molenbeek-saint-jean

Publié le 3 Septembre 2026

​Le 34, rue des Osiers : Poésie Art Déco et secrets architecturaux au cœur de Molenbeek
​Le 34, rue des Osiers : Poésie Art Déco et secrets architecturaux au cœur de Molenbeek
​Le 34, rue des Osiers : Poésie Art Déco et secrets architecturaux au cœur de Molenbeek

​Par Mario Scolas, auteur du blog Last Night in Orient

​Niché au cœur de Molenbeek-Saint-Jean, à l'angle paisible de la rue des Osiers et de la rue Edmond de Grimberghe, se dresse un remarquable immeuble de coin. Érigé vers 1928, ce bâtiment incarne avec brio l'esprit de l'entre-deux-guerres, mariant les lignes épurées du style Art Déco à de subtiles influences modernistes géométriques. Une signature architecturale d'exception qui vaut aujourd'hui à l'ensemble d'être officiellement inscrit à l'inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale.

​L'empreinte de Julien Roggen

​À l'origine de cette réalisation se trouve l'architecte molenbeekois Julien Roggen. Actif tout au long du XXe siècle, Roggen s'est imposé comme une figure incontournable de l'histoire urbanistique bruxelloise. S'il a su imprimer son talent dans des projets résidentiels soignés et des compositions géométriques audacieuses — dont témoigne magnifiquement la maison voisine du numéro 32, également conçue de sa main —, son nom reste aussi profondément lié aux grands chantiers de logements sociaux. On lui doit notamment, au début de l'année 1965, la célèbre Tour Brunfaut, entrée dans l'histoire comme la première tour de logements à ossature entièrement métallique de Bruxelles.

​Les secrets d'une façade : entre discrétion et symbolisme

​Si les registres historiques demeurent discrets quant à l'identité des premiers commanditaires de cette demeure unifamiliale, la façade elle-même se fait le narrateur d'une histoire plus énigmatique. L'œil averti y découvrira en effet un bas-relief sculpté représentant un hibou ou une chouette.

​Dans l'imaginaire de l'Art Déco, ce motif est loin d'être anodin. Qu'on y voie une référence à la tradition maçonnique — où la chouette incarne la sagesse, la clairvoyance et la quête indéfectible de la vérité — ou plus largement l'attribut classique de la connaissance et de l'érudition, ce choix iconographique témoigne de la dimension intellectuelle que les bâtisseurs de l'époque cherchaient à insuffler à leurs œuvres, conférant au foyer une protection symbolique intemporelle.

​L'art d'habiter : volumes intérieurs et lumière traversante

​Au-delà de son enveloppe extérieure, l'aménagement intérieur de cette demeure reflète tout le savoir-faire de l'architecture résidentielle de la fin des années 1920. Conçue pour optimiser le confort de ses occupants dans un tissu urbain dense, la distribution des espaces répondait à des codes précis :

  • ​La hiérarchie des niveaux : Si le rez-de-chaussée faisait office de zone d'accueil, le premier étage — véritable étage noble — concentrait les espaces de réception (salon et salle à manger en enfilade), tandis que les niveaux supérieurs abritaient l'intimité des chambres et des salles d'eau.
  • ​Le rôle clé des bow-windows et des ouvertures : Les avant-corps vitrés et les fenêtres aux formes géométriques étirées ou losangiques n'étaient pas de simples choix esthétiques. À l'intérieur, ils agissaient comme de véritables pièges à lumière, captant les rayons solaires sous de multiples angles pour baigner les pièces de vie d'une clarté naturelle constante. Ces avancées offraient également aux habitants un panorama privilégié sur l'intersection animée, tout en créant des alcôves intimes propices à la lecture ou à la contemplation.
​Une mise en scène nocturne

​À la tombée de la nuit, lorsque les éclairages urbains et les lueurs intérieures viennent enluminer les façades, la bâtisse révèle toute sa splendeur. Le jeu rigoureux sur les volumes d'angle, l'alliance texturée de la brique et de la pierre, ainsi que le rythme singulier des ouvertures prennent alors toute leur mesure. Plus qu'un simple exercice de style, cette réalisation témoigne d'une vision urbanistique de haut vol : celle d'une architecture de quartier pensée pour structurer l'espace public et célébrer durablement l'art d'habiter la ville.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #1928, #Molenbeek-Saint-Jean, #Architecture, #Julien Roggen, #Tour Brunfaut

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Publié le 30 Août 2026

   
 

 

   
​Une nouvelle partition pour les quais de Molenbeek : l'ancien MIMA se métamorphose en temple de la musique

​Par Mario Scolas pour Last Night in Orient

​C’est un lieu chargé d’histoire et de créativité qui s’apprête à faire vibrer à nouveau le canal de Bruxelles. Après avoir marqué les esprits en tant que musée d’art contemporain (le MIMA) au cœur des anciennes brasseries et ateliers de Bellevue, ce site emblématique de Molenbeek s'apprête à entamer un nouveau chapitre artistique. Dès le mois d'octobre, le bâtiment se muera en JAM Sonor powered by VOLTA, un tout nouveau centre d'envergure entièrement dédié à la musique.

