L'islam et la musique

Publié le 21 Décembre 2009

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 « L’Islam est pour la musique qui véhicule un message positif »

De l’avis de l’islamologue, Mactar Seck la musique fait partie de la vie de l’être humain. Son caractère licite ou illicite dépend de l’orientation qui en est faite. Aussi, il soutient que l’islam est pour la musique qui véhicule des messages positifs.

Quelle est la position de l’islam par rapport à la musique ?

La musique fait partie de la vie depuis l’antiquité. La preuve, on parle de musique orientale, africaine, occidentale. L’Islam est une religion globale, qui parle de tout et qui touche à la matérialité et à la spiritualité. Dans la spiritualité, il y a l’aspect musical. Chez les soufis, le rythme joue un grand rôle, et qui dit rythme, n’est pas loin de la musique, du son.

Peut-être, c’est la perception actuelle de la musique qui pose problème. Avant l’islam, le folklore jouait un rôle prépondérant, et dans ce folklore, il y avait le rythme, qu’il s’agisse de la musique, de la danse. Toute chose qui rythme la vie en général, a le sens musical. Quand l’islam est arrivé, le problème ne s’est pas posé parce que cela faisait partie de la culture islamique. Avec la propagation de l’islam jusque dans de grands pays comme la Perse, la musique jouait un grand rôle dans la civilisation islamique.

Si l’on étudie l’islam en Andalousie (l’Espagne actuelle), on se rend compte que l’islam allait de paire avec la musique. A cette époque et jusqu’à présent, les grands intellectuels notamment les écrivains, les poètes étaient de véritables musiciens. En Andalousie, il y a des chansons rythmées par la musique. On trouve aussi ce genre de musique au Maroc. Donc la musique fait partie de la vie. En Arabie Saoudite, pays qu’on peut considérer comme le centre culturel de l’islam, la musique joue un grand rôle même s’il y a des différences au plan instrumental et des objectifs avec le monde occidental. C’est vous dire que l’islam n’est pas contre la musique. Nous les islamologues ou soi-disant prêcheurs, nous avons des sujets à développer, une mission envers la société et nos coreligionnaires. Les autres ont aussi leur mission. Par le biais de la musique, ils véhiculent un ou des messages. On n’a jamais attaqué la musique et la danse.

Où se situe donc le problème ?

C’est durant ces quarante, trente voire vingt dernières années que le débat s’est posé. Et cela fait partie de la lutte que des islamistes-djihadistes mènent contre l’occident, et comme celui-ci combat aussi l’islam.... Cette frange veut balayer tout ce qui est occidental dans le monde islamique. Or, les gens doivent comprendre qu’il y a dans chaque société deux tendances : les modérés qui acceptent la modernité et les autres avec leur mentalité archaïque qui rejettent tout.

La musique est l'un des dons que Allah a faits à l'homme. Par elle, ce dernier peut louer et remercier son Créateur, mais aussi exprimer son émotion, ses joies et ses peines. Si le chant jouait un grand rôle dans le culte de Allah, la musique instrumentale, elle aussi y avait une place de choix. Non seulement, elle accompagnait les chanteurs, mais elle complétait aussi leurs chants. Il n'est donc pas surprenant que du début à la fin des Écritures, il soit très souvent question de la musique instrumentale et vocale en rapport ou non avec le vrai culte. (Gen.4/21.31/27,I Chroniques 25/1, Apocalypse:18/22.)

La première fois que la Bible parle de la musique, c'est à propos du monde antédiluvien, au cours de la septième génération des descendants d'Adam. Elle déclare: "Jubal" fut la souche de tous ceux qui manient la harpe et le chalumeau." Il peut être question ici de l'invention des premiers instruments de musique ou de l'apparition d'une sorte de profession musicale. - (Gen.4/21).

Il semble que dans les temps patriarcaux cet art faisait partie intégrante de la vie des gens comme en témoigne le fait que Laban voulait fêter le départ de ses filles et de Jacob en musique. (Gen. 31:27). La délivrance opérée à travers la Mer Rouge et les retours victorieux de Jephté. David et Saül furent célébré par des chants et des mélodies - Exode 15:20, 21.

Sur la base de recherches menées dans le monde entier, Kurt Sachs est arrivé à la conclusion que "les choeurs et les orchestres attachés au temple de Jérusalem témoignent d'une instruction, d'une habilité et d'une connaissance musicale élevée". Il ajoute:"il est important de se rendre compte que la musique du Moyen Orient antique était tout à fait différente de ce qu'en ont dit les historiens du 19ème Siècle (...) Quoique nous ne sachions pas quel son produisait la musique ancienne, nous avons des preuves suffisantes des sa puissance, de sa dignité et de sa maîtrise."

