres ne cessaient de m'interpeller; c'est ainsi que des hommes abjects me rappelaient ma situation.


bayt
Comment oublier mes épreuves dans les ruelles de Meknès ?
Mon exil, les nuits passées dans des caves de minotiers ?
Dans les marchés sordides, les échoppes finirent par me rejeter ainsi que les chambres, les auberges et même les nattes.
Que de nuits j'ai veillé sur le sommeil de mes amis !
Et me voilà assis à la porte des tailleurs !
Ma vue redonne du piquant à leurs réunions,
qu'ils prolongent en m'accablant de réprimandes et de mesquineries.
Mieux vaut dormir sans dîner que partager un repas fâcheux.
Plutôt la misère et l'exil qu'une amitié malveillante !


Refrain çiyàh :
Où sont mes amis que je croyais vertueux, capables de me protéger, si j'en étais réduit à les solliciter ?

Ils se mirent à me dénigrer, à m'insulter avec des paroles plus douloureuses que piqûres d'aiguilles.

J'ai enseveli mon malheur dans la tristesse de mon cour, je me suis soumis aux décrets du Destin.
Mon indépendance, ma dignité, mon honneur ne se trouvent que dans mon foyer.


bayt:
Dieu soit Miséricordieux aux maîtres glorieux, aux patriarches qui ont transmis tous les enseignements à la postérité.

Les moments difficiles te révèlent la nature de l'homme en société.

Ton ami d'hier peut devenir un ennemi avisé.Qui sait écouter [ces hommes illustres]. son malheur se dissipera et ses contrariétés cesseront; il en tirera un bien, des mois et des années durant...


Malheur à qui construit sa muraille sans fondations !
Malheur à qui se mêle au combat sans épée !
Malheur à qui prend la mer sans capitaines !
Malheur à qui escalade les cimes sans cordée !


refrain - çiyàh :
Me voilà déçu par mes amis,


Que d'envieux ont souhaité mon malheur !
Je loue Dieu d'avoir toujours eu ma part de biens.
Lui, Le Généreux, a changé ma peine en repos.
Il m'a dispensé, dans cette vie, récompenses et gratifications, à mes ennemis, il a infligé jugements et châtiments.


bayt:
Seras-tu en paix, toi qu'attendent l'épée d'Azrail, le tombeau et le Royaume, le Jour du Jugement Dernier ?
Peux-tu t'élever, toi qui vis toujours dans la bassesse ?
Toi dont l'âme te murmure que tu es le meilleur ?
A la moindre atteinte, tu t'effondres, ô fils d'Adam !
Si riche sois-tu, tu seras porté dans un cercueil.
En ce monde, tu as été créé de la terre de "Nasnas''; tu finiras dans la tombe, homme injuste !
Regarde ce que recouvrent tes habits, toi qui es plein d'impuretés.
Ah si le vêtement ne dissimulait pas les turpitudes !


bayt final:
Qaddour El Alami, l'intelligent, le bon a dit :
"Homme avisé, crains Dieu, sinon tu le regretteras''.
J'ai obéi docilement aux maîtres et aux cheikhs.
Le Seigneur, le Puissant connaît le fond des cœurs.
Je suis un sage instruit par des hommes intelligents et sagaces; je suis considéré, cultivé et mon maître est un savant éminent.
Je me suis conduis selon les prescriptions divines; j'ai vécu dans la sérénité.
J'ai loué et j'ai remercié mon Dieu, Dispensateur de toutes les grâces.

