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Publié le 2 Septembre 2026

Pistes cyclables et gros bras sur Facebook: chronique d'une hystérie bruxelloise

La guerre des pavés : anatomie des forçats du clavier qui vomissent les mobilités douces à Bruxelles

​Par Mario Scolas

​Sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement sur Facebook — le grand terrain de camping numérique où s'échouent les aigreurs du quotidien —, il suffit qu'une photo de piste cyclable ou de trottinette mal garée apparaisse pour déclencher une véritable curée. Entre deux indignations sur la météo et un post nostalgique sur la bonne vieille époque, une armée de chevaliers blancs du bitume sort ses claviers pour réclamer l'interdiction pure et simple de tout ce qui roule à la sueur du front ou à l'électricité.

​Au-delà du simple caprice de grincheux, qui sont ces forçats du clavier qui vomissent les vélos et les trottinettes à Bruxelles ? Décryptage d'une faune bien installée.

​1. La galerie de portraits des réfractaires
  • Le piéton assiégé (ou l'art du drame piétonnier) : Muni de sa canne ou de sa poussette, il vit dans la terreur permanente d'être percuté par un bolide silencieux. Pour lui, le trottoir est une zone de non-droit absolue où le moindre deux-roues est assimilé à un missile intercontinental.
  • Le navetteur en surchauffe : Coincé pendant quarante-cinq minutes dans son habitacle au milieu du ring, il arrive au bureau (ou rentre dans sa lointaine banlieue) avec les nerfs en pelote. Il voit dans le moindre aménagement cyclable bruxellois un complot personnel ourdé pour l'empêcher d'arriver à l'heure à son open-space.
  • Le boomer nostalgique du c'était-mieux-avant : Pour lui, le vélo urbain et la trottinette sont les symboles d'une jeunesse décadente et fainéante. Il rêve d'un retour au bon vieux temps des pots d'échappement qui embaument l'asphalte.
  • Le procureur de la généralisation : Il a vu un cycliste griller un feu rouge. Par un subtil tour de passe-passe intellectuel, il en conclut que tous les usagers de la mobilité douce sont des délinquants en puissance qu'il conviendrait d'envoyer aux galères.
  • L'illuminé du complot identitaire : Incapable de regarder une trottinette sans y voir un signe de la fin de la civilisation occidentale, il profite de chaque fait divers pour déverser sa soupe xénophobe, persuadé que le guidon est une arme de destruction massive de l'identité locale.
​2. Le vrai problème : Bruxelles contre le reste du monde

​Derrière cette foire d'empoigne numérique se cache surtout un immense fossé géopolitique et psychologique : le choc entre ceux qui subissent la ville de l'extérieur et ceux qui y habitent.

​D'un côté, vous avez les navetteurs qui traversent la capitale en diagonale et vivent Bruxelles comme un immense parking hostile. De l'autre, vous avez les résidents bruxellois qui y vivent au quotidien, respirent l'air des quartiers apaisés et voient d'un bon œil la transformation de leur cadre de vie.

​Mais devinez qui a le plus de temps et d'aigreur à revendre sur les groupes Facebook locaux ? Certainement pas le Bruxellois qui profite de sa rue piétonne, mais bien le navetteur qui évacue sa frustration pendulaire depuis son canapé en province.

​3. Le carburant à clics des algorithmes

​Heureusement, ce tableau peu reluisant ne reflète en rien la réalité de la rue. Les statistiques de fréquentation des pistes cyclables bruxelloises explosent, prouvant que la transition est bel et bien en marche.

​Si les réseaux sociaux donnent l'impression d'une ville au bord de la guerre civile, c'est tout simplement parce que la colère fait vendre. Les algorithmes de Facebook adorent le sang, les larmes et les insultes : plus c'est grotesque, plus ça commente.

​La prochaine fois que vous lirez qu'un cycliste s'apprête à renverser la civilisation, souvenez-vous qu'il ne s'agit que d'un vieux feu de paille numérique alimenté par des gens qui, probablement, n'ont pas mis les pieds dans Bruxelles intra-muros depuis des lustres.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Facebook, #Bruxelles

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Publié le 1 Septembre 2026

​Cassonade : Le tiers-lieu solidaire et favori des jeunes à Bruxelles

​À Bruxelles, la gastronomie participative ne cesse de se réinventer. Parmi ses plus beaux fleurons, Cassonade s'est imposé en quelques années comme un véritable modèle de référence, séduisant autant par son éthique radicale que par la vitalité de sa communauté. Ancré au cœur de Molenbeek-Saint-Jean, ce tiers-lieu urbain dépasse largement la simple fonction de restauration pour incarner un espace de vie, d'inclusion et de partage intergénérationnel.

