religion

Publié le 15 Août 2026

La question des prières islamiques au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB) a récemment suscité de vives polémiques, notamment suite à la découverte d'espaces de prière improvisés ou « clandestins » sur les campus du Solbosch et d'Erasme. Ce sujet touche à des notions fondamentales et régulièrement débattues dans l'enseignement supérieur belge.

​Entre rigueur institutionnelle et défense du libre examen

​D'une part, ce débat ravive la question du principe du libre examen et de la laïcité. Fondée sur le rejet de tout dogme et sur l'indépendance de la pensée, l'ULB voit une partie de sa communauté académique — professeurs, direction et signataires de pétitions — estimer que l'installation de lieux de culte ou de recueillement permanents dans les espaces communs contrevient à la neutralité des lieux d'étude et de recherche.

​Les autorités universitaires, par la voix de la rectrice Annemie Schaus, rappellent que si la liberté de conscience et le port de signes convictionnels individuels sont garantis, les campus sont avant tout dédiés à l'enseignement. La direction s'oppose ainsi fermement aux prières collectives lorsqu'elles entravent le bon déroulement des cours ou encombrent des zones de sécurité telles que les sorties de secours. À l'inverse, plusieurs cercles étudiants ont critiqué la position de l'institution et la médiatisation de l'affaire, y voyant une stigmatisation excessive face à des pratiques qu'ils estiment marginales.

​Le point de vue des partisans d'une plus grande souplesse

​D'autre part, ceux qui défendent la possibilité pour les étudiants musulmans de prier sur les campus — ou qui considèrent la polémique disproportionnée — mettent en avant des arguments axés sur l'inclusion et la réalité de la diversité. Pour plusieurs associations et cercles étudiants progressistes, une université moderne doit être un espace ouvert qui s'adapte à la diversité culturelle et confessionnelle d'une métropole comme Bruxelles.

​Les partisans de cette approche soulignent également :

  • La critique de la stigmatisation : Ils dénongent une tendance à monter l'affaire en épingle pour alimenter les tensions, estimant que des rassemblements discrets ne nuisent pas aux missions de l'université.
  • La liberté de conscience : Pour eux, un rassemblement spontané dans un coin de couloir ou un local inutilisé répond à un besoin personnel légitime, d'autant plus que l'accès à des lieux externes est souvent difficile entre deux blocs de cours.
​Conclusion

​Le débat entourant les prières islamiques à l'ULB met en lumière une tension persistante entre l'attachement indéfectible au libre examen — qui pousse l'institution à refuser toute sanctuarisation d'espaces cultuels — et les aspirations à une plus grande inclusion des besoins spirituels étudiants. Entre application stricte des principes laïcs et recherche d'un équilibre pragmatique, l'université navigue sur une ligne de crête délicate entre liberté individuelle et règles collectives.

Sur le plan humoristique, la situation à l'ULB a de quoi faire grincer des dents autant qu'elle amuse les observateurs des traditions estudiantines belges.

Sur le plan humoristique, la situation à l'ULB a de quoi faire grincer des dents autant qu'elle amuse les observateurs des traditions estudiantines belges.

Entre les partisans du libre examen qui sortent leurs boussoles constitutionnelles pour vérifier si un carré de moquette dans le couloir ne viole pas la laïcité de Jules Ferry, et les étudiants qui tentent de trouver un endroit calme pour prier entre deux cours de sociologie sans trébucher sur un extincteur, le campus ressemble parfois à une comédie absurde.

​D'un côté, on a l'administration qui panique dès qu'un tapis de prière est déployé, craignant l'effondrement immédiat de l'université sur trois siècles de rationalisme scientifique. De l'autre, on s'imagine les étudiants transformés en agents secrets de la foi, se faufilant entre les amphis à la recherche de la dernière salle de travaux pratiques non verrouillée, avec la même adrénaline que dans un épisode de Mission Impossible.

​Bref, à l'ULB, on philosophe beaucoup sur le vivre-ensemble, mais apparemment, trouver un coin de paix où poser ses genoux sans déclencher une crise diplomatique inter-facultaire reste l'épreuve la plus difficile du semestre ! 

