molenbeek-saint-jean

Publié le 31 Juillet 2026

Ce n'est pas en tolérant l'ombre qu'on éclaire l'avenir : à Molenbeek, l'économie informelle offre un répit de survie au jour le jour, mais condamne durablement le développement de toute une commune.

Mario Scolas

Affirmer que l'économie informelle (ou souterraine) pourrait « sauver » la commune de Molenbeek-Saint-Jean relève d'un paradoxe économique et social. S'il est vrai qu'au quotidien, les flux d'argent au noir ou les petits "arrangements" informels constituent une soupape de sécurité pour une partie de la population précarisée, une telle économie ne peut en aucun cas constituer une solution viable ou un « sauvetage » à long terme.

​Voici pourquoi l'économie informelle représente une impasse pour l'avenir de la commune :

​1. L'asphyxie financière des services publics

​La commune de Molenbeek fait face à de lourdes difficultés budgétaires et à des tensions financières structurelles (qui pèsent sur son administration et son CPAS).

  • L'absence de recettes fiscales : L'économie informelle n'génère ni impôts locaux, ni taxes sur les activés économiques, ni cotisations sociales. Or, pour entretenir les espaces publics, financer les écoles, soutenir la cohésion sociale ou redresser les finances communales, la commune a impérativement besoin de rentrées fiscales légales.
  • Le cercle vicieux : Plus une économie locale repose sur l'informel, moins la commune dispose de budgets pour investir dans ses infrastructures et son service public, ce qui renforce paradoxalement la paupérisation.
​2. La précarité des travailleurs et l'absence de protection

​Si le secteur informel offre un revenu d'appoint immédiat ou permet à des personnes exclues du marché du travail traditionnel de survivre, il piège ses acteurs dans une grande vulnérabilité :

  • Aucune protection sociale : Pas de droits à la pension, pas d'assurance maladie-invalidité, pas de chômage ni de congés payés.
  • Exploitation : Les travailleurs de l'ombre sont souvent à la merci d'employeurs peu scrupuleux, sans recours légal en cas d'abus, d'accidents du travail ou de non-paiement.
​3. Frein à l'innovation et à l'ancrage formel

​Une économie saine repose sur des structures capables de grandir, d'investir et de créer de l'emploi pérenne. L'informel empêche les micro-entreprises de se structurer, d'accéder à des crédits bancaires, de s'associer avec de grands partenaires ou de participer à des marchés publics.

​Vers quelles alternatives se tourner ?

​Le véritable « sauvetage » de Molenbeek ne passe pas par la tolérance d'une économie souterraine, mais par la valorisation et la formalisation des talents locaux à travers des initiatives officielles :

  • L'accompagnement de proximite : Des structures comme le Guichet d'Économie Locale (GEL) ou le Centre d'Entreprises de Molenbeek (CEM) aident les habitants à transformer une idée ou une activité informelle en véritable entreprise légale.
  • L'écosystème numérique et social : Des projets innovants (à l'instar de MolenGeek ou d'initiatives d'économie sociale) prouvent que la jeunesse molenbeekoise possède un immense potentiel formel qui ne demande qu'à être professionnalisé et connecté à l'économie bruxelloise globale.

​En résumé, l'économie informelle peut tout au plus amortir temporairement certains chocs de la pauvreté individuelle, mais elle prive collectivement Molenbeek des moyens structurels indispensables à son redressement et à son émancipation.

L'avenir de Molenbeek ne se joue pas dans la résignation de l'informel, mais à travers des chantiers de transformation profonde, à la fois économiques, urbains et sociaux. Concrètement, cet avenir s'articule autour de quatre grands leviers :

​1. L’inclusion numérique et l'emploi de pointe

​Plutôt que de confiner la jeunesse dans des petits boulots non déclarés, le pari est de miser sur l'économie du futur. Des structures comme MolenGeek incarnent cette vision : former massivement et gratuitement les jeunes (souvent sans diplôme traditionnel) aux métiers du code, du numérique et de la tech, pour les propulser directement vers le marché formel et les entreprises technologiques bruxelloises.

​2. Le dynamisme culturel et l'attractivité territoriale

​L'impulsion donnée par la dynamique collective de Molenbeek for Brussels 2030 (et les investissements liés à la valorisation du patrimoine industriel le long du canal, de La Fonderie aux Brasseries Belle-Vue) prouve que la culture est un formidable moteur de régénération. L'objectif est de transformer l'image de la commune en un pôle créatif, diversifié et attractif pour l'ensemble de la région bruxelloise et européenne.