Au XXe siècle, l'Islam est un vaste monde, dont les liens avec la musique sont variables. D'un point de vue technique, le noyau médiéval arabo-irano-touranien de l'Iraq abbasside a induit les actuelles musiques arabes, de l'Iran et de la Turquie, tandis que la musique de l'Inde peut leur être apparentée par l'existence de modes heptatoniques. Mais avec l'islam du Sud-Est asiatique, de l'Indonésie, de l'Afrique noire ou de l'Amérique, on perd tout lien avec les traités musicaux de l'islam médiéval. On peut donc distinguer la musique de l'islam de la musique des musulmans.

Les chants propres à l'islamisme dépassent évidemment le cadre de l'appel à la prière et du Coran sans atteindre le volumineux répertoire des autres religions monothéistes. Il existe néanmoins des chants de pèlerinage, des récits sur la vie du prophète, d'innombrables chants à tendance religieuse, et des répertoires propres aux mois du jeûne (ramadhân) ou du deuil chez les chiites (muharrâm), avec, dans ce dernier cas, des cérémonies spécifiques (tachabî en Iraq, âzâdârî en Iran) ou des représentations scéniques (taziyè).

la psalmodie

On peut considérer que la psalmodie est à mi chemin entre le chant et la parole. L'accent y est surtout mis sur le rythme, tandis que le ton est monotone et répétitif. Alors que ce style continue à être encore en vogue dans les autres grandes religions, la Bible laisse entendre que son usage était limité au chants de deuil. Ainsi, David psalmodia un chant funèbre en l'honneur de son ami Jonathan et sur le Roi Saül. (II Samuel 1:17; II Chronique 35:25; Ezechiel 27:32:32:16). De fait la psalmodie n'est préférable à la mélodie de la musique ou à la modulation et à l'accentuation du discours verbal que pour le chant de deuil ou la lamentation.

L'islam et la musique

La musique islamique est la musique religieuse musulmane, chantée ou jouée en public ou en privé. La musique islamique est issue d'une vaste région géographique qui s'étend de l'Asie centrale à l'Atlantique constituent les branches d'une même famille musicale ayant pris naissance dans les foyers culturels du Proche-Orient et du Moyen-Orient1. L'Afrique sub-saharienne et les Philippines méridionales possèdent aussi d'importantes communautés musulmanes, mais ces zones ont moins d'influence sur la musique islamique. Toutes ces régions étaient reliées par le commerce bien avant les conquêtes islamiques du XIe siècle et il est probable que les styles musicaux aient, tout comme les marchandises, traversé les frontières. Comme l'Islam est une religion multiculturelle, l'expression musicale de ses adhérents est différente et variée. Les modèles musicaux indigènes de ces pays ont formé peu à peu une musique dévotionnelle appréciée par les musulmans contemporains. L'attitude des branches sunnites et chiites différe à l'égard de la musique. La première affiche une interdiction mais une grande tolérance dans les faits, la seconde au contraire favorise la musique mais l'interdit dans les fait. Cette attitude contradictoire provient de l'influence exercée par les confréries soufies, souvent adeptes de rituels liés à la musique (dhikr et sama'). Certains musulmans pensent que seul le chant est permis/licite (halal), et que les instruments sont interdits (haram). Ainsi, il existe une forte tradition de chant a cappella emprunt de Mélisme. Il n'y a pas une musique islamique mais plusieurs selon les traditions des pays d'adoption. La musique arabe classique n'est pas identique à la musique islamique car elle est profane. De plus, les Turcs Seldjoukides, une tribu nomade convertie à l'Islam, ayant conquis l'Anatolie (actuelle Turquie), et instauré le Califat (formant ainsi l'Empire Ottoman), ont également eu une forte influence sur elle mais la musique ottomane est elle aussi profane. Il en va de même pour la musique persanne, par contre, on y retrouve les mêmes modes (Maqâm ou Dastgah). En dépit de ses multiples apparences, cette musique, qui appartient à la tradition orale, présente certaines caractéristiques communes, surtout dans l'art de la musique savante de l’Islam ; cela est moins évident dans les musiques ethniques, où les particularités régionales sont marquées. Cet art revêt des réalités esthétiques voire ethnomusicologiques variées marquée par le thème unificateur de l’Islam, lequel s’est principalement exprimé en langue arabe

