Publié le 30 Septembre 2026
Imaginez la scène : le Christ revient sur Terre. Pas dans un décor biblique poussiéreux, non. Il choisit Bruxelles, en 1889, au milieu d'une foule en délire, de fanfares tonitruantes et de masques de carnaval complètement flippants.
Bienvenue dans l'univers totalement barré de James Ensor, l'un des peintres les plus fascinants de Belgique.
Un chef-d'œuvre monumental (et un brin mégalo)
Quand l'artiste ostendais peint L'Entrée du Christ à Bruxelles en 1889, il ne fait pas les choses à moitié : la toile mesure plus de quatre mètres de long ! Mais le plus savoureux dans cette histoire, c'est que le Christ, c'est lui.
Isolé au milieu d'une marée humaine hystérique, Jésus a les traits de James Ensor en personne. Pourquoi ? Parce que le peintre, incompris par ses contemporains et boudé par les critiques, s'est dit qu'après tout, il méritait bien un petit traitement de faveur à la mode messianique. Une bonne dose d'autodérision, mâtinée d'un ego bien trempé !
Une satire qui égratigne tout le monde
Ne vous y trompez pas : sous des airs de grande fête colorée, cette toile est une immense claque donnée à la bonne société de l'époque.
Ensor utilise des masques grimaçants (inspirés de la boutique de souvenirs de sa maman à Ostende) pour représenter la bourgeoisie, les politiciens corrompus, les juges et les prêtres. Tout le monde en prend pour son grade. Et pour parfaire le tout, une grande banderole flotte au-dessus de la foule avec l'inscription : « Vive la sociale ». De quoi donner des sueurs froides aux autorités bien pensantes de l'époque.
Trop subversif pour son propre bien
Aujourd'hui considéré comme le grand ancêtre de l'expressionnisme, ce tableau a pourtant fait un four monumental à l'époque. Refusé par le cercle artistique avant-gardiste Les Vingt en 1889 par peur du scandale, il est sagement resté caché dans l'atelier d'Ensor pendant des décennies, loin des regards.
La prochaine fois que vous flânez dans un musée ou que vous pensez à Bruxelles, dites-vous qu'il y a plus d'un siècle, un peintre a imaginé la plus grande fête satirique jamais mise sur toile.
Et vous, si le Christ débarquait dans votre ville aujourd'hui, vous pensez qu'il fuirait en courant ou qu'il finirait sur les réseaux sociaux ?
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