climat

Publié le 16 Août 2026

​Le changement climatique a dépassé sa considération strictement environnementale pour devenir l'un des vecteurs les plus perturbateurs de la sécurité mondiale. Dans la littérature géostratégique contemporaine, le phénomène climatique est défini avec précision comme un « multiplicateur de menaces » (threat multiplier) : il ne génère pas nécessairement des conflits de nulle part, mais agit comme un catalyseur qui approfondit les fragilités préexistantes, met sous tension les structures étatiques et précipite des crises de sécurité nationale et internationale.

​1. Le climat comme multiplicateur de menaces : cadre conceptuel

​Le concept de multiplicateur de menaces implique que le changement climatique interagit avec des vulnérabilités socio-économiques, politiques et institutionnelles déjà existantes (telles que la pauvreté, la faiblesse institutionnelle, la corruption ou les tensions ethniques).

​Lorsque des événements climatiques extrêmes — sécheresses prolongées, inondations, désertification ou élévation du niveau de la mer — frappent des sociétés vulnérables, ils génèrent une réaction en chaîne qui dépasse la capacité de réponse des États. Cela transforme des crises écologiques en crises humanitaires, économiques et, en fin de compte, de sécurité.

​2. Mécanismes de transmission vers l'instabilité géopolitique

​L'impact du climat sur la géopolitique opère à travers plusieurs canaux critiques qui érodent la stabilité des nations et des régions :

  • ​Rareté des ressources critiques : La dégradation environnementale réduit radicalement la disponibilité de l'eau douce et des terres cultivables. Cela intensifie la concurrence pour les ressources de base, déclenchant des différends locaux et interétatiques (par exemple, dans les bassins hydrographiques transfrontaliers comme le Nil ou le Tigre et l'Euphrate).
  • ​Insécurité alimentaire et effondrement économique : Les pertes récurrentes dans l'agriculture et l'élevage détruisent les moyens de subsistance ruraux. La volatilité qui en résulte sur les prix des denrées alimentaires déclenche souvent des manifestations urbaines, des troubles sociaux et la chute de gouvernements fragiles (comme on a pu l'observer en partie lors des prémices du Printemps arabe).
  • ​Déplacements forcés et migrations climatiques : Les millions de déplacés internes et de réfugiés climatiques surchargent les infrastructures des régions d'accueil. Cela engendre des frictions démographiques, des tensions xénophobes et des conflits pour l'accès aux services de base aux frontières.
  • ​Effondrement étatique et vides du pouvoir : Les États incapables de gérer des catastrophes naturelles ou de fournir une aide humanitaire perdent leur légitimité. Ces vides du pouvoir sont fréquemment exploités par des milices, des groupes armés non étatiques et des organisations terroristes pour gagner en influence, recruter des partisans et financer leurs opérations par le biais d'économies illicites.

​3. La sécuritisation climatique dans les agendas des États

​Face à ce panorama, la sécurisation climatique — le processus par lequel les États et les organisations internationales élèvent le changement climatique du rang de politique environnementale à celui de menace existentielle pour la sécurité nationale — s'est consolidée dans les agendas géostratégiques :

  • ​Réformes des doctrines de défense : Les grandes puissances mondiales et des organisations telles que l'OTAN et l'Union européenne ont intégré le risque climatique dans leurs évaluations du renseignement et leurs livres blancs de défense. Les armées ne se préparent plus seulement aux conflits conventionnels, mais aussi aux missions d'assistance humanitaire à grande échelle, de gestion des catastrophes et de stabilisation des zones géostratégiques volatiles.
  • ​Géopolitique de la transition énergétique : La course vers une économie à faible émission de carbone a redéfini les rivalités internationales. La dépendance aux combustibles fossiles est progressivement remplacée par une lutte géopolitique intense pour le contrôle des minéraux critiques (lithium, cobalt, terres rares) indispensables à la transition verte, ce qui reconfigure les alliances et les routes commerciales.
  • ​Concurrence en Arctique : La fonte accélérée dans le cercle polaire arctique a ouvert de nouvelles routes maritimes commerciales et facilité l'accès à des réserves inexplorées d'hydrocarbures et de minéraux. Cela a déclenché une nouvelle course militaire et territoriale entre les puissances circumpolaires (Russie, États-Unis, Canada et pays nordiques).