En 1926, l'écrivain égyptien non-voyant Taha Hussein fait exploser une véritable bombe en rejetant l'idée selon laquelle la période préislamique fut qualifiée d' "époque de l'ignorance". En fait, les textes islamiques critiquent violemment cette période et les récits des chroniqueurs ne nous ont apporté que de petites histoires et quelques poèmes, pourtant l'écriture arabe existait bel et bien et depuis plus de mille ans avant l'islam. Les recherches archéologiques ont fourni des éléments montrant, depuis plus de trois mille ans, la place des Arabes au Proche-Orient. Des textes cunéiformes assyro-babyloniens, qui remontent à plus de 800 ans av. J.-C., parlent des royaumes et des reines des Aribi (Arabes). Les villes, habitées entièrement ou majoritairement par les Arabes, comme Pétra, Philippopolis, Palmyre, Hatra, Doura Europos, Bostra, Hauran, Maïn, Saba, Teima, Al-Hira et des dizaines d'autres ont laissé des souvenirs éclatants ; ce qui ne laisse aucun doute sur l'existence d'une civilisation arabe. Comment ce monde, construit sur (et entre) les civilisations antiques de la Mésopotamie et de l'Egypte, aurait-il versé dans cette "ignorance" ? Comment cette société arabe où se développent les premières écritures, la poésie, les observations scientifiques de l'univers, les questions métaphysiques, une réflexion sur la vie (dont les traces écrites existent depuis trois mille ans av. J.-C.), ce monde partagé entre zoroastriens, hébreux, chrétiens, philosophes, polythéistes dont les cultes s'exprimaient déjà par l'art (sculpture, peinture, musique, chant, danse), comment ce monde, subitement, serait-il devenu "ignorant" ? Cette civilisation, les écrits des historiens et géographes, comme Eratosthène (IIIe s.), Ptolémée (IIe s. apr. J.-C.), Pline l'Ancien (Ier s. apr. J.-C.), Strabon (Ier s. av. J.-C.) et d'autres, la confirment, et même les textes bibliques (pourtant partiaux quant à ce qui sort du nationalisme hébreux) ne nient pas cette vérité. D'autres historiens contemporains considèrent même que cette civilisation existait avant les anciennes civilisations gréco-romaine, byzantine et perse. Dans l'introduction à son "Histoire naturelle", Pline l'Ancien découvre trois régions : l'Arabie Pétrée (du nord-ouest du Sinaï à la Transjordanie), l'Arabie Déserte (y compris le désert de Syrie), l'Arabie Heureuse (au nord de la péninsule). Dans ces régions, on peut diviser les Arabes en nomades du désert et en citadins. Les nomades n'avaient pas de lieu fixe et vivaient principalement de l'élevage ; la razzia (ou pillage éclair) faisait aussi partie de leurs activités. Par contre, les citadins comme les Sabéens, les Nabatéens, les Palmyréniens, les Ghassanides, les Hirittes et autres royaumes, contrôlaient de vastes territoires et vivaient, en paix ou en guerre, soit indépendants, soit agissant comme protecteurs pour le compte des grands empire de l'époque (Perse, Romain, Byzantin, etc.). Ces citadins travaillaient principalement dans le commerce, de l'Inde à la Méditerranée. Leurs caravanes convoyaient l'encens, la gomme la myrrhe, la soie, la résine, les pierres fines, toutes marchandises précieuses venant du Yémen ou du Hedjaz, et la chose écrite. Elles étaient souvent accompagnées et protégées par les tribus arabes du Nord. La présence culturelle des empires mentionnés ci-dessus a enrichi considérablement les traditions culturelles propres aux Arabes. Grâce à ces contacts et échanges, mais aussi à l'ouverture sur les mondes, à un esprit particulièrement inventif, les Arabes ont poussé très loin l'évolution de leur culture. En ces temps, la poésie, la musique, la danse devinrent le symbole d'une prospérité qui permit à l'esprit de s'affirmer. A la fin du VIe s. et au début du VIIe s., juste avant l'apparition de l'islam, la plupart des Arabes étaient donc juifs, chrétiens et païens, leurs villes vivaient dans une certaine opulence ; la Mecque était un grand centre commercial, religieux et culturel. C'est la tribu des Quraysh (prépondérante parmi les Arabes de la région) qui était maîtresse de la Mecque depuis le Ve s. Au niveau politique, elle était parfaitement et démocratiquement structurée. Abd Al-Mutalib, grand-père du Prophète, était l'un des principaux responsables de la ville. Ceux-ci organisaient deux foires annuelles qui leur permettaient de contrôler les échanges et de gérer l'enceinte sacrée entourant la Ka'ba, au centre de la cité, pour tirer profit des pèlerinages polythéistes accompagnant les foires. La Ka'ba était (avant la récupération musulmane) un temple orné de plus de 300 sculptures (idoles), elle servait de lieu de culte aux païens. Les visiteurs des foires n'étaient pas uniquement arabes ; ils étaient aussi perses, romains, byzantins et autres. Les Mecquois contrôlaient la route caravanière (la route des aromates) et organisaient chaque année deux grands voyages commerciaux vers le Sud et vers le Nord. Plus de 1 500 chameaux (ce qui était grand pour l'époque) s'ébranlaient à chaque voyage ? A cette prospérité économique s'ajoutait une vie culturelle intense. Au temps des foires, de grandes animations musicales et de danse s'organisaient, les rencontres et les concours poétiques faisaient partie du calendrier. Les grands poèmes du Souk A'kath (les Mu'allaquates) étaient chantés et suspendus sur les murs du temple. Les chanteuses et chanteurs arabes, perses, byzantins, avec leurs instruments, et en particulier le oud (luth), se produisaient dans toute la ville, sur les places des marchés, chez les nobles (leurs mécènes), et dans les cabarets. L'orientaliste Georges Farmer ("The History of Arabian Music", p. 10-12) écrit qu'en plus de leur système musical, les Arabes utilisaient le système de Pythagore ; que nombreux étaient les rois, princes et nobles qui pratiquaient la musique et le chant ; que la musique jouait un rôle déterminant chez ceux qui prophétisaient et qu'à cette période, le harem clos n'existant pas, la liberté de la femme était égale à celle de l'homme. Parmi les dizaines de noms connus, on peut mentionner le nom d'Al-Khanssa qui chantait ses poèmes avec accompagnement musical, ainsi que la mère de Hatem Al-Taay. Le grand poète Al-A'sha, dont l'un des poèmes est devenu mu'alaqua, était connu sous le nom de "Sanajet al-arabe" (Harpiste des Arabes), et parcourait chaque partie de la péninsule pour chanter et jouer de son instrument. Des dizaines d'autres faisaient comme lui ; cette tradition sera reprise par des poètes chanteurs espagnols et français qu'on appellera plus tard les troubadours. En réalité, les Arabes de cette époque (sauf les monothéistes) avaient compris qu'il n'y avait pas de vie (sous forme de survivance individuelle) après la mort, donc ils se sont intéressés à vivre leur présent, à aimer, à danser, à écouter de la musique et à chanter, sans oublier le vin (qu'ils produisaient et faisaient aussi venir de très loin). Grâce à la prospérité économique et à un mode de vie hautement culturel, la poésie et le chant existaient dans chaque maison. C'est dans cette ambiance que le Prophète Mohamed est né en 570.