​3. La reconversion urbaine et la transition écologique

​Les investissements massifs via les Contrats de Quartiers Durables (comme aux Étangs Noirs) et les programmes européens visent à réaménager l'espace public :

  • ​Création d'espaces verts et de lieux de vie partagés pour lutter contre l'asphyxie urbaine.
  • ​Rénovation du parc immobilier pour contrer le surpeuplement et l'insalubrité des logements.
  • ​Développement des mobilités douces le long de l'axe du canal.
​4. La formalisation et l'accompagnement de l'entrepreneuriat local

​Pour sortir les commerces et les micro-activités de la zone grise, la commune s'appuie sur des outils de proximité (Guichets d'Économie Locale). Il s'agit d'offrir un accompagnement juridique, administratif et financier aux entrepreneurs locaux pour transformer le « système D » en PME structurées, créatrices d'emplois déclarés et de recettes fiscales pour la collectivité.

​En somme, l'avenir concret de Molenbeek réside dans la transition du secteur informel vers l'économie formelle, durable et créative, en faisant de la jeunesse et de la diversité culturelle non pas des défis impossibles, mais les principaux moteurs de sa renaissance.

Ce dessin est conçu comme une infographie visuelle, divisée en deux parties distinctes montrant le changement de direction de la commune.

Ce dessin est conçu comme une infographie visuelle, divisée en deux parties distinctes montrant le changement de direction de la commune.

Entre la rigueur des bilans comptables et la réalité de ses rues, Molenbeek cherche sa voie : celle où l'énergie de ses habitants, enfin mise en lumière, ne sera plus une simple soupape de survie, mais le véritable moteur d'un avenir enfin formalisé.

Mario Scolas

Si de nombreux ménages à revenus moyens (ainsi que de jeunes familles) font le choix de quitter Molenbeek ou de ne pas s'y installer durablement, c'est en raison de plusieurs facteurs structurels et qualitatifs qui poussent vers l'exode urbain :

  • La recherche de qualité de vie et d'espace : Le marché immobilier à Molenbeek offre souvent des logements anciens exigus, manquant d'espaces extérieurs (jardins, terrasses) ou de performance énergétique. Pour un budget équivalent ou légèrement supérieur, la périphérie (le Brabant flamand ou wallon) offre des maisons plus grandes avec jardin, dans un cadre plus vert.
  • La pression immobilière et la hausse des prix : Paradoxalement, même dans les communes populaires, la spéculation et la pression sur le marché locatif ou à l'achat augmentent. Les classes moyennes y trouvent de moins en moins de biens correspondant à leurs critères de confort sans devoir faire de nettes concessions sur la qualité.
  • Le sentiment d'insécurité et les tensions urbaines : Les difficultés sociales, le sentiment d'insécurité dans l'espace public, les incivilités ou les problèmes liés au trafic de rue pèsent lourdement dans la balance au moment où les ménages ont des enfants et recherchent un environnement jugé plus paisible.
  • La qualité des infrastructures et des services de proximité : Bien que des efforts soient faits, certains parents d'un niveau socio-économique moyen estiment que les infrastructures scolaires, la propreté publique ou l'offre de loisirs ne répondent pas pleinement à leurs attentes, les incitant à fuir vers d'autres communes bruxelloises plus favorisées ou directement en dehors de la Région. 

    Le pessimisme s'efface dès lors que l'on passe du constat de l'informel et de l'exode des classes moyennes à la mise en œuvre de politiques inclusives. C'est tout l'enjeu des années à venir pour la commune : transformer ces contraintes structurelles en opportunités d'émancipation collective.

Voici une vision optimiste de Molenbeek, structurée autour de ses énergies positives et de ses réussites potentielles

Voici une vision optimiste de Molenbeek, structurée autour de ses énergies positives et de ses réussites potentielles

Cette infographie, conçue dans un style lumineux et dynamique, illustre la dynamique de transformation de Molenbeek vers une commune prospère et inclusive. Elle s'organise en plusieurs pôles d'excellence interconnectés :