​Conclusion

​Le phénomène climatique agit comme un accélérateur de l'histoire et des conflits. En surchargeant les ressources et en exacerbant les inégalités structurelles, il affaiblit le tissu des États et multiplie les fronts d'instabilité géopolitique. L'intégration de la variable climatique dans les stratégies de sécurité n'est plus une option préventive, mais une nécessité impérative pour empêcher que les crises écologiques ne renversent la stabilité du système international.

Climat et Sécurité : Le Grand Multiplicateur de Menaces

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Climat, #Environnement, #Migrants

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Publié le 16 Août 2026

​El neoliberalismo aparece hoy en día como un catalizador principal de las crisis globales, tejiendo un vínculo estrecho entre la dinámica de los conflictos armados y la aceleración del cambio climático. Al privilegiar la desregulación de los mercados, la búsqueda desenfrenada del crecimiento y la privatización de los bienes comunes, este modelo económico estructura relaciones de fuerza geopolíticas basadas en la competencia.

​Por un lado, la carrera por los recursos —ya se trate de los combustibles fósiles históricos o, más recientemente, de los metales críticos indispensables para la transición tecnológica— alimenta rivalidades de poder generadoras de conflictos armados. Por otro lado, la primacía concedida al sector privado y a la seguridad económica respalda el auge de un complejo militar-industrial cuya huella de carbono colosal sigue estando ampliamente exenta de las regulaciones climáticas internacionales.

​Al externalizar los costos ambientales y humanos, el sistema neoliberal encierra a las sociedades en un círculo vicioso en el que las guerras devastan los ecosistemas y agravan el calentamiento global, mientras que las crisis climáticas a su vez exacerban las tensiones por los recursos. Al subordinar la supervivencia ecológica a los imperativos de rentabilidad, este paradigma impide el surgimiento de una verdadera justicia climática y de una planificación mundial pacificada.

​Bibliografía comentada

​1. Sobre el vínculo entre neoliberalismo, capitalismo y urgencia climática

  • ​Malm, Andreas, Fossil Capital: The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso, 2016.
    • ​Aporte: Demuestra cómo el auge del capitalismo y de las elecciones energéticas fósiles fue moldeado históricamente por una lógica de control y beneficio, cimentando las bases del calentamiento actual.
  • ​Ciplet, David, & Roberts, J. Timmons, « Climate change and the transition to neoliberal environmental governance », Global Environmental Change, vol. 46, 2017, p. 148-156.
    • ​Aporte: Analiza la forma en que la gobernanza climática mundial ha sido capturada por mecanismos de mercado neoliberales (compensación de carbono, financiarización), limitando su eficacia.
  • ​Charbonnier, Pierre, Abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées politiques, La Découverte, 2020.
    • ​Aporte: Explora cómo el pacto democrático moderno se apoyó en la explotación ilimitada de la naturaleza, una dinámica exacerbada por la era neoliberal.

​2. Sobre la articulación entre guerras, geopolítica y limitaciones ecológicas

  • ​Charbonnier, Pierre, Vers l'écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix, La Découverte, 2024.
    • ​Aporte: Examina cómo los choques ecológicos y la competencia por los recursos obligan a replantear las doctrinas de defensa, la soberanía y la transición en un mundo en guerra.
  • ​Welzer, Harald, Les guerres du climat. Pourquoi on tue au XXIe siècle, Gallimard, col. « Folio actuel », 2009.
    • ​Aporte: Estudia cómo la escasez de recursos inducida por el cambio climático alimenta nuevas formas de violencia geopolítica y conflictos asimétricos.
  • ​Klare, Michael T., The Race for What's Left: The Global Scramble for the World's Last Resources, Picador, 2012.
    • ​Aporte: Descifra la carrera desenfrenada de las grandes potencias y las multinacionales para apropiarse de los últimos yacimientos petroleros, mineros e hídricos, fuentes importantes de conflictos armados.