​Une adresse incontournable et un espace de vie
  • Adresse : Rue de Courtrai 47, 1080 Molenbeek-Saint-Jean (quartier de l'Étang-Noir).
  • L'esprit du lieu : Plus qu'une cantine de quartier, Cassonade se présente comme un espace décloisonné et résolument convivial. Autour de grandes tables communes, étudiants, jeunes actifs, artistes et riverains se côtoient naturellement. Dès le franchissement du seuil, une chaleur humaine sincère et communicative insuffle une énergie unique à l'ensemble du lieu.
​L'indépendance financière et l'économie du don

​Le succès et la singularité de Cassonade reposent sur un modèle participatif affranchi de toute logique institutionnelle traditionnelle :

  • Une liberté totale : Fonctionnant entièrement hors des circuits de subsides publics et sans aucune subvention, le projet tire sa pérennité de l'autonomie, de l'engagement citoyen et de la générosité directe de ses usagers, le tout entièrement porté par des équipes bénévoles.
  • La chaîne de solidarité : Le système de l'addition classique est ici aboli. Chaque convive dégustant un repas financé par la contribution de son prédécesseur verse à son tour une participation libre — indexée sur ses moyens — pour garantir le repas du visiteur suivant.
  • L'horizontalité sociale : En s'affranchissant des codes verticaux traditionnels, le lieu crée un climat de totale décomplexion, garantissant l'inclusion et la dignité de chacun sur un strict pied d'égalité.
​Une cuisine multiculturelle, une ambiance musicale et des rendez-vous cultes

​Miroir du cosmopolitisme bruxellois, l'assiette de Cassonade se veut le reflet d'une ouverture sur le monde décomplexée et créative, sublimée par une atmosphère sonore soigneusement choisie :

  • Le voyage culinaire : Les menus évoluent au fil des jours pour offrir une véritable odyssée gustative, qu'il s'agisse de découvrir un authentique plat népalais, de succomber à l'incontournable buffet libanais du mercredi ou de partager le traditionnel couscous du vendredi.
  • La programmation musicale : L'expérience sensorielle est enrichie par la diffusion permanente d'une musique du monde de haute qualité, berçant les convives dans une ambiance chaleureuse et cosmopolite.
  • Une démarche éthique et durable : Conjugué à une philosophie active de lutte contre le gaspillage, l'établissement orchestre la circulation de milliers de repas partagés mensuels.
​Le cœur battant : des bénévoles d'exception

​Si l'établissement jouit d'une telle aura, il le doit avant tout aux femmes et aux hommes qui insufflent l'âme du projet au quotidien :

  • Une énergie communicative : Entièrement orchestré par des bénévoles passionnés, l'accueil se distingue par une bienveillance et une gentillesse constantes, transformant chaque passage en une expérience mémorable.
  • Un savoir-faire remarquable : De la salle aux fourneaux, le talent et le dévouement des bénévoles démontrent avec brio qu'exigence culinaire, indépendance financière et haute exigence humaine peuvent s'allier avec une élégance absolue.

​BIBLIOGRAPHIE

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Restaurant, #Bruxelles, #Molenbeek, #Gastronomie

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Publié le 1 Septembre 2026

Il m'arrive souvent de flâner sur les réseaux sociaux à la recherche de ces pépites visuelles qui racontent l'histoire de notre ville. En ouvrant des pages comme Le Vieux Bruxelles, j’espérais au départ retrouver la magie des vieilles cartes postales, la poésie des pavés d'autrefois et la mémoire de ces enseignes disparues qui font le sel de notre patrimoine. Mais à force de faire défiler les publications, un sentiment de malaise finit toujours par s’installer. Derrière la beauté des archives photographiques se cache un rituel immuable : ce leitmotiv lancinant du « c'était mieux avant », qui sert bien trop souvent de paravent à un rejet viscéral de la ville d'aujourd'hui et de sa mixité. Ce qui s'annonçait comme un voyage nostalgique se transforme rapidement en une plongée anxiogène dans un entre-soi fermé, où le moindre contre-discours est étouffé sous le regard passif de modérateurs complices. Comment des espaces censés célébrer l'amour d'une ville ont-ils pu devenir à ce point le baromètre de nos fractures identitaires ?

 

Le piège de la nostalgie urbaine : quand les groupes « souvenirs » de Bruxelles virent au repli identitaire

​À l’ère des réseaux sociaux, les pages et groupes consacrés à l'histoire locale connaissent un succès fulgurant. À Bruxelles, des communautés virtuelles telles que Le Vieux Bruxelles occupent une place paradoxale. S'ils séduisent au départ par l'archéologie visuelle qu'ils proposent — en replongeant les internautes dans les rues d'autrefois à travers de superbes archives photographiques —, ces espaces numériques se muent trop souvent en chambres d’écho réactionnaires, où la nostalgie du passé sert de paravent à un rejet de la mixité culturelle et à des dérapages racistes décomplexés.

​Un paradoxe numérique : sanctuariser le passé grâce à un outil mondialisé

​Ces groupes réussissent un tour de force paradoxal : ils utilisent une infrastructure technologique ultra-moderne et mondialisée (Facebook) pour tenter de sanctuariser un village fantasmé. D'un côté, le partage de cartes postales jaunies, de souvenirs de trams d’époque et d’enseignes disparues active une fascination légitime pour le patrimoine. De l'autre, cette vitrine esthétique sert de cheval de Troie à un refus frontal de la modernité humaine, diverse et multiculturelle qui compose la métropole actuelle.