  1. L'Énergie Créatrice et Formelle (Centre) : C'est le cœur battant. Une scène de co-working au bord du canal, dans un bâtiment industriel rénové, montre la jeunesse locale collaborant sur des projets innovants. Arrows indiquent que cette "Énergie Créatrice" se traduit par des "Start-ups Locales" et des "Emplois Durables", soutenue par la "Formalisation et le Soutien".
  2. MolenGeek & le Numérique (Gauche) : Symbole de la réussite déjà en marche. Des jeunes talents (une femme et un homme de profils variés) codent sur un écran géant, illustrant l'acquisition de "Compétences de pointe" et l'ouverture de "Passerelles vers l'emploi".
  3. Culture et Cohésion Sociale (Droite) : La diversité culturelle est célébrée comme un atout. Une scène colorée et des formes artistiques représentent des festivals et des échanges, favorisant le "Vivre ensemble" et une "Fierté citoyenne".
  4. Cadre de Vie Amélioré (Bas Gauche) : Loin des clichés, cette section montre un parc verdoyant, des familles et des bâtiments rénovés, symbolisant des "Espaces verts", la "Rénovation urbaine" et la "Mobilité douce".
  5. Commerce de Proximité Formalisé (Bas Droite) : Plutôt que l'informel, des échoppes colorées, chacune affichant fièrement une petite caisse enregistreuse et un signe "TVA", illustrent un "Entrepreneuriat accompagné" générant des "Recettes communales".

Lorsque les talents de la rue rejoignent la lumière du formel, Molenbeek cesse de survivre pour enfin s'épanouir, prouvant que sa plus grande richesse n'est pas ce qu'elle cache, mais ce qu'elle choisit de révéler.

Mario Scolas

​Le visuel montre ainsi que la réévaluation n'est pas une sanction, mais un outil pour passer de la fragmentation à une efficacité collective au service des habitants de Molenbeek.

​Le visuel montre ainsi que la réévaluation n'est pas une sanction, mais un outil pour passer de la fragmentation à une efficacité collective au service des habitants de Molenbeek.

Réévaluer les actions des associations présentes à Molenbeek ne relève pas d'une remise en cause de leur utilité, mais plutôt d'une nécessité d'adaptation face aux défis complexes que traverse la commune. Sur le terrain, le tissu associatif (qu'il s'agisse de Projets de Cohésion Sociale, de centres d'action globale ou d'initiatives d'insertion) constitue un pilier irremplaçable pour retisser le lien social et accompagner les populations fragiles.

​Une réévaluation ou une mise à plat de ces actions permettrait d'optimiser leur impact autour de plusieurs axes essentiels :

  • Mesurer l'efficacité de la transition vers le formel : Plutôt que de cantonner le travail associatif à une simple gestion de l'urgence ou de l'aide de survie, il s'agit d'évaluer leur capacité à créer de véritables passerelles vers l'emploi déclaré, l'entrepreneuriat et l'autonomie financière des habitants.
  • Mieux coordonner les initiatives de terrain : Molenbeek compte de nombreuses structures dynamiques. Une évaluation concertée (en lien avec les services sociaux et les acteurs locaux) permettrait d'éviter les doublons, d'optimiser l'utilisation des subsides publics et d'identifier précisément les quartiers ou les publics (comme les jeunes décrocheurs) qui échappent encore aux radars institutionnels.
  • Renforcer la complémentarité avec l'économie et l'éducation : Réévaluer ces actions, c'est aussi s'assurer qu'elles travaillent main dans la main avec des vecteurs d'avenir (le numérique, la formation qualifiante et l'accompagnement à la création d'entreprises locales).

​En somme, réévaluer le travail associatif ne doit pas être perçu comme un contrôle sanctionnateur, mais comme un outil stratégique pour faire évoluer le « système D » de la survie vers une dynamique collective d'émancipation et de réussite formelle.

Lorsque les énergies dispersées de ses associations s'accordent enfin au diapason de l'action, Molenbeek cesse de courir après l'urgence pour bâtir, pas à pas, la symphonie de son émancipation durable.

Last Night in Orient - LNO ©

Voir les commentaires

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Molenbeek, #Molenbeek-Saint-Jean

Repost0

Publié le 31 Juillet 2026

​Entre les façades denses de la Chaussée de Gand et l'agitation des rues de Molenbeek, le flux invisible des capitaux circule au rythme des guichets de quartier. Derrière la vitre sans tain d'une épicerie de nuit, un liasse de billets échange de mains en quelques secondes, franchissant instantanément les frontières. Pour des milliers de familles, ce geste quotidien est un lien vital avec l'autre rive de la Méditerranée ; pour les réseaux de l'ombre, c'est la porte d'entrée idéale d'une machine à blanchir bien huilée. Entre besoin légitime et économie parallèle, l'argent liquide continue de couler, irriguant les failles d'un système que les autorités tentent désespérément de canaliser.