​3. Sobre la crítica política del neoliberalismo y la violencia sistémica

  • ​Dardot, Pierre, & Laval, Christian, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale, La Découverte, 2009.
    • ​Aporte: La obra de referencia para comprender el neoliberalismo no solo como una política económica, sino como una norma global que transforma el conjunto de las relaciones humanas y de las instituciones en mercados competitivos.
  • ​Dardot, Pierre, Guéguen, Haud, Laval, Christian, & Sauvêtre, Pierre, Le choix de la guerre civile : Une autre histoire du néolibéralisme, La Découverte, 2021.
    • ​Aporte: Analiza la manera en que la lógica neoliberal engendra estructuralmente formas de conflictividad social, exclusión y violencia política sistémica.
  • ​Sassen, Saskia, Expulsions. Brutalité et complexité dans l'économie globale, Gallimard, 2016.
    • ​Aporte: Pone de relieve las lógicas de eliminación y destrucción de los ecosistemas y de las poblaciones marginadas generadas por las políticas económicas contemporáneas.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

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Publié le 16 Août 2026

Alors que la planète étouffe sous le poids de ses propres contradictions, les armes continuent de gronder et de lacérer un peu plus l'avenir de l'humanité. Tandis que l'urgence climatique réclame une trêve universelle et une union sacrée pour sauver notre environnement, les conflits qui déchirent le monde s'imposent comme de redoutables machines à brûler le futur. Entre empreinte carbone militaire démesurée, terres brûlées et diplomatie piétinée sur l'autel du réarmement, la guerre n'est pas seulement le symptôme de notre faillite morale : elle est l'accélérateur silencieux d'un chaos climatique désormais inéluctable.

Mario Scolas

Guerres et climat : les conflits mondiaux peuvent-ils bouleverser notre environnement ?

​À l’heure où les tensions géopolitiques s'intensifient à travers le globe, une question cruciale émerge : quel est l'impact réel des conflits armés sur notre planète ? Si le réchauffement climatique est historiquement perçu comme la conséquence de nos modèles industriels et énergétiques civils, les guerres jouent un rôle bien plus destructeur qu'on ne le pense souvent. Loin d'être de simples parenthèses tragiques dans l'histoire humaine, elles agissent comme de véritables accélérateurs de crise environnementale.

​Une empreinte carbone militaire colossale

​On l’oublie trop souvent, mais les armées modernes sont parmi les plus grandes consommatrices d'énergie au monde. Qu'il s'agisse de chars d'assaut, de navires de guerre, de véhicules logistiques ou d'avions de chasse — dont la consommation de kérosène atteint des sommets en quelques minutes seulement —, la machine militaire tourne à plein régime.

​À cela s'ajoute le complexe militaro-industriel : la production en chaîne de munitions, la construction de bases, les essais et l'entretien des équipements. Globalement, les experts estiment que l'empreinte carbone combinée des forces armées mondiales pèse lourdement sur les bilans globaux, représentant à elle seule environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète.

​Destructions massives et écocides : des cicatrices atmosphériques

​Au-delà de la consommation quotidienne, c'est la nature même des combats qui provoque des ravages immédiats. Les bombardements massifs ciblant des usines, des raffineries, des dépôts de carburant ou des infrastructures énergétiques libèrent instantanément des volumes étourdissants de CO2 et de fumées toxiques dans l'atmosphère.

​De plus, ces destructions en appellent d'autres, indirectes mais tout aussi polluantes : la phase de reconstruction. Reconstruire des villes entières ravagées par les combats nécessite des chantiers titanesques, caractérisés par une production massive de béton et d'acier, deux matériaux extrêmement carbonés.

​Le climat sacrifié sur l'autel de la géopolitique

​L'impact des guerres ne se mesure pas seulement en tonnes de carbone rejetées dans l'air ; il se lit aussi dans le sabotage de la diplomatie internationale.

​Dans un climat de guerre et de méfiance généralisée, les priorités budgétaires des États basculent massivement vers la défense et le réarmement. Cet effort de guerre se fait bien souvent au détriment des investissements indispensables dans la transition écologique. Pis encore, la division du monde en blocs rivaux paralyse la coopération multilatérale. Or, sans un dialogue planétaire fort et unifié, il devient illusoire de vouloir contraindre les nations à respecter leurs engagements climatiques.