Que s'est-il donc passé ?

Abd Allah, le père du Prophète Sidna Mohamed, meurt avant sa naissance. Sa mère décède quand il a six ans. Mohamed voit survenir, en 578, la mort de son grand-père, son protecteur, le puissant Abd Al-Muttalib ; il a huit ans. C'est Abu Talib, son oncle et chef de clan des Hashimites, qui l'adopte. Mais Abu Talib, pour des raisons financières, n'est plus capable de continuer à assumer ses responsabilités dans la ville. Le pouvoir économique des proches de Mohamed se trouve diminué énormément. Son grand-père étant bigame, c'est vers la tribu de l'autre épouse, ses demi oncles, que ce pouvoir se déplace : Al-Abbas, les Bani Umayya, la branche la plus riche et la plus puissante des Quraysh, mais aussi la plus cultivée dont le grand chef était Abu Sufyan (né vers 565). Mohamed vit alors la pauvreté et la perte du pouvoir. Tout laisse à supposer, contrairement à la légende populaire, qu'il est déjà lettré et assez brillant. Il commence à voyager et à travailler, dès l'adolescence, dans le commerce. A l'âge de 25 ans, il se marie avec une dame veuve et très riche (Khadija) pour qui il travaillait et il continue à faire prospérer ses affaires. En 610, Mohamed ressent que Dieu se manifeste par l'intermédiaire de l'ange Gabriel : c'est la Révélation. Après trois ou quatre ans de silence, il annonce publiquement l'islam. Dans les grandes foires de la Mecque, c'est en prose rimée, comme tous les prophètes de l'époque, qu'il déclame le message divin. Les visiteurs ne s'y intéressent pas, ils préfèrent écouter la poésie et les récits des poètes chanteurs que les paroles de Dieu. Parmi ces ménestrels, Al-Nadhr Ibn al-Hareth connaît un succès certain et attire tout le public. Ce dernier (selon le chroniqueur Al-Mas'udi) a appris à chanter et à jouer du oud à Al-Hira en Irak (Etat arabe sous protectorat perse). Il raconte dans ses chants les épopées des anciens empires et les grandes histoires d'amour. Donc le message du Prophète ne passe pas ; c'est la solidarité collective des Mecquois et leur culture arabe qui empêchent les progrès de l'islam. En 619, Mohamed perd d'abord Khadija, sa femme et soutien financier, et ensuite Abu Talib, son oncle et soutien politique. C'est une nouvelle situation dans laquelle le Prophète se trouve très affaibli. Il comprend alors que sa réussite dépend des rapports de force, autrement dit qu'il lui faut trouver des alliés. Ses contacts avec les tribus de Al-Taïf (ville au sud de la Mecque) ont échoué. Mais le Prophète trouve des alliés à Yethreb, ville habitée par les Arabes juifs des Bani Quryza, des Bani al-Nadhir et des bani Qaynuqa et les Arabes idolâtres des tribus des Khazradj et des Aws. Les monothéistes contrôlent la vie économique et administrative (politique) de la ville et menacent l'existence des polythéistes Mais les deux tribus des Khazradj et des Aws ne s'entendent pas. Il leur faut un personnage capable de les unifier pour affronter les Juifs. Mohamed accepte ce rôle. En 622, il émigre avec ses compagnons (à peine une centaine) vers Yethreb. Il réussit à unifier les deux tribus en les faisant entrer dans l'islam. Au début, il vit en paix avec les juifs ; plus tard, il les combat et les chasse de la ville qui devient alors Médine. D'autres contacts ont lieu : il s'agit des bédouins qui adoptent l'islam, renoncent au nomadisme et se sédentarisent à Médine. Celle-ci devient la capitale des musulmans, une place importante de regroupement humain et un centre militaire. C'est en cette période qu'est instituée la guerre pour la gloire de Dieu (djihad). Le Prophète, dont la puissance militaire n'a pas d'égale en Arabie, organise des expéditions contre les caravanes mecquoises, puis de petites guerres contre les Quraysh, les juifs et d'autres. Cependant, tous les moyens étaient utilisés pour détruire la culture arabe. Les sourates du Coran et du hadith interdisent la sculpture, la peinture, la musique et attaquent violemment les poètes. Dans la sourate 26, connue sous le nom Les Poètes, versets 224-226, comme dans la sourate 31 appelée Luqman, versets 6 et 7, le texte sacré critique violemment