Histoire du Sahara occidental
Publié le 15 Février 2010
L’histoire du Sahara occidental est celle d'un territoire désertique peuplé par des tribus nomades, qui n'a jamais été organisé en État-nation. Elle est intimement liée à celle de ses voisins, le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie. Après quelques tentatives infructueuses au xve siècle, les Espagnols en font une colonie entre 1884 et 1975. À la suite du désengagement de l'Espagne en 1975 qui abandonnait ce territoire sans procéder au référendum du Peuple Sahraoui pour lequel elle était mandatée par l'ONU, le territoire était militairement envahi et annexé par le Maroc et la Mauritanie ; le Front Polisario, un mouvement indépendantiste, entreprend une lutte armée. Le Sahara occidental est aujourd'hui un territoire non autonome selon l'Organisation des Nations unies, revendiqué par le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique ; son statut définitif reste en suspens depuis le cessez-le-feu de 1991.
Premiers occupants
Entre –5000 et –2000, le territoire du Sahara occidental est une savane peuplée d'éléphants, de girafes et de rhinocéros. Les premiers habitants modernes y laissent des traces d'art rupestre ou pariétal1. On a longtemps cru qu'il s'agissait des Bafours, un peuple noir agropastoral, mais des recherches archéologiques indiquent également la présence de Blancs au nord de la Mauritanie actuelle2.
La désertification progressive à partir de –2000 (époque holocène) assèche les lacs et chasse les animaux et les Bafours vers le sud. Durant le 1er millénaire avant notre ère, ils sont progressivement remplacés par des nomades berbères, principalement sanhadja. Quelques communautés isolées, vivant dans les oasis, ont persisté sous l'exonymie Haratin. Quelques sites côtiers sur la façade atlantique du Maroc ont été colonisés par les Phéniciens et les Carthaginois, dont Hannon le Navigateur vers les VIe-ve siècles avant notre ère ; aucune trace concluante n'en a été retrouvée au Sahara occidental. Le Périple d'Hannon mentionne une « île de Cerné » (également « île d'Hern » ou « île des Hérons ») qui pourrait être l'île d'Arguin (Mauritanie) ou l'île d'Herne près de Dakhla3.
Les Romains ne dépassent pas la Maurétanie tingitane (moitié nord du Maroc). Ils sont conscients de l'existence de caravanes d'or traversant le Sahara mais ne s'aventurent pas dans le désert. Pline l'Ancien et Ptolémée mentionnent le Draâ (Daratis) dans leurs écrits4. La désertification entre –300 et +300 a rendu tout contact avec le monde extérieur très difficile jusqu'à l'introduction des dromadaires dans la région. Confrontés à un environnement hostile, les Berbères sont vraisemblablement dépendants des quelques communautés du désert et des caravanes, soit pour les guider, soit pour les piller.
Islamisation
L'islamisation du Sahara occidental a commencé dès le viiie siècle mais a longtemps été superficielle, une grande partie de la population conservant des pratiques animistes. Elle n'est pas directement le fait de la conquête arabe ; ce sont les Berbères eux-mêmes qui ont propagé l'islam vers le sud en commerçant de plus en plus régulièrement à travers le Sahara5. En particulier, l'or du Sénégal est indispensable aux États arabes pour pouvoir frapper leur monnaie2. En 745, le gouverneur de l'Ifriqiya, Abderrahman Ibn Habib, fait construire une série de puits entre le sud du Maroc et Aoudaghost (oasis et ville marchande, au sud de la Mauritanie actuelle)2.
Vers le ixe siècle, la confédération berbère des Zénètes (kharidjite) contrôle les oasis et centres marchands au nord du désert, dont Sijilmassa. Trois grandes tribus berbères sanhadja (malékites) contrôlent alors le désert : les Djoddala à l'ouest, près de la côte Atlantique, les Messoufa au nord, dans la vallée du Draâ et l'Anti-Atlas, et les Lemtuna, au centre et au sud6. Une des routes caravanières les plus importantes relie Sijilmassa à l'empire du Ghana, passant par Aoudaghost, devenue la plus importante ville des Lemtuna. C'est là que le sel, extrait dans le nord du désert, est échangé contre l'or du Bambouk. Vers la fin du xe siècle, le Ghana s'empare d'Aoudaghost et les Lemtuna se réfugient dans l'Adrar mauritanien tandis que d'autres Berbères se soumettent aux Ghanéens. Les Zénètes chassent au même moment les Sanhadja de Sijilmassa. À la même époque, la dynastie des Idrissides, qui régnait sur le Maroc, est vaincue par les Fatimides puis les Omeyyades de Cordoue.
Au début du xie siècle, l'émir Tarsina fonde une nouvelle confédération sanhadja à partir des Lemtuna, Djoddala et Messoufa. Tarsina est tué peu après (1023) et son gendre Yahya Ibn Ibrahim lui succède.
/image%2F1043068%2F20190307%2Fob_c9e249_lnolno-last-night-in-orient-le-log.png)