Publié le 18 Juillet 2026
Pour les néo-fascistes, la bataille contre les migrants est l'outil parfait. Elle leur permet à la fois de nourrir leur obsession de la pureté identitaire, de désigner un coupable idéal aux crises de la société, et de fracturer la gauche en opposant les classes populaires aux bourgeois humanistes.
Les néo-fascistes s'opposent aux bourgeois dans leurs discours pour se donner une image de révolutionnaires proches du peuple. Mais dans les faits, ils dépendent sociologiquement de la panique de la petite bourgeoisie et s'allient historiquement avec la haute bourgeoisie dès qu'il s'agit de protéger le capitalisme face à une menace de gauche.
C'est une question très vive dans le débat public actuel. Elle touche au croisement de la sociologie, de la politique et de la géographie sociale.
Pour y répondre de manière nuancée, il faut comprendre pourquoi ce lien est parfois fait, mais aussi pourquoi il est fortement contesté.
Ceux qui associent la défense des migrants à la bourgeoisie (souvent qualifiée de "bourgeoisie de gauche" ou "bohème-bourgeoise" / bobo) s'appuient sur des arguments économiques et géographiques :
- La distance face aux réalités du terrain : On reproche parfois aux classes aisées ou intellectuelles des centres-villes de défendre les migrants de manière théorique et morale, car elles ne subissent pas directement les tensions liées à l'accueil (concurrence sur le marché du logement social, bas salaires, saturation des services publics dans les quartiers populaires).
- L'intérêt économique de la haute bourgeoisie : Historiquement, une partie du grand patronat libéral (donc de la haute bourgeoisie) a pu voir d'un bon œil l'immigration pour disposer d'une main-d'œuvre bon marché, flexible et peu syndiquée, permettant de maintenir les salaires bas dans des secteurs comme le bâtiment, la restauration ou l'agriculture.
- Le "capital culturel" : Les arguments humanistes, juridiques (droit international, droits de l'homme) sont souvent portés par des personnes ayant un niveau d'études élevé, typique de la petite ou grande bourgeoisie culturelle.
Réduire le soutien aux migrants à une posture de bourgeois occulte une grande partie de la réalité du terrain :
En résumé :
Si le discours politique et moral en faveur des migrants est souvent porté par une bourgeoisie culturelle protégée des difficultés quotidiennes, l'action concrète et le soutien politique reposent aussi massivement sur des mouvements populaires, associatifs et syndicaux. Défendre les migrants n'est donc pas une question de classe sociale en soi, mais relève de motivations politiques, morales ou d'expériences de vie qui traversent toute la société.
Pour les mouvements néo-fascistes ou d'extrême droite nationaliste, la question de l'immigration et de la défense des migrants n'est pas un simple sujet de débat : c'est le cœur absolu de leur logique politique.
S'ils en font une "bataille" existentielle, c'est pour plusieurs raisons stratégiques, idéologiques et électorales très précises :
Au centre de l'idéologie néo-fasciste se trouve une vision biologique ou culturelle de la nation. Pour ces mouvements, l'immigration n'est pas perçue comme un phénomène démographique ou économique, mais comme une menace mortelle pour l'identité du pays.
- Ils s'appuient massivement sur la théorie du "Grand Remplacement" (l'idée complotiste que les populations autochtones seraient délibérément remplacées par des populations immigrées).
- En faisant des migrants l'ennemi principal, ils se positionnent comme les "défenseurs" ou les "sauveurs" d'une civilisation qu'ils prétendent en voie de disparition.
Le fascisme et le néo-fascisme fonctionnent par la désignation d'un bouc émissaire pour souder leur communauté. Le migrant est la figure parfaite pour construire ce récit :
- Sur le plan économique : Ils accusent les migrants de "voler les emplois" ou de "profiter des aides sociales" au détriment des nationaux (le concept de priorité nationale).
- Sur le plan de la sécurité : Ils lient systématiquement l'immigration à la criminalité, à la délinquance ou au terrorisme pour susciter la peur.
Comme nous l'avons vu juste avant, le discours pro-migrants est parfois perçu comme une posture de "bourgeois déconnectés". Les mouvements néo-fascistes exploitent à fond ce ressentiment :
- Ils tentent de séduire les classes populaires en leur disant : "Regardez, la bourgeoisie et les élites de gauche s'occupent des migrants, mais elles vous oublient, vous, les vrais nationaux qui souffrez."
- C'est une stratégie de triangulation sociale : ils captent la colère des ouvriers ou des employés face à la précarité en la détournant, non pas vers le patronat ou le système économique, mais vers les migrants.
Pour les néo-fascistes, défendre les droits des migrants revient à accepter le modèle de la mondialisation libérale, la libre circulation et le pouvoir d'institutions supranationales (comme l'Union européenne ou l'ONU). En s'attaquant aux migrants et aux associations qui les aident, ils attaquent en réalité tout le système démocratique et juridique libéral qu'ils souhaitent abattre ou remplacer par un régime autoritaire et ultra-nationaliste.
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