La fusion des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale en une seule et unique entité (ou en un nombre restreint de blocs) est l'un des serpents de mer les plus célèbres de la politique belge. Qualifiée de "lasagne institutionnelle" par ses détracteurs, l'organisation actuelle fait l'objet de débats intenses.
Une telle réforme impliquerait des bouleversements politiques, électoraux et communautaires majeurs.
1. La redistribution du pouvoir : de 19 barons à un super-maire
Actuellement, Bruxelles compte 19 bourgmestres dotés d'une influence politique considérable, souvent perçus comme des "barons" sur leur territoire.
- Concentration du pouvoir : Une fusion supprimerait ces 19 postes au profit d'un seul bourgmestre pour toute la capitale (ou de quelques-uns si la fusion est partielle). Ce "Super-Bourgmestre" de Bruxelles pèserait politiquement aussi lourd, voire plus, que le Ministre-Président de la Région.
- Le modèle des "districts" : Pour maintenir une gestion de proximité, le modèle le plus souvent évoqué est celui d'Anvers ou de Paris : transformer les anciennes communes en districts. Ces districts géreraient les compétences du quotidien (culture locale, sport, état civil), mais le vrai pouvoir politique, budgétaire et sécuritaire serait centralisé au niveau de la ville-région.
2. Le séisme électoral et la représentation des partis
Modifier la carte communale changerait radicalement les dynamiques de vote.
- Fin des fiefs locaux : Certains partis ont des bastions historiques très marqués (par exemple, le PS à Molenbeek ou à la Ville de Bruxelles, le MR à Uccle ou à Etterbeek, les Engagés à Woluwe-Saint-Lambert). Une fusion globale lisserait ces votes.
- Le poids des coalitions : Les majorités communales ne ressembleraient plus à des micro-alliances locales parfois baroques, mais s'aligneraient plus naturellement sur les blocs politiques régionaux.
3. L'équilibre communautaire (Francophones vs Néerlandophones)
C’est le cœur du blocage politique. Historiquement, la demande de fusion des communes est portée par les partis néerlandophones, tandis que les partis francophones y opposent une forte résistance.
- La crainte francophone : Les francophones craignent qu'une fusion des communes n'aboutisse à une fusion complète avec la Région. Or, au niveau communal, la stricte parité linguistique n'est pas obligatoire dans les collèges (contrairement au gouvernement régional où elle est de mise). Une fusion globale risquerait de rouvrir la boîte de Pandoure des clés de répartition linguistique et de la protection des minorités.
- L'efficacité flamande : Côté néerlandophone, on avance que la division actuelle nuit à l'efficacité de la capitale. Ils réclament une structure simplifiée pour une meilleure gestion globale (notamment en matière de mobilité et de sécurité), en garantissant la représentation flamande via le système des districts.
4. La centralisation de la sécurité (Déjà en marche)
La sécurité est l'argument n°1 des partisans de la fusion. Jusqu'ici, Bruxelles est divisée en 6 zones de police broad-communales, ce qui crée parfois des problèmes de coordination (la criminalité ne s'arrêtant pas aux frontières d'une commune).
Actualité : La fusion des 6 zones de police bruxelloises en une seule zone unique fait l'objet d'un bras de fer intense. Portée par le gouvernement fédéral, cette réforme a été votée, mais elle suscite la fronde des bourgmestres bruxellois (via l'association Brulocalis), qui contestent cette mesure devant la Cour constitutionnelle, y voyant une atteinte à l'autonomie locale et un gouffre budgétaire potentiel pour leurs finances.
Si la fusion des polices se concrétise et se maintient, elle constituerait la première brèche politique majeure vers une centralisation totale, privant les bourgmestres de leur casquette de "chef de la police locale".