religion

Publié le 29 Juin 2008

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La Zaouïa, dans toutes les terres islamiques, est le lieu où l'on trouve refuge, l'asile sacré où le pauvre comme le riche trouve sur sa route la nourriture et le repos. Paye qui peut. La communauté vit des dons et des aumônes du passant et aussi des biens de l'orphelin dont elle se fait la tutrice lorsque la justice l'ordonne. L'hospitalité de la Zaouïa est forcément limitée pour éviter l'encombrement, mais elle est inépuisable. Elle est parfois une communauté puissante et empreinte de justice et d'équité retranchée dans une forteresse. Chaque zaouia est un Makhzen en puissance : lors du XVIIe siècle, une zaouia comme celle des Dala’iynes avait un système makhzénien très avancé sur les territoires sous son contrôle.

Les zaouia servaient de lieu d’études où de doctes maîtres (les moueddeb) enseignaient le Coran et les principes de la foi islamique. Une salle, le Kouttèb, était spécialement affectée à cet enseignement... Dans le même temps, les zaouia avaient aussi une fonction sociale, elles constituaient des lieux de rencontre et offraient ainsi l'occasion d’entrer en relation les uns avec les autres. Les pèlerinages aux zaouia rurales avaient généralement lieu à la fin de la saison estivale, une fois terminés les travaux des champs et réalisé le produit des récoltes. Les offrandes des pèlerins étaient donc plus ou moins libérales selon les années, de sorte que «la bonne saison» profitait à tous – chacun bénéficiait de