anthropologie

Publié le 12 Août 2026

Dans le cadre de l'anthropologie structurale, et plus particulièrement de l'œuvre de Claude Lévi-Strauss formalisée dans La Pensée sauvage (1962), la sorcellerie (ainsi que la magie) n'est pas perçue comme un simple arriéré irrationnel ou un délire, mais bien comme un système logique cohérent, une modalité à part entière de la connaissance humaine.

​L'implication de la sorcellerie dans la « pensée sauvage » — ce mode de pensée universel fondé sur le concret, l'analogie et la classification (par opposition à la pensée scientifique moderne) — se manifeste à travers plusieurs dimensions fondamentales :

​1. La sorcellerie comme « science du concret » et logique de causalité

​Lévi-Strauss refuse de séparer radicalement la magie/sorcellerie de la science. Pour lui, la pensée sauvage élabore des systèmes rigoureux de classification du monde. La sorcellerie participe de cette démarche :

  • ​Elle cherche à expliquer l'inexplicable (le malheur, la maladie, la mort subite) en refusant le hasard.
  • ​Elle pose un système de causes et d'effets rigoureux, bien que fondé sur des correspondances symboliques et analogiques plutôt que sur l'expérimentation physico-chimique.
  • ​En ce sens, le sorcier ou le devin déploie une forme d'intellectualisme rigoureux : il classe les signes de la nature, les comportements humains et les forces invisibles dans une taxinomie complexe.
​2. Le système des « signifiants » et l'efficacité symbolique

​La pensée sauvage manipule des concepts à la manière d'un « bricoleur » (concept clé de Lévi-Strauss), c'est-à-dire en utilisant les matériaux symboliques disponibles dans la culture.

  • ​La sorcellerie fournit un immense répertoire de signifiants (rituels, formules, substances, figures d'ancêtres ou d'esprits).
  • ​Ce système n'est pas inefficace : Lévi-Strauss a amplement démontré (notamment à travers la notion d'efficacité symbolique) qu'un système magique ou sorcellaire agit profondément sur le plan psychologique et physiologique. Si le groupe et l'individu croient en la structure du sortilège, la structure du mythe ou du rite vient résonner avec la structure organique ou psychique, produisant des guérisons ou, à l'inverse, des dépérissements somatiques (comme la mort par envoûtement).
​3. Un régulateur social et un outil de cohésion

​Dans la pensée sauvage, la sorcellerie n'est pas qu'un ensemble de croyances abstraites ; elle a une fonction sociale et pratique immédiate :

  • L'explication de l'injustice : Pourquoi le malheur frappe-t-il cet individu précis à ce moment précis ? La sorcellerie donne un visage humain ou extra-humain à l'injustice, transformant une fatalité aveugle en un conflit relationnel (jalousie, rancœur, rupture des tabous).
  • Le maintien de l'ordre moral : La peur de la sorcellerie régule les comportements au sein de la communauté. Chacun veille à ne pas éveiller la jalousie d'autrui ou à respecter les normes coutumières, de peur d'être accusé de sorcellerie ou d'en être la victime.
​4. La symétrie entre pensée magique et pensée scientifique

​L'apport majeur de Lévi-Strauss est de placer la pensée sauvage (et donc la sorcellerie qui l'habite) sur le même plan de dignité intellectuelle que la science moderne.

  • ​La science moderne procède par décentrement et maîtrise des processus abstraits à long terme.
  • ​La pensée magico-sorcellaire procède par immédiateté analogique : elle établit des ponts constants entre l'homme, la nature, le cosmos et le corps.
​En résumé

​Dans la pensée sauvage, la sorcellerie agit comme un langage total et un système de pensée structurant. Elle n'est pas le degré zéro de la raison, mais une autre forme de rationalité — une logique du sensible et du symbolique — qui permet aux sociétés de penser l'ordre du monde, de domestiquer l'angoisse de la contingence et de tisser un réseau de sens indissociable de la vie sociale.

Le dessin, réalisé au crayon et à l'encre sépia sur un fond texturé évoquant une page de carnet de notes ancien, montre un paysage mental structuré. Au premier plan, un homme assis (symbolisant l'esprit humain) regarde un autel constitué d'objets hétéroclites assemblés avec soin : des pierres, des morceaux de bois sculpté, des plumes, des coquillages et des plantes. Des lignes géométriques fines et des flèches relient ces objets entre eux, formant un réseau de classifications et de correspondances (chaque objet a une valeur symbolique et magique précise). L'environnement (les collines, la rivière, le soleil et la lune) est également intégré à ce système de pensée, où l'homme et la nature communiquent via des ponts invisibles.