​Bruxelles n'est pas un cas isolé : le miroir des grandes métropoles

​Ce phénomène n'est pas propre à la capitale belge. Il s'inscrit dans une tendance sociologique européenne plus large touchant de grandes villes, du « Vieux Paris » au « Vieux Marseille ». Partout, ces communautés numériques fonctionnent selon les mêmes mécaniques algorithmiques et psychologiques : face aux défis de la métropolisation, de la gentrification et des mutations démographiques, la nostalgie patrimoniale se convertit en un réflexe de repli identitaire standardisé.

​La nostalgie comme refuge : le piège de la mémoire sélective

​Le leitmotiv du « c’est mieux avant » constitue le moteur principal de ces espaces. En idéalisant une époque révolue, les membres s'enferment dans des biais manifestes :

  • L’occultation des difficultés d’époque : On oublie volontairement la pauvreté structurelle des quartiers ouvriers d'antan, l'insalubrité des logements, la pollution industrielle ou le manque de droits sociaux pour ne retenir que le pittoresque.
  • Le sentiment d’exclusion : Pour les habitants d’aujourd’hui, et en particulier pour les Bruxellois issus de l’immigration ou les nouveaux arrivants, ces groupes donnent l'impression d'être des forteresses virtuelles réservées à ceux qui rejettent le changement.

​Derrière la critique urbanistique se cache un malaise profond. Certains riverains de longue date, confrontés aux secousses économiques et sociales, se sentent étrangers dans leur propre ville. Mal exprimé, ce sentiment de perte de repères se traduit par des raccourcis haineux et une hostilité manifeste envers la réalité contemporaine.

​Laxisme des modérateurs et climat anxiogène

​Face à ces dérives, le constat est unanime : la modération au sein de ces groupes se révèle bien souvent laxiste, voire complice par omission, laissant le champ libre à des vagues de commentaires discriminatoires motivés par la recherche d'engagement.

  • L’asphyxie du débat : Les contre-discours constructifs y sont rarissimes. Lorsqu’ils existent, ils sont immédiatement étouffés par la masse des réactions homogènes ou découragés par l’agressivité ambiante.
  • Un espace toxique : Pour le citoyen qui apprécie Bruxelles dans sa vitalité actuelle, naviguer dans ces fils de discussion procure un profond sentiment de malaise. Ce climat pousse la majorité des Bruxellois à déserter ces plateformes, renforçant l'entre-soi réactionnaire.
​Vers des alternatives constructives : réinventer la mémoire bruxelloise

​Heureusement, le repli nostalgique n'est pas la seule issue pour penser l'histoire et l'avenir de la ville. Face à ces impasses numériques, de nouvelles dynamiques citoyennes émergent :

  • Des collectifs d'archivage inclusif : Des projets contemporains et des comptes d'urbanisme participatif s'attellent à raconter Bruxelles autrement, en connectant les luttes d'hier aux réalités d'aujourd'hui.
  • La mémoire comme pont, non comme barrière : Ces initiatives alternatives présentent l'histoire de la ville non pas comme un paradis perdu à pleurer, mais comme un creuset vivant, en perpétuelle mutation et résolument tourné vers l'avenir.
​En conclusion

​Les groupes nostalgiques du « Vieux Bruxelles » ne racontent plus seulement l'histoire d'une ville qui a évolué ; ils sont devenus le baromètre d’une fracture sociétale. En cultivant un passé mythifié au détriment de la complexité du présent et sous le regard passif d’administrateurs indifférents, ils illustrent les dérives des bulles informationnelles. Pourtant, face à cette fossilisation identitaire, la vitalité de Bruxelles trouve un nouveau souffle dans des espaces ouverts, prouvant que la mémoire collective peut – et doit – être un lieu de rencontre plutôt qu'un outil d'exclusion.

Références bibliographiques (Normes ISO 690)

​AGIER, Michel, 2015. Un monde de campements : la piétonnisation du monde. Paris : Éditions La Découverte. ISBN 9782707185884.

​BOYD, danah, 2014. It's Complicated: The Social Lives of Networked Teens. New Haven : Yale University Press. ISBN 9780300199437.

​BOYM, Svetlana, 2001. The Future of Nostalgia. New York : Basic Books. ISBN 9780465007073.

​CARDON, Dominique, 2010. La démocratie internet : promesses et limites. Paris : Éditions du Seuil. ISBN 9782021005842.

​HARTOG, François, 2003. Régimes d'historicité : présentisme et expériences du temps. Paris : Éditions du Seuil. ISBN 9782020593077.

​LEFEBVRE, Henri, 1974. La Production de l'espace. Paris : Éditions Anthropos.

​STASZAK, Jean-François (coord.), 2004. Espaces domestiques, identités et altérités. Annales de géographie. 2004, vol. 637, n° 3, pp. 227-240. ISSN 0003-4010.

​TURIN, Françoise, 2018. Les réseaux sociaux numériques comme espaces de cristallisation des identités locales. Sociologie et sociétés. 2018, vol. 50, n° 1, pp. 115-138. ISSN 0038-030X.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Facebook, #Bruxelles, #Racisme

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