Last Night in Orient - LNO ©

Dans les quartiers avoisinants de Molenbeek (comme le long de la Chaussée de Gand, autour de Ribaucourt ou vers la porte de Flandre), la concentration de ces services crée des dynamiques très concrètes sur le terrain :

  • Une interconnexion avec les réseaux informels : Dans ces zones densément peuplées, les agences de transfert et les commerces relais fonctionnent en réseau. Certains établissements situés dans ces rues spécifiques sont particulièrement surveillés par la police locale car ils servent de points de contact pour injecter du cash issu de petites ou moyennes trafics de rue vers l'étranger.
  • La saturation de l'espace commercial de proximité : Les habitants constatent une mutation du commerce local. Les épiceries traditionnelles ou les librairies indépendantes intègrent presque toutes un terminal de transfert d'argent (Ria, Western Union, etc.) pour compenser la baisse de rentabilité de leur activité de base, parfois au détriment des services de proximité réellement utiles aux riverains.
  • Le sentiment d'économie parallèle : La circulation visible de liquidités et le va-et-vient constant dans ces échoppes renforcent l'impression d'une économie parallèle déconnectée du circuit bancaire classique, ce qui attire régulièrement des descentes de police et des opérations coordonnées de contrôle de l'ONSS, des douanes ou de la zone de police Bruxelles Ouest.
VoiciImage réaliste et narrative, conçue pour illustrer le contexte et les thématiques abordées (le flux d'argent, la dualité entre solidarité et économie de l'ombre, et le décor urbain de Molenbeek).

VoiciImage réaliste et narrative, conçue pour illustrer le contexte et les thématiques abordées (le flux d'argent, la dualité entre solidarité et économie de l'ombre, et le décor urbain de Molenbeek).

Alors que les sirènes d'une patrouille s'éloignent dans le dédale des rues bruxelloises, le rideau métallique d'une dernière téléboutique s'abaisse dans un fracas métallique. Demain, l'argent continuera de voyager par-delà les mers, oscillant éternellement entre la dignité des solidarités familiales et le cynisme du crime organisé. Dans les interstices de Molenbeek, le flux s'estompe à peine, laissant derrière lui la lourde tâche aux enquêteurs de démêler le vrai du faux, le lien du leste, dans un jeu de dupes qui recommencera dès l'aube.

Mario Scolas

Voir les commentaires

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Molenbeek-Saint-Jean, #Chaussée de Gand

Repost0

Publié le 22 Juillet 2026

Pour le MR, la multiplication rapide de salons pratiquant des prix extrêmement bas (10 € à 12 € la coupe) dans des communes comme Molenbeek suscite des suspicions de blanchiment d'argent, de travail au noir ou de fraude à la TVA. Le métier de barbier constituant souvent un vecteur d'intégration et d'autonomie financière rapide pour des jeunes subissant parfois des discriminations à l'embauche sur le marché du travail classique, s'en prendre à cette filière est perçu comme un frein mis à leur ascension sociale.

Mario Scolas

À Bruxelles, la concentration de barber shops est encore plus marquée que dans le reste du pays. Cela s'explique par plusieurs dynamiques propres à la capitale :

​1. Une démographie très jeune et multiculturelle

  • Génération dégradé & barbe : Bruxelles est l'une des villes les plus jeunes d'Europe (environ un habitant sur trois a moins de 25 ans). C'est précisément le cœur de cible des salons de coiffure pour hommes, très influencés par la culture urbaine, les tendances des réseaux sociaux, de la musique et du football.
  • Diversité des types de cheveux : La multiculturalité bruxelloise crée une forte demande pour des coiffeurs maîtrisant des techniques spécifiques (cheveux crépus, frisés, texturés) ainsi que l'art précis du tracé de contours et du dégradé américain.

​2. Une densité urbaine et une culture de la proximité

  • Vie de quartier (Socio-quartiers) : Dans des communes comme Matonge (Ixelles), Saint-Gilles, Molenbeek, Schaerbeek ou le centre-ville, le coiffeur/barbier joue le rôle de véritable hub social du quartier. On s'y retrouve spontanément, parfois même sans rdv juste pour passer un moment.
  • Trafic piéton élevé : La densité de population et la fréquentation des artères commerçantes garantissent un flux constant de clients pour le modèle "sans rendez-vous".