Le dessin, réalisé au crayon et à l'encre sépia sur un fond texturé évoquant une page de carnet de notes ancien, montre un paysage mental structuré. Au premier plan, un homme assis (symbolisant l'esprit humain) regarde un autel constitué d'objets hétéroclites assemblés avec soin : des pierres, des morceaux de bois sculpté, des plumes, des coquillages et des plantes. Des lignes géométriques fines et des flèches relient ces objets entre eux, formant un réseau de classifications et de correspondances (chaque objet a une valeur symbolique et magique précise). L'environnement (les collines, la rivière, le soleil et la lune) est également intégré à ce système de pensée, où l'homme et la nature communiquent via des ponts invisibles.

Voici une sélection bibliographique essentielle pour approfondir la notion de pensée sauvage, l'anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss et la place qu'y occupent la magie, la sorcellerie et l'efficacité symbolique.

​1. Œuvres fondamentales de Claude Lévi-Strauss
  • Lévi-Strauss, Claude. (1962). La Pensée sauvage. Paris, Plon. (L'ouvrage de référence incontournable, en particulier le chapitre III sur « Le système des classifications » et le chapitre IX sur « Histoire et dialectique », où il discute la rationalité magique et le « bricolage »).
  • Lévi-Strauss, Claude. (1958). Anthropologie structurale. Paris, Plon. (Contient notamment le texte fondateur « L'efficacité symbolique », où il analyse en détail les mécanismes psychologiques et sociaux de la cure chamanique et de la sorcellerie).
  • Lévi-Strauss, Claude. (1973). Anthropologie structurale deux. Paris, Plon.
​2. Études anthropologiques sur la sorcellerie et la magie
  • Evans-Pritchard, Edward Evan. (1972). Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé. Paris, Gallimard. (L'une des plus grandes études ethnographiques sur la rationalité interne de la sorcellerie, souvent mise en dialogue avec la pensée de Lévi-Strauss).
  • Mauss, Marcel. (1950). Sociologie et anthropologie (précédé d'une Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss par Claude Lévi-Strauss). Paris, PUF. (Notamment « Esquisse d'une théorie générale de la magie », qui a profondément nourri la réflexion structurale sur la pensée magique).
  • Favret-Saada, Jeanne. (1977). Les mots, la mort, les sorts : la sorcellerie dans le Bocage. Paris, Gallimard. (Une approche anthropologique majeure de la sorcellerie en milieu rural français, axée sur la mise en réseau de la parole, du corps et de l'affect).
​3. Analyses critiques et commentaires philosophiques
  • Ricoeur, Paul. (1963). « Structure et herméneutique », Esprit. (Un dialogue critique célèbre entre la phénoménologie de Ricœur et le structuralisme de Lévi-Strauss, abordant la question du statut de la pensée mythique et sauvage).
  • Descombes, Vincent. (1979). Le Même et l'Autre : quarante ans de philosophie française (1933-1973). Paris, Éditions de Minuit. (Un chapitre très clair éclaire la révolution structurale et la place de la pensée sauvage dans la philosophie contemporaine).

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Anthropologie, #Sorcellerie

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Publié le 30 Juillet 2022

Marx s’intéressait à l'histoire des sociétés humaines. Il n'avait pas lui-même eu ou pris le temps de s'intéresser aux sociétés sans État, mais il suivait les bredouillements de l'anthropologie entre 1860 et 1870, et essayait de les intégrer à sa vision matérialiste. De plus, même si là encore il y a un grand vide sur le sujet dans leurs écrits, Marx et Engels considéraient les femmes comme « la première classe opprimée », et ces études donnaient un éclairage sur le patriarcat.

En particulier, Marx s'était intéressé et avait écrit des notes sur les travaux de Lewis Henry Morgan (1818-1881), un anthropologue et juriste américain. Morgan oriente ses recherches vers les systèmes de parenté et leurs règles de dénomination. Intrigué par l'exemple des Indiens iroquois, il fait une classification qui se veut être une succession de stades parcourus par les sociétés au cours de leur évolution1.