​En résumé

​Les guerres ne sont pas le déclencheur initial du changement climatique, mais elles fonctionnent comme un facteur d'aggravation redoutable. En doper l'empreinte carbone, en ravageant les écosystèmes et en détournant l'attention politique des urgences écologiques, les conflits armés compromettent durablement notre capacité à relever le plus grand défi de notre siècle. Plus que jamais, la paix et la préservation de la planète apparaissent indissociables.

Guerres et climat : l’angle mort de la crise écologique
Bibliographie indicative
​Rapports et études institutionnelles récents
  • ​The Shift Project, Énergie, ressources, climat : une défense sous contraintes physiques, juin 2026.
  • ​Scientists for Global Responsibility & Transnational Institute (TNI), Climate Collateral: A beginner’s guide to the military, greenhouse gas emissions and a sustainable future, rapport sur l'empreinte carbone globale des forces armées mondiales (estimée à environ 5,5% des émissions mondiales).
  • ​Attac France, Climat de guerre, notes et analyses sur l'impact de la hausse des dépenses militaires et de l'industrie d'armement.
​Ouvrages spécialisés
  • ​Claude-Marie Vadrot, Guerres et environnement : panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés, Éditions Delachaux et Niestlé, 2005. (Un ouvrage de référence sur la notion de crime écologique et les destructions durables liées aux conflits).
  • ​Karine Mollard-Bannelier, La protection de l'environnement en temps de conflit armé, Thèse de doctorat, Université de Paris I / Éditions Pedone, 2000.
  • ​Arthur Westing (dir.), Global Resources and International Conflict: Environmental factors in strategic policy and action, Oxford University Press, 1986. (Fondateur de l'approche liant ressources naturelles et conflits).
​Articles académiques et revues
  • ​Al-Hamandou Dorsouma et Michel-André Bouchard, « Conflits armés et environnement. Cadre, modalités, méthodes et rôle de l'Évaluation environnementale », Développement durable et territoires, 2014.
  • ​Cahiers de géographie du Québec, « Du bon usage de l'environnement par les armées. Le début des stratégies nationales militaires de développement durable », Vol. 54, n° 152, 2010.

 

Guerres et climat : l’angle mort de la crise écologique

Le néolibéralisme apparaît aujourd'hui comme un catalyseur majeur des crises globales, tissant un lien étroit entre la dynamique des conflits armés et l'accélération du dérèglement climatique. En privilégiant la dérégulation des marchés, la recherche effrénée de la croissance et la privatisation des biens communs, ce modèle économique structure des rapports de force géopolitiques fondés sur la compétition.

​D'une part, la course aux ressources — qu'il s'agisse des énergies fossiles historiques ou, plus récemment, des métaux critiques indispensables à la transition technologique — alimente des rivalités de puissance génératrices de conflits armés. D'autre part, la primauté accordée au secteur privé et à la sécurité économique soutient l'essor d'un complexe militaro-industriel dont l'empreinte carbone colossale reste largement soustraite aux régulations climatiques internationales.

​En externalisant les coûts environnementaux et humains, le système néolibéral enferme les sociétés dans un cercle vicieux où les guerres dévastent les écosystèmes et aggravent le réchauffement global, tandis que les crises climatiques en retour exacerbent les tensions pour les ressources. En subordonnant la survie écologique aux impératifs de rentabilité, ce paradigme empêche l'émergence d'une véritable justice climatique et d'une planification mondiale pacifiée.

Alors que le compte à rebours climatique tourne inexorablement, le choix de la guerre nous condamne à courir à notre propre perte. En sacrifiant les dernières chances de coopération internationale et en transformant chaque champ de bataille en fournaise carbonée, les conflits mondiaux achèvent de sceller notre sort. L'humanité semble ainsi s'enfermer dans une double impasse : incapable de guérir la Terre, elle s'acharne à la détruire un peu plus chaque jour, transformant l'effondrement climatique de menace lointaine en fatalité imminente.

Mario Scolas

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Climat, #Néolibéralisme, #2026

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