les poètes chanteurs arabes et leur promet un châtiment douloureux. Cette interdiction de la musique est exprimée aussi par la bouche du Prophète à travers ses hadiths dont certains parlent de châtiment pour ceux qui sifflent et battent les mains pour faire de la musique. D'ailleurs, chez les musulmans, le sifflement est considéré comme l'œuvre du diable. Al-Ghazali, dans son livre intitulé Ihya ulum al-din, mentionne certains de ces hadiths (voir vol.2, p. 246). Iblis fut le premier à moduler la lamentation et le premier qui a chanté ; Chaque personne qui élève la voix pour chanter, Allah lui envoie deux diables sur ses épaules pour le frapper de leurs talons jusqu'à ce qu'il se taise. Dans le livre Sahih Al-tirmithi (vol. 1, p. 241), on trouve que le Prophète a maudit le chant et les chanteurs. En plus, le Prophète n'a pas hésité à légitimer l'acte de verser le sang des poètes chanteurs. Parmi ceux-là, Al-Nadhr Ibn Al-Hareth : il fut capturé et assassiné par les soldats de Mohamed en mars 624. Quelques années plus tard, il ordonne la mort de trois chanteuses : Sarah, Qarina et Arnab (voir la chronique d'Al-Tabari, vol. 3, p. 116-118). En 630, il dirige une armée de 10 000 soldats et entre, presque sans combat, à la Mecque (c'était une ville de commerce respectée par tous ceux qui l'utilisaient, elle n'avait pas de vrais soldats). Il détruit toutes les sculptures autour et à l'intérieur du sanctuaire parce qu'elles représentent les divinités des païens. Pour s'assurer que cette ville n'aura plus d'influence culturelle, il interdit le chant et la musique ainsi que la poésie, sauf celle qui le flatte ou flatte l'islam. En même temps, il chasse les poètes de la ville et permet de verser le sang de certains poètes comme Ka'ab et Bujair (fils du grand poète Zuhair ibn Abi Salma, auteur d'une mu'laqua). Au bout de quelques semaines, Bujair, épuisé, se rend et se convertit ; son frère résiste beaucoup plus longtemps mais, harcelé, ne pouvant faire confiance à personne, il se rend lui aussi et achète sa liberté par ses odes à Mohamed. Il devient impossible aux artistes et aux intellectuels de dire ce qu'ils pensent. La Mecque devient une petite bourgade sans aucune importance politique ni commerciale ni culturelle. Mohamed meurt en 632, la lutte pour le pouvoir commence, trois de ses quatre successeurs (connus sous le nom Al-Khalafa al-Rashidun ou les orthodoxes) sont assassinés. Ces quatre successeurs continuent cette même politique, d'un islam dur et strict. Le premier calife, Abu Bakr, considérait comme parfaitement naturel que la musique soit définie comme un "plaisir non autorisé". Plus grave : Al Tabari rapporte que ce même Abu Bakr a donné son approbation à Muhajir (gouverneur du Yémen) pour couper les mains et arracher les dents des deux chanteuses Thabja al-Hadramiyya et Hind bint Yamin pour qu'elles cessent de jouer ou de chanter. Cette position à l'égard de la musique a été confirmée par les quatre grandes écoles qui dominent la vie musulmane. Il s'agit des écoles Malékite, Hanafitte, Shafi'itte et Hanbalitte. Encore aujourd'hui, un "chef" religieux intégriste algérien, Ali Belhaj, déclare : "Je n'écoute pas de musique parce que la Charia l'interdit". Que s'est-il donc passé ? C'est phrase par phrase, mot par mot au long de dizaines de grands ouvrages qu'il faut reconstituer le drame. C'est en refusant d'accepter comme une évidence, comme une chose correcte, comme la seule chose à faire, un assassinat (que les enfants intègrent comme juste, en apprenant l'épisode par cœur, en récitant le texte sacré) que la vérité se dessine au prix d'un dépassement du tabou. Comme dans toutes les histoires humaines, on retrouve le vieil antagonisme "culture forte ou pouvoir fort". Il est intéressant de se poser cette question inutile : où en serait le monde aujourd'hui, quelle musique pratiquerions-nous si, au VIIe s., un ordre militaire qui rêvait de conquêtes n'avait pas dévasté une culture millénaire ? Il est tout aussi intéressant mais très utile de se demander pourquoi le processus de destruction devrait continuer ? Au nom de quoi, au nom de qui ?