Pour Marx, c’est une recherche qui devait être popularisée pour le mouvement ouvrier. Un an après sa mort, Friedrich Engels publie le résultat de ces réflexions dans L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

Avant la société de classe, l'idée d'un accouplement strictement monogame des mâles et des femelles avec leur progéniture - la famille nucléaire - était inconnue de la société humaine. L'iniquité était également inconnue. Pendant plus de 2 millions d'années, les humains ont vécu en groupes composés de personnes majoritairement liées par le sang, dans des conditions de relative égalité. Cette compréhension est une partie importante de la théorie marxiste, bien qu'une grande partie des premières preuves en soient venues d'une source suspecte : des missionnaires jésuites des XVIIe et XVIIIe siècles enregistrant leurs observations sur les cultures amérindiennes avec lesquelles ils ont interagi.
Les jésuites étaient pour la plupart consternés par le niveau d'égalité trouvé, y compris la liberté et l'égalité sexuelle entre hommes et femmes. Un jésuite, lors d'une rencontre avec des Montagnais-naskapis de l'est du Canada, rapporte : « Je lui ai dit qu'il n'était pas honorable pour une femme d'en aimer une autre que son mari, et que, cet acte maléfique entre eux, lui-même n'était pas sûr que son fils, qui était présent, était son fils. Mais les Naskapis étaient également consternés par les Jésuites. L'homme a répondu : « Vous n'avez pas de sens. Vous, Français, n'aimez que vos propres enfants ; mais nous aimons tous les enfants de notre tribu.
Les jésuites ont rappelé leur incrédulité face au fait que les Indiens n'avaient ni apparemment souhaité aucune sorte de hiérarchie sociale. Ce commentaire du père Paul Le Jeune, écrit en 1634, décrivant encore les Naskapis, est typique : Ils « ne supportent pas le moins du monde ceux qui semblent disposés à assumer la supériorité sur les autres ; ils mettent toutes les vertus dans une certaine mollesse ou apathie.
Le Jeune et les autres missionnaires entreprennent bien entendu de changer cet état de choses. "Hélas," se plaignit-il, "si quelqu'un pouvait arrêter les errances des sauvages, et donner à l'un d'eux le pouvoir de régner sur les autres, nous pourrions les voir convertis et civilisés en peu de temps." Mais les obstacles étaient nombreux. "Comme ils n'ont ni organisation politique, ni charges, ni pouvoirs, ni aucune autre autorité, parce qu'ils n'obéissent à leur patron que par bienveillance envers lui, ils ne s'entretuent jamais pour acquérir ces honneurs. De plus, comme ils se contentent d'une vie simple , aucun d'eux ne se livre au diable pour acquérir des richesses.
Lewis Henry Morgan a conclu, après avoir passé une longue période parmi les Iroquois dans son New York natal, que le système de parenté utilisé par les Iroquois fait remonter toutes les lignées par la mère plutôt que par le père (descendance matrilinéaire vs patrilinéaire). En étudiant d'autres sociétés (initialement d'autres cultures indigènes des Amériques), Morgan a commencé à acquérir des preuves que l'organisation sociale humaine avait évolué, correspondant aux changements dans la façon dont les gens gagnent leur vie. Il a décrit trois périodes distinctes, chacune une étape progressive du développement social. Il les a appelés "sauvagerie, barbarie et civilisation", reflétant la terminologie de l'ère victorienne. Les noms ont changé depuis, mais le schéma de base reste valable : l'étape qu'il nomme « sauvagerie » désigne les chasseurs-cueilleurs ou les sociétés de cueillette, la « barbarie » est une étape où l'agriculture prédomine, d'abord avec « l'agriculture sur brûlis » , ou l'horticulture, et plus tard l'utilisation de techniques avancées telles que le labour et l'irrigation à grande échelle ; "civilisation" est un terme encore en usage, faisant référence à l'évolution de la société urbaine et aux débuts de l'industrie.
Les recherches de Morgan ont contribué à soutenir l'affirmation de Marx et Engels selon laquelle une longue période de «communisme primitif» a précédé la société de classe. Mais cela a également aidé Engels à clarifier précisément comment l'oppression des femmes est apparue en même temps que la montée de la société de classe. L'étude minutieuse de Morgan sur les Iroquois a montré deux choses : 1) que les femmes et les hommes iroquois avaient une division rigide du travail entre les sexes, mais 2) que les femmes étaient égales aux hommes, avec une autonomie complète sur leurs propres responsabilités et pouvoir de décision. au sein de la société dans son ensemble

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

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Publié le 5 Octobre 2021

Leurs héros tuent des enfants" suivi du symbole anarchiste.

Les personnes intéressées par la promotion d'une "langue inclusive" considèrent que la tendance des langues à changer dans leur développement naturel à travers l'histoire, permet potentiellement une plus grande inclusion sociale, lorsqu'une certaine conscience sociale influence les changements de langues.

La sociolinguistique est une discipline qui traite des relations entre la langue et la société. En tant que telle, c'est une branche de la linguistique, mais aussi étroitement liée à la sociologie. Il étudie les différents aspects de la société qui influencent l'usage de la langue, tels que les normes culturelles et le contexte dans lequel évoluent les locuteurs.

Un panneau expliquant le langage inclusif en espagnol, lors d'une manifestation féministe à Madrid, en Espagne.

 

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