Rédigé par Last Night in Orient

Publié dans #melhoun marocain

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G
tres bien
Répondre
M
Je crois qu'il manque des passages sur le texte par exemple chouf ma taht thyabek ya kthir lednas chi 3adjeb louma ethawb sater lahchayem
Répondre
L
<br /> 270 ans, sans pour autant vieillir ! Quel est donc le secret d’El Meknassya qui subjugue encore les interprètes et amateurs de chaâbi ?<br /> Poète au verbe incisif et magique, Qaddour el Alami (1742-1850), est originaire de la prestigieuse métropole culturelle de Meknès, où il a fondé la zaouia El alamyya, d’obédience soufie.<br /> Son diwan qui circule au Maghreb depuis plus de deux siècles et demi fait encore le succès des interprètes de malhoun et de chaâbi.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> El Hadj M’Rizek, El Hadj M’Hammed El Anka, Bourahla et, avant eux, Cheikh Nador ont propulsé sa fameuse Meknassyya avec un succès séculaire. Cheikh Toulali la récite en solo dans son intégralité en<br /> style monocorde pour un public plutôt sensibilisé au melhoun dans sa pureté vocale. Au cours des années quarante, El Anka et Bourahla rencontraient assez régulièrement à Fès son descendant, Cheikh<br /> Moulay Driss el Alami, lui-même auteur de nombreux medh à la gloire du Prophète<br /> Mohammed (QSSSL). Identifiée sous le titre d’El Meknassya en Algérie, la qacida est désignée au Maroc par Dari ya dari ou Dar Sidi Qaddour el Alami. Mohamed Zerbout (1936-1983), pétri de culture<br /> chaâbie, disait de cet auteur «Qaddour el Eulmi» sans malice, convaincu que le poète tirait son patronyme d’un cercle familial d’El Eulma. Ce qui est vrai pour l’époque, c’est l’importance des<br /> échanges scientifiques et culturels entre nos pays et le nombre des étudiants issus de familles algériennes fortunées qui allaient au Maroc pour leurs études. Certains y faisaient souche. Mais<br /> c’est un fait établi que le maître naquit à Meknès dans sa maison familiale et y mourut à l’âge de 108 ans si l’on validait sa date de naissance comme étant 1742 et son décès en 1850.<br /> <br /> <br /> Qaddour el Alami était le contemporain de notre barde Mestfa Ben Brahim (1800-1867) qui s’exila à Fès durant cinq années, fuyant l’avis de recherche lancé contre lui par l’infortuné colonel<br /> Lacretelle dont la belle épouse fut séduite par le fougueux chantre des Beni Amer. Cette galante aventure d’un soir a inspiré Ya ben sidi ya khouya. Il y a peu de chance que Mesfa Ben Brahim et<br /> Qaddour el Alami se soient vus un jour. Le premier étant porté par les combats épiques, les femmes et les plaisirs de la vie, le second se consacrait à la méditation et la mystique. L’un était<br /> représentatif de la caste guerrière des Djouad, et l’autre, un sage et pieux taleb. Chef-d’œuvre dans son genre, El Meknassya est un réquisitoire magistral. Il a pour objet précisément un domicile<br /> qui lui fut ravi par subterfuge. C’est une mise en scène de deux forces antagonistes ; le bien et le mal. Qaddour el Alami fut dépossédé de cette maison natale située au centre historique du<br /> quartier de Sidi Boutib à Meknès.<br /> <br /> <br /> MEKNES, MAUVAIS SOUVENIR<br /> <br /> <br /> La version exacte des faits n’est, malheureusement, pas connue dans le détail. Mais on sait qu’au cours d’une longue absence à Marrakech, l’auteur a été trompé dans sa confiance par des gens sans<br /> scrupules. «Honte à vous, habitants de Meknès…Ma confiance dans les hommes, voilà ma ruine…Ton ami peut se transformer en ennemi redoutable… Les jours se succèdent à la saveur amère, tantôt douce<br /> ou tantôt infernale». L’auteur sombre dans la misère. Comme un sans-abri. «Comment oublier mes épreuves dans les ruelles de Meknès ? Et mes nuits dans les caves des moulins à blé ? Mes nuits à même<br /> les nattes dans les auberges ?» Après un temps d’hésitations, d’errance et de silence dicté par sa fierté personnelle, l’auteur réagit. Il veut prendre à témoin l’opinion publique locale. Mais ce<br /> sont tous les milieux littéraires maghrébins qui sont surpris par la souffrance de l’un des hommes les plus influents de son époque. L’anathème tombe sur les habitants de la ville coupable de<br /> perdre le sens de la justice.<br /> <br /> Ecrit sous la réaction d’une rage intérieure contenue, chaque mot de l’œuvre faisait mouche. Pointant par allusion les bourgeois de la ville, l’auteur se retrouve relégué dans la misère et la<br /> solitude dans sa propre cité. Il est accablé et plein d’amertume. Après avoir touché le fond, il réagit dans un sursaut de vitalité littéraire qui le soustrait à l’instinct de mort. Il écrit alors<br /> ce poème qui décrypte une mentalité envahie par l’ingratitude, l’hypocrisie, le sourire de façade et la lâcheté. Ce fond humain véreux est aussi universel que les types de caractères qui fondent<br /> l’œuvre de Molière. C’est sans doute la clé du succès maghrébin impérissable de cette qacida qui date de 270 ans sans avoir pris de rides. Et pour cause, son thème n’appartient pas au passé. Il se<br /> vit de génération en génération. Qaddour el Alami a fini par avoir raison sur l’injustice. Il a pu retourner vivre dans sa maison natale devenue un lieu de pèlerinage. En effet, c’est là qu’il<br /> repose auprès de sa sœur. Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes reconnaissent leurs déboires dans ce texte chanté par tant d’interprètes.<br /> <br /> <br /> <br /> Rachid Lourdjane<br /> <br /> <br />
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N
Au temps de réponse a mes questions sur cet auteur étant donné que j'apprécie beaucoup notre cardinal <br /> Merci