Être musicien ou artiste est généralement méprisé par nombreux croyants musulmans

Être musicien ou artiste est généralement méprisé par une frange de la génération plus âgée des croyants musulmans.Les paroles du Prophète (QSSSL), condamnant les artistes enclins à imiter l'œuvre du Créateur, n'ont pas toujours été interprétées comme un rejet pur et simple de tout art figuratif. Ils ont été nombreux parmi les islamologues à n'y voir que la condamnation d'une intention prométhéenne ou idolâtre. A la question de savoir si l'art figuratif est interdit ou toléré en islam, il est aisé de répondre, sans la moindre hésitation, que cet art peut parfaitement s'intégrer dans l'univers de l'islam pourvu qu'il n'oublie jamais ses propres limites.

La musique était une préoccupation d'Avicenne dans l'affinement du goût et développement affectif. Avicenne s'est en effet intéressé à la musique, qu'il considérait comme nécessaire à l'enfant. Dès le berceau, lui-même s'endormait au son de quelque mélodie. Cela prédispose l'enfant à apprendre la musique par la suite, et cette éducation du goût s'affinera au cours de l'étape suivante où l'élève apprendra la poésie simple, à la prosodie facile, qui ravit son âme et la transporte et l'incite en outre à aimer la vertu.(source)

Le Baron Bernard Carra de Vaux rapporte, dans le même ordre d'idées, cette anecdote, dans son livre "Les penseurs de l'Islam". : " Un soir quelqu'un frappa à la porte d'Ibrahim Mocouly. On le fit entrer. C'était. un vieil aveugle. Le musicien le reçut fort courtoisement et céda même à sa prière de lui faire entendre quelques morceaux de sa composition. A son grand étonnement il se vit critiqué avec une sévérité qui le surprit mais contre laquelle il ne protesta pas, les remarques et les observations qu'il venait d'essuyer lui paraissant parfaitement justes. A son tour, il pria son hôte de jouer et de chanter quelque chose. Ce qu'il entendit alors dépassait tellement tout ce qu'il avait l'habitude d'entendre ou de jouer lui-même qu'il en demeura stupéfié. Il sortit de la pièce pour savoir si son épouse et ses enfants avaient aussi bien que lui saisi la mélodie extraordinaire. Quand il revint, il ne retrouva plus le vieillard. Personne cependant ne l'avait vu sortir ; niais tout le monde avait perçu son' chant... Mocouly comprit alors qu'il avait reçu la visite de Satan en personne.

Phénomène assez récent, plusieurs formations contemporaines ont approché le thème de Dieu, de la Foi religieuse par la musique, à l'instar des adeptes du soufisme.

Que ce soit à travers le rap, la chanson pop, ces nouvelles expressions musicales se répandent rapidement grâce à internet et des concerts de proximité dans les pays de la ghorba. Citons Sami Yusuf qui a été diffusé à Trafalgar Square (à Londres), Companions of True Unity.