 

Bibliographie

  • Université libre de Bruxelles (ULB). Documents officiels, chartes de la laïcité et principes directeurs du Libre Examen.
  • Presse belge et francophone. Couverture médiatique des polémiques relatives aux espaces de recueillement et aux prières sur les campus du Solbosch et d'Erasme (articles de presse, reportages, communiqués de la direction et des cercles étudiants).
  • Cercles étudiants de l'ULB (Cercle du Libre-Examen, Cercle des Étudiants Arabo-Européens, et autres associations représentatives). Prises de position, tribunes et communiqués sur la liberté de conscience et l'inclusion sur le campus.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Laïcité, #Religion, #Bruxelles, #Université, #Libre examen, #Politique

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Publié le 8 Août 2026

Née de la volonté d'unir des traditions historiques souvent marquées par l'antagonisme et la persécution, l'expression de « civilisation judéo-chrétienne » s'est imposée au fil du temps dans le débat public occidental. Loin d'être un simple concept neutre ou purement historiographique, cette notion est devenue au XXIe siècle un puissant instrument idéologique et géopolitique. Entre la réécriture d'un passé violent, l'exclusion de l'altérité et la construction de frontières identitaires face aux mutations contemporaines, l'analyse de ce concept met en lumière la manière dont l'histoire est instrumentalisée pour façonner des récits d'exclusion et de repli sécuritaire.

Mario Scolas

L'instrumentalisation politique contemporaine du concept de « civilisation judéo-chrétienne » s'est intensifiée au cours des dernières décennies, portée par les mutations géopolitiques, les crises migratoires et la montée des mouvements populistes et nationalistes, particulièrement en Occident (en Europe et en Amérique du Nord).

​Loin d'être neutre ou purement historique, cet usage répond à des stratégies rhétoriques et électorales précises. Voici une analyse détaillée de ses mécanismes et de ses manifestations :

​1. La construction d'un « eux » contre « nous » (Le choc des civilisations)

​Sur le plan géopolitique, l'utilisation de cette expression sert souvent de prolongement moderne à la thèse du « choc des civilisations » (popularisée par Samuel Huntington).

  • L'exclusion de l'altérité : En qualifiant l'Occident de « judéo-chrétien », les discours identitaires redéfinissent les frontières de la citoyenneté et de l'appartenance non pas sur des critères politiques ou civiques, mais sur des bases culturelles et religieuses essentialisées.
  • La cible principale : Dans le contexte contemporain, cette notion est fréquemment mobilisée pour s'opposer à l'islam et aux populations musulmanes, qu'elles soient résidentes, immigrées ou candidates à l'asile. L'argument implicite ou explicite est que ces populations seraient porteuses de valeurs « incompatibles » avec le socle judéo-chrétien.
​2. Le « laïcisme » de combat et la défense sélective des valeurs

​Un paradoxe marquant de l'instrumentalisation contemporaine est son adoption par des mouvements politiques traditionnellement laïcs, voire d'extrême droite historiquement anticléricaux.

  • Le détournement de la laïcité : Des partis nationalistes utilisent la référence au christianisme (et par extension au « judéo-christianisme ») non pas pour prôner la foi religieuse, sin pour défendre un patrimoine culturel identitaire. La laïcité est alors redéfinie : elle ne sert plus à garantir la neutralité de l'État, mais à proscrire des symboles religieux précis (comme le voile islamique) tout en protégeant les traditions chrétiennes (les crèches de Noël dans les mairies, les clochers, etc.) présentées comme de simples « traditions nationales ».
  • L'appropriation des acquis progressistes : Les discours nationalistes et conservateurs affirment souvent que la « civilisation judéo-chrétienne » est le berceau exclusif des droits de l'homme, de l'égalité des genres et des droits des personnes LGBTQ+. Cette posture sert à disqualifier l'immigration en l'accusant de menacer ces libertés, tout en gommant le fait que ces mêmes institutions religieuses ont historiquement combattu ces droits pendant des siècles.
​3. La rhétorique du « déclinisme » et de la menace existentielle

​L'instrumentalisation politique prospère sur un sentiment d'anxiété collective face à la mondialisation, aux mutations économiques et aux changements démographiques.

  • Le mythe du grand remplacement : Le concept sert de ciment idéologique aux théories du complot ou aux discours alarmistes sur le « déclin de l'Occident ». On présente la civilisation judéo-chrétienne comme une forteresse assiégée de l'intérieur (par le « wokisme », le multiculturalisme ou le laïcisme excessif) et de l'extérieur (par l'immigration non européenne).
  • L'appel à la reconquête : En dressant un portrait apocalyptique de l'avenir, les leaders politiques qui emploient cette rhétorique se présentent comme les seuls remparts capables de « sauver » la civilisation, légitimant ainsi des mesures d'exception : durcissement des politiques migratoires, politiques sécuritaires accrues et restriction des libertés publiques.
​4. Le rôle de la géopolitique internationale et des alliances

​Au niveau international, la référence au « judéo-christianisme » est également utilisée dans les cercles diplomatiques et conservateurs pour cimenter des alliances géopolitiques.

