Publié le 7 Août 2026
Le wokisme dans le dialogue des cultures : entre déconstruction des hégémonies et quête d'universalité.
Le dialogue des cultures, pensé à l'origine comme un pont entre des traditions, des histoires et des civilisations différentes, se trouve profondément percuté par l'émergence des grilles de lecture issues du « wokisme ». Alors que le dialogue interculturel recherchait traditionnellement des universaux communs ou une reconnaissance mutuelle des différences dans le respect des souverainetés et des histoires nationales, l'approche critique contemporaine déplace la focale vers les rapports de pouvoir, l'histoire coloniale et les dominations structurelles.
Cette rencontre — ou cette confrontation — entre le dialogue traditionnel des cultures et les revendications décoloniales et intersectionnelles s'articule autour de plusieurs tensions majeures :
- La déconstruction des récits nationaux : Le wokisme invite à revisiter le patrimoine culturel et historique (littérature, arts, monuments) sous l'angle des passifs d'oppression (colonialisme, esclavage, patriarcat). Dans le cadre du dialogue des cultures, cela se traduit par une contestation des canons occidentaux traditionnels, perçus non pas comme universels, mais comme le produit d'une domination culturelle (eurocentrisme).
- La suspicion envers l'universalisme : Là où le dialogue classique s'appuyait sur des valeurs universelles partagées (les droits de l'homme, les Lumières), les courants critiques y voient souvent un « universalisme occidental déguisé » qui impose ses propres normes sous couvert d'objectivité.
- Hiérarchisation des voix : L'approche intersectionnelle tend à redistribuer la parole en fonction de la position des locuteurs dans les structures de pouvoir (dominant/dominé, minorisé/majoritaire). Dans un contexte multiculturel, cela modifie la dynamique du dialogue : la légitimité de la parole ne repose plus seulement sur la force de l'argument rationnel ou la connaissance érudite, mais aussi sur l'expérience vécue de la marginalisation (identity politics).
- Risque de repli identitaire : Paradoxalement, alors que le dialogue des cultures cherche à relier les peuples, une application rigide des grilles identitaires peut enfermer les individus dans des assignations rigides d'appartenance (origine, genre, religion), entravant la fluidité des échanges et la possibilité d'une universalité partagée.
- Le piège du relativisme : En voulant réhabiliter les cultures marginalisées et lutter contre l'imperialisme culturel, le wokisme peut parfois glisser vers un relativisme post-moderne où chaque groupe possède sa « vérité » et sa propre grille de lecture indépassable. Cela complique, voire paralyse, le dialogue interculturel dès lors qu'il s'agit de trouver des consensus sur des normes éthiques ou juridiques fondamentales (par exemple, les droits des femmes ou la liberté de conscience).
- La mondialisation des concepts : Issu en grande partie du monde académique et militant anglo-saxon, le wokisme se heurte à des résistances culturelles fortes lorsqu'il est exporté (notamment en Europe ou dans le Sud global), où il est parfois perçu comme une nouvelle forme d'hégémonie culturelle ou d'ingérence intellectuelle.
Dans le dialogue des cultures, le wokisme agit comme un révélateur de tensions post-coloniales. Il a le mérite de rappeler que le dialogue interculturel ne peut faire l'économie d'une autocritique sur les asymétries de pouvoir et les angles morts de l'histoire. Cependant, en rigidifiant les identités et en polarisant les échanges autour de la culpabilité ou de la pureté militante, il risque parfois de transformer le dialogue en un catalogue de revendications irréconciliables, fragilisant l'idéal d'une humanité commune.
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