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Rédigé par Last Night in Orient

Publié dans #Musique islamique

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Last Night in Orient 22/11/2010 15:16


La musique et le chant , par Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî

La musique et le chant
Question
Que pense l’Islam de la musique ?
Réponse du Docteur Yûsuf `Abd Allâh Al-Qaradâwî
Parmi les divertissements qui réjouissent les âmes, qui égaient les cœurs et qui font plaisir à l’ouïe, il y a effectivement le chant. L’Islam considère le chant comme licite tant qu’il ne contient
pas de propos grossiers, obscènes ou incitant à la débauche. Et il n’y a aucun mal à ce qu’il soit accompagné de musique, si, du moins, celle-ci n’excite pas les nerfs.
Le chant est recommandé lors des occasions heureuses, afin de répandre la gaieté et de divertir les âmes. Cela est d’autant plus valable les jours de fêtes, de noces, de retour d’un absent, ainsi
que lors des repas de mariage, des repas en l’honneur d’un nouveau-né et lors de la naissance du bébé.
Ainsi, `Â’ishah - que Dieu l’agrée - assista au mariage d’un couple médinois et lorsqu’elle rentra chez elle, le Prophète - paix et bénédiction sur lui - lui demanda : « Ô `Â’ishah, n’ont-ils pas
organisé une fête ? Parce que les Ansâr aiment faire la fête. » Ibn `Abbâs dit : « `Â’ishah assista au mariage d’une femme médinoise parmi ses proches. Le Messager de Dieu - paix et bénédiction sur
lui - arriva et dit : « Avez-vous offert les cadeaux à la mariée ? » On répondit : « Oui ! » Il demanda : « Avez-vous envoyé quelqu’un chanter en son honneur ? » `Â’ishah répondit : « Non. » Le
Messager de Dieu - paix et bénédiction sur lui - reprit : « Les Ansâr sont des gens galants. Pourquoi n’avez-vous pas envoyé avec la mariée quelqu’un chantant par exemple :
Ataynâkum ataynâkum Fa-hayyânâ wa hayyâkum
Traduction
Nous voici venus ! Nous voici venus ! Que Dieu nous salue et que Dieu vous salue ! ? »

`Â’ishah raconte que Abû Bakr - que Dieu l’agrée - entra chez elle un jour de Fête du Sacrifice (`îd al-ad’hâ) et qu’il trouva deux servantes qui chantaient et jouaient du tambour, alors que le
Prophète - paix et bénédiction sur lui - était recouvert d’un drap. Abû Bakr se mit en colère contre elles. Le Prophète - paix et bénédiction sur lui - se découvrit alors le visage et dit :
"Laisse-les Abû Bakr ! Ce sont des jours de fête."
L’Imâm Al-Ghazâli mentionne dans son livre Al-Ihyâ’ les hadiths sur le chant des deux servantes et sur les jeux pratiqués par les Abyssins dans la Mosquée du Prophète - paix et bénédiction sur lui
- alors que ce dernier les encourageait par des exclamations : "Bravo, enfants de Arfadah !" Ces hadiths précisent également la demande formulée par le Prophète à l’intention de `Â’ishah pour
savoir si elle voulait regarder le déroulement des jeux ou non. Ces mêmes hadiths ajoutent en outre que le Prophète demeura en compagnie de son épouse jusqu’à ce que celle-ci s’ennuyât et voulût
partir. On rencontre enfin des hadiths mentionnant que `Â’ishah jouait avec ses amies. Al-Ghazâlî conclut quant à ces hadiths : « Tous ces hadiths sont mentionnés dans les deux Sahîh [1]. Ils
constituent de fait un texte explicite prouvant que le chant et les divertissements ne sont pas illicites. On peut par ailleurs en tirer un certain nombre de conclusions concernant diverses
permissions :
Le divertissement : tout le monde sait que les Abyssins ont leurs danses et leurs jeux.

Il est permis de se divertir à l’intérieur même de la mosquée.

Le fait que le Prophète dise aux Abyssins : "Bravo, enfants de Arfadah !" montre qu’il leur demande de poursuivre leurs jeux et les encourage à cela. Comment peut-on alors considérer que ces jeux
sont illicites ?

Le Prophète a empêché Abû Bakr et `Umar - que Dieu les agrée - de blâmer, de refuser ou d’interdire le divertissement. Il leur a expliqué que c’était un jour de fête et un moment de gaieté. Or, le
divertissement est source de gaieté.

Le Prophète est resté longtemps à regarder les jeux abyssins et à écouter leur musique, après que `Â’ishah - que Dieu l’agrée - a exprimé son accord pour rester également. Cela montre qu’en termes
de noblesse de caractère (husn al-khuluq), il est meilleur de faire plaisir aux femmes et aux enfants en assistant avec eux à des divertissements que de vivre dans un ascétisme austère, se priver
et priver autrui des plaisirs mondains.

Le Prophète a même pris les devants pour demander à `Â’ishah si elle désirait regarder le déroulement des jeux.