​3. Dynamique d'entrepreneuriat local

  • Tremplin pour les jeunes indépendants : L'écosystème bruxellois encourage vivement la création de petites entreprises. Pour beaucoup de jeunes Brusseleirs, ouvrir un salon de coiffure est une voie très concrète vers l'autonomie financière et le statut d'indépendant, nécessitant moins d'obstacles administratifs ou de capitaux lourds que d'autres secteurs.
  • Effet de grappes (clustering) : La réussite de certains salons pionniers a créé une émulation : sur une même rue, plusieurs enseignes peuvent se faire face, créant un pôle d'attraction pour la clientèle masculine.

​4. L'impact du travail hybride et des travailleurs internationaux

  • Flexibilité des horaires : Avec la forte présence d'institutions, de grands sièges sociaux et le développement du télétravail à Bruxelles, les hommes gèrent leur emploi du temps plus librement et fréquentent les salons en semaine durant la journée.
  • Clientèle d'expatriés : La population cosmopolite et internationale recherche souvent des salons au style lifestyle tendance ou vintage, prêt à payer un peu plus pour une expérience complète (soin, boisson, ambiance).
Les critiques soulignent que l'attention disproportionnée portée aux petits commerces de quartier (coiffeurs, night-shops, snacks) crée un climat de suspicion généralisée sur l'entrepreneuriat des minorités, là où la grande fraude fiscale ou financière fait rarement l'objet du même étalage médiatique.

Les critiques soulignent que l'attention disproportionnée portée aux petits commerces de quartier (coiffeurs, night-shops, snacks) crée un climat de suspicion généralisée sur l'entrepreneuriat des minorités, là où la grande fraude fiscale ou financière fait rarement l'objet du même étalage médiatique.

À Molenbeek-Saint-Jean, la très forte fréquentation des barber shops ne relève pas du hasard : elle est au croisement de la culture locale, de la démographie du quartier et d'une offre commerciale ultra-accessible.

​1. Une population extrêmement jeune et connectée

  • Structure démographique : Molenbeek est l'une des communes les plus jeunes de Belgique (près de 30 % de la population a moins de 20 ans).
  • Codes esthétiques urbains : Les jeunes hommes du quartier sont particulièrement attentifs aux tendances de la mode urbaine, du football et des réseaux sociaux (TikTok, Instagram). Le dégradé à blanc (fade) et la barbe parfaitement tracée exigent un entretien fréquent — souvent une fois par semaine ou tous les 10 jours.

​2. Un espace central de sociabilité (Le « Tiers-Lieu »)

​Dans un contexte urbain dense où les logements peuvent être collectifs ou de taille modeste, le barber shop remplit une fonction sociale majeure :

  • Point de ralliement : On n'y va pas seulement pour se faire coiffer, mais pour retrouver des amis, discuter de l'actualité du quartier, écouter de la musique ou regarder un match de foot.
  • Ambiance communautaire et intergénérationnelle : C'est un lieu chaleureux, informel et accessible, où l'attente fait partie intégrante de l'expérience sociale.

​3. Une politique de prix ultra-compétitive (Low-Cost)

  • Tarifs attractifs : Les prix pratiqués dans les salons molenbeekois (souvent situés entre 10 € et 18 € pour une coupe/barbe) sont nettement plus bas que dans les communes du sud ou du centre de Bruxelles.
  • Accessibilité sans rendez-vous : Le modèle repose presque exclusivement sur le "walk-in" (entrée libre sans réservation). Cette souplesse correspond parfaitement au mode de vie d'une clientèle jeune et étudiante.

​4. Une expertise ciblée sur la diversité des cheveux

​Les coiffeurs du quartier sont réputés pour leur maîtrise technique des cheveux crépus, frisés et très épais, ainsi que pour la précision des contours au rasoir. Cette spécialisation attire une clientèle qui dépasse largement les frontières de Molenbeek, faisant venir des clients d'autres communes bruxelloises, voire de la périphérie flamande.

Les barber shops fonctionnant comme des lieux de sociabilité où des groupes de jeunes stagnaient parfois sur le trottoir ou à l'intérieur, ils sont perçus par le MR comme des points chauds favorisant la sous-culture de rue ou le sentiment d'insécurité. Les critiques soulignent que l'attention disproportionnée portée aux petits commerces de quartier (coiffeurs, night-shops, snacks) crée un climat de suspicion généralisée sur l'entrepreneuriat des minorités, là où la grande fraude fiscale ou financière fait rarement l'objet du même étalage médiatique.

Mario Scolas

Voir les commentaires

Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Molenbeek, #Molenbeek-Saint-Jean, #Racisme, #Sociologie, #2026, #Bruxelles, #extrême-droite

Repost0