​Répondre à un besoin vital pour la scène bruxelloise

​Porté par une collaboration entre JAM Hotels et l'organisation musicale VOLTA, ce projet répond à une urgence maintes fois soulignée par les acteurs culturels locaux : le manque d'infrastructures de qualité, accessibles et pérennes pour la création musicale dans la capitale.

​Réparti sur quatre étages, le nouveau site a été entièrement repensé pour accompagner les artistes à chaque étape de leur parcours :

  • ​Des espaces de création sur mesure : Une vingtaine de studios de répétition et de production entièrement équipés, ainsi que des zones de travail partagées pensées pour stimuler la synergie entre musiciens.
  • ​Un éventail de programmations et un rythme soutenu : Le centre ne se limitera pas aux coulisses et s'animera au rythme de deux événements musicaux par semaine. Sa programmation variée fera la part belle à des concerts, des talks, des sessions d'écoute immersives et des rencontres professionnelles destinées à structurer le secteur.
  • ​Un espace de vie décloisonné : Entre des expositions temporaires — à commencer par un focus de trois mois sur l'artiste Yaqine Hamzaoui dès l'ouverture, accompagné d'installations sonores — et l'ouverture très attendue d'un bar en rooftop prévue au printemps 2027, JAM Sonor ambitionne de devenir un véritable carrefour de vie.
​Un catalyseur pour le dialogue des cultures

​Au-delà de l'infrastructure artistique, ce projet s'impose surtout comme une excellente nouvelle pour le dialogue des cultures. En faisant fusionner l'héritage industriel du site, l'énergie de la création contemporaine et la pluralité des influences musicales, ce nouvel espace incarne à merveille le métissage et la richesse humaine de Bruxelles. La musique y jouera son plus beau rôle : celui de pont entre les genres, les générations et les origines, favorisant les rencontres et le partage au cœur même de Molenbeek.

​Un week-end inaugural très attendu

​Les mélomanes et les curieux n'auront pas à attendre très longtemps pour découvrir ce nouveau visage. Les portes s'ouvriront officiellement lors d'un week-end inaugural festif les vendredi 2 et samedi 3 octobre 2026. Au programme de ces deux jours de lancement : des concerts, des DJ sets, des sessions d’écoute et une exposition musicale inaugurale.

​Avec ce projet audacieux, Molenbeek confirme son statut de pôle culturel incontournable, prouvant qu'un lieu d'art peut se réinventer sans perdre son âme, tout en offrant une nouvelle voix — et une nouvelle voie — à la créativité plurielle.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Molenbeek, #Molenbeek-Saint-Jean

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Publié le 27 Août 2026

L'Imprimerie Hayez à Molenbeek-Saint-Jean : Rôle institutionnel, production scientifique et éditoriale (1970-2014)

​En hommage à Paul Scolas, typographe, et à travers lui, à tous les artisans de l'ombre qui ont fait vivre ces ateliers.

​L'Imprimerie Hayez (parfois orthographiée historiquement Haÿez dans certains colophons et publications académiques anciennes), fondée à Bruxelles en 1783, s'est affirmée au fil des siècles comme l'un des fleurons de l'industrie typographique et de l'édition en Belgique. Si son ancrage originel s'inscrit dans le tissu urbain de la capitale, la période courant de 1970 à 2014 — marquée par son installation au 19 de la rue Fernand-Brunfaut à Molenbeek-Saint-Jean — constitue un jalon crucial de son histoire industrielle, technique et intellectuelle. Loin de se cantonner à une simple fonction d'exécutant, Hayez a agi comme un acteur central de la diffusion du savoir, façonnant durablement le paysage académique, scientifique et culturel belge grâce au talent de ses typographes et techniciens.