Le chant est permis, ainsi que le battement du tambour, comme le montre le hadith des deux servantes. » Al-Ghazâlî poursuit tout ceci dans le chapitre de l’écoute.
On a rapporté au sujet d’un grand nombre de Compagnons et de Successeurs [2] - que Dieu les agrée - qu’ils écoutaient des chansons sans y voir le moindre mal.
Quant aux hadiths prophétiques qui interdisent le chant, il faut savoir qu’ils sont complètement défaillants, si bien qu’aucun d’eux n’a été épargné de la récusation des juristes et des
traditionnistes. Le juge Abû Bakr Ibn Al-`Arabî dit : « Rien d’authentique n’existe quant à l’interdiction du chant. » Ibn Hazm dit : « Tout ce qui a été rapporté sur l’interdiction du chant est
faux et controuvé. »
Néanmoins, le chant et la musique sont souvent allés de pair avec des veillées arrosées et débauchées, ce qui a incité un grand nombre de savants à interdire, tout du moins à déconseiller le chant
et la musique. Certains d’entre eux ont dit : « Le chant fait partie des plaisants discours mentionnés dans le verset : « Et, parmi les hommes, il en est qui, dénués de science, achètent de
plaisants discours pour égarer hors du chemin de Dieu et pour le prendre en raillerie. Ceux-là subiront un châtiment avilissant. » [3] »
Ibn Hazm répond : « Ce verset mentionne un trait de caractère, qui, s’il est présent chez une personne, fait d’elle automatiquement un mécréant. Il s’agit de celui qui prend le Sentier de Dieu en
raillerie. Ainsi, celui qui achète un recueil coranique afin d’égarer les gens du Sentier de Dieu et le prendre en raillerie est très certainement un mécréant. Et c’est ce type de personnes que
Dieu - Exalté soit-Il - dénigre dans ce verset. Il ne dénigre nullement celui qui achète des plaisants discours dans le but de se divertir et de détendre son âme, et non dans le but d’égarer les
gens du Sentier de Dieu. »
Ibn Hazm répond également à ceux qui prétendent que le chant, ne faisant pas partie de la vérité divine, fait dès lors partie de l’égarement. Ceux-ci s’appuient sur le verset suivant : « Au delà de
la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? » [4] Ibn H>azm réplique : « Le Messager de Dieu - paix et bénédiction sur lui - dit : « Les actions sont jugées d’après les intentions, et il en
sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention. » Ainsi, celui qui a l’intention d’écouter des chansons afin de mieux désobéir à Dieu est un débauché - et cela n’est pas spécifique
uniquement au chant. Quant à celui qui a l’intention de détendre son âme, pour mieux obéir à Dieu - Exalté soit-Il - et pour retrouver son dynamisme dans l’accomplissement d’œuvres pies, est
quelqu’un d’obéissant et de bienfaisant. Et ce qu’il fait relève alors de la vérité divine. Quant à celui qui n’a l’intention ni d’obéir à Dieu ni de Lui désobéir, alors celui-là se livre à des
futilités pardonnées par Dieu. Il possède alors le même statut que celui qui sort se promener dans son jardin, ou celui qui s’assoit devant sa porte et regarde les gens passer, ou encore celui qui
teint son habit en bleu ou en vert, etc. »
Il existe cependant certaines limites qu’il est nécessaire d’observer, en ce qui concerne le chant.
Il est ainsi nécessaire que le sujet de la chanson ne contredise pas la morale et les enseignements islamiques. Une chanson qui glorifierait par exemple l’alcool ou qui inciterait à sa consommation
est illicite, aussi bien pour celui qui la chante que pour celui qui l’écoute.
Toutefois, le sujet de la chanson peut parfois ne pas être contraire aux directives islamiques mais c’est la manière dont le chanteur l’interprète qui déplace la chanson du domaine licite au
domaine illicite. Un exemple caractéristique est celui du chanteur qui interprète les paroles de manière lascive et déliquescente, cherchant à éveiller les instincts et à séduire l’auditeur en
excitant ses désirs concupiscents.
Tout comme la religion combat l’outrance et l’excès, quels qu’ils soient, même au niveau du culte, elle combat l’excès dans le divertissement. Elle n’accepte pas que ce dernier occupe tout notre
temps, car le temps, c’est la vie !
Nul doute que l’excès dans les choses licites déborde sur le temps à consacrer aux obligations, religieuses ou autres. Quelqu’un a dit avec justesse : « Je n’ai jamais pas vu un excès sans qu’il
n’y ait à côté un devoir négligé. »
Il demeure néanmoins des choses pour lesquelles l’auditeur est soi-même son meilleur conseiller. Si les chansons, tout du moins un type particulier d’entre elles, excitent ses instincts, le
séduisent, ou font dominer son aspect animal sur son aspect spirituel, alors il doit éviter de les écouter, afin de fermer les portes par lesquelles s’engouffrent dans son cœur, dans sa religion et
dans son caractère, les tempêtes de la tentation. Ainsi, il se repose lui-même et repose les autres avec lui.
Il est consensuellement admis que le chant devient illicite s’il est accompagné d’autres interdit