En résumé : Dans le paysage politique contemporain, l'expression « civilisation judéo-chrétienne » fonctionne moins comme un concept historique rigoureux que comme un outil de mobilisation idéologique. Elle permet de façonner une identité politique exclusive, de légitimer la xénophobie sous couvert de défense culturelle et de polariser les débats électoraux autour de la peur du déclin et de l'altérité.

L'image adopte un ton allégorique et critique pour dépeindre cette notion non pas comme une vérité historique, mais comme un outil rhétorique utilisé dans le débat politique actuel.

L'image adopte un ton allégorique et critique pour dépeindre cette notion non pas comme une vérité historique, mais comme un outil rhétorique utilisé dans le débat politique actuel.

En définitive, l'invocation contemporaine de la « civilisation judéo-chrétienne » agit moins comme un hommage à un héritage historique partagé que comme le miroir des anxiétés et des fractures de notre époque. En transformant des siècles de complexité, de conflits et de violences en un mythe d'exclusion, cette construction politique révèle sa véritable fonction : ériger des frontières symboliques pour régir l'altérité et dicter les contours de l'appartenance. Déconstruire ce récit s'avère donc indispensable, non pour effacer la mémoire, mais pour refuser qu'elle ne devienne l'arme d'un repli identitaire.

Mario Scolas

En somme, l'image illustre le processus par lequel une notion historique est transformée en un outil politique pour ériger des frontières et exclure « l'autre ».

En somme, l'image illustre le processus par lequel une notion historique est transformée en un outil politique pour ériger des frontières et exclure « l'autre ».

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Occident, #Religion, #extrême-droite, #Politique

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Publié le 2 Juillet 2026

L'amour du prochain — que l'on qualifie plus largement en sciences de comportement altruiste, d'empathie ou de coopération — existait bien avant l'apparition des religions monothéistes (comme le judaïsme, le christianisme ou l'islam).

Mario Scolas

​En réalité, les monothéismes n'ont pas inventé ces valeurs : ils les ont codifiées, universalisées et intégrées dans un cadre divin. Voici comment ce sentiment et ces pratiques s'exprimaient bien avant eux.

​1. L'explication biologique et évolutive

​Avant d'être une vertu religieuse, l'altruisme est un mécanisme de survie. L'être humain est un animal social. Durant des centaines de milliers d'années, au sein des groupes de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, un humain isolé était un humain mort.

​Les anthropologues et psychologues évolutionnistes ont mis en évidence deux leviers majeurs qui existaient des millénaires avant la moindre ligne de texte sacré :

La preuve par l'archéologie : On a retrouvé des squelettes d'hommes de Néandertal ou d'Homo sapiens anciens portant des traces de handicaps lourds ou de graves fractures complètement guéries. Cela prouve que ces individus, incapables de chasser ou de se défendre seuls, ont été nourris, protégés et soignés par leur communauté pendant des mois, voire des années.

L'amour du prochain chez les peuples précolombiens se traduisait notamment par :

  1. ​Une obligation d'entraide communautaire stricte (l'isolement ou l'égoïsme y étaient vus comme des folies).
  2. ​Une prise en charge collective et institutionnelle des veuves, des orphelins et des infirmes.
  3. ​Une éducation axée sur la compassion, la modestie et le respect de la dignité humaine au sein du groupe.

​2. Les morales des civilisations polythéistes

​Bien avant le monothéisme, les grandes civilisations de l'Antiquité, pourtant polythéistes (croyant en plusieurs dieux), avaient déjà érigé la compassion et la protection des faibles en piliers sociaux.

​3. Les philosophies sans Dieu unique

​Dans ce que le philosophe Karl Jaspers appelle "l'Âge axial" (autour de 500 av. J.-C.), plusieurs grands penseurs à travers le monde ont théorisé l'amour du prochain sans s'appuyer sur un dieu unique.

​En somme, l'amour du prochain est ancré dans la nature humaine et dans l'histoire bien avant l'avènement du monothéisme. Ce que les religions monothéistes ont apporté de radicalement nouveau, c'est l'idée que tous les humains sont égaux car créés à l'image d'un Dieu unique, transformant la solidarité locale (le "prochain" de la tribu ou de la cité) en un impératif d'amour universel s'appliquant même à l'étranger.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Religion, #Monothéisme, #Polythéisme, #Amour, #Catholicisme, #Christianisme, #Islam, #Autochtones d'Amérique

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