​1. Un ancrage molenbeekois au service de l'institutionnel et du scientifique

​À partir de son transfert sur le site molenbeekois en 1970, l'imprimerie a opéré la transition des techniques traditionnelles vers les standards de la composition moderne (photocomposition puis impression offset). Elle a ainsi pérennisé ses mandats auprès des plus hautes institutions du pays :

  • ​L'Académie royale de Belgique : Hayez a assuré l'impression des prestigieux Bulletins, Mémoires et annuaires des différentes classes de l'Académie (sciences, lettres et beaux-arts), garantissant la rigueur formelle indispensable aux publications académiques.
  • ​Les sociétés savantes et observatoires : Les presses de la rue Brunfaut ont régulièrement façonné les annuaires et bulletins scientifiques de l'Observatoire royal de Belgique, ainsi que les périodiques de sociétés de géologie, d'archéologie et de zoologie, exigeant une typographie hautement spécialisée.
  • ​L'édition universitaire : La maison a collaboré étroitement avec les réseaux universitaires, notamment l'Université Libre de Bruxelles (ULB), pour la publication de thèses de doctorat, de monographies disciplinaires et de revues de philologie ou de sciences humaines.

​2. Diversification éditoriale : récits de voyage, anthropologie et périodiques

​Si le cœur de l'activité demeurait l'impression pour compte d'autrui, la maison a ponctuellement endossé le rôle d'éditeur à part entière, donnant le jour à des ouvrages de prestige et des périodiques ancrés dans leur époque :

  • ​Littérature d'exploration et d'anthropologie : Parmi les parutions notables de la période molenbeekoise figure l'ouvrage de Freddy Boller, Les hommes du Kalahari (publié sous la mention Hayez Éditeur en 1973). Richement illustré de documents photographiques, ce livre s'inscrit dans la grande tradition des récits ethnographiques et des grands reportages d'aventure qui caractérisaient le catalogue de la maison.
  • ​La production coloniale et africaniste : En résonance avec l'historiographie belge du XXe siècle, Hayez a imprimé un volume considérable de rapports de missions, d'études botaniques et de monographies consacrées au Congo belge et à l'Afrique centrale, mobilisant une expertise technique reconnue pour la restitution de planches hors-texte complexes.
  • ​La presse périodique spécialisée : Des revues patrimoniales à large diffusion, telles que Chasse et Nature, ont également trouvé dans les ateliers molenbeekois un partenaire de premier plan pour conjuguer exigence esthétique, mise en page soignée et régularité de parution.

​3. L'excellence typographique, les artisans et la transition contemporaine

​La réputation de l'Imprimerie Hayez reposait en grande partie sur l'expertise de ses artisans — à l'image des typographes et des monotypistes — et sur sa maîtrise des complexités typographiques. Durant les décennies où l'entreprise employait une équipe d'environ 45 salariés à Molenbeek, ces professionnels de la composition (travaillant sur machine Monotype pour fabriquer les caractères un à un) ont garanti la précision indispensable aux ouvrages scientifiques les plus complexes : alphabets multiples (grec ancien, caractères orientaux, alphabet phonétique international) et agencement millimétrique des formules mathématiques ou chimiques.

​La fin de cette époque faste s'est dessinée au printemps 2014, date du rachat de l'entreprise par le groupe flamand Artoos. Ce rapprochement a entraîné la cessation des activités industrielles sur le site de la rue Fernand-Brunfaut, ouvrant la voie à la reconversion urbanistique des anciens ateliers dans le cadre de la revitalisation du quartier du Canal à Molenbeek.

​Aujourd'hui, les empreintes de l'Imprimerie Hayez demeurent précieusement conservées dans les bibliothèques universitaires et les fonds patrimoniaux à travers les mentions de colophon de milliers d'ouvrages scientifiques et littéraires qui ont structuré la vie intellectuelle de la Belgique contemporaine, portant l'héritage discret mais essentiel de ceux qui les ont mis en pages.

​Bibliographie et sources de référence

  • ​Boller, Freddy. Les hommes du Kalahari. Bruxelles : Hayez Éditeur, 1973.
  • ​Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Bulletins et Mémoires. Bruxelles : Imprimerie Hayez / Haÿez (diverses éditions du XIXe au XXe siècle).
  • ​Observatoire royal de Belgique. Annuaire de l'Observatoire royal de Belgique. Bruxelles : Impr. F. Hayez, rue Fernand-Brunfaut 19.
  • ​Revue Chasse et Nature. Numéros imprimés par les ateliers F. Hayez, Molenbeek-Saint-Jean.
  • ​KBR (Bibliothèque royale de Belgique) / ULB. Catalogues collectifs et répertoires rétrospectifs des publications imprimées par la maison F. Hayez à Bruxelles et Molenbeek.
L'Imprimerie Hayez à Molenbeek (1783-2014)
L'Imprimerie Hayez à Molenbeek (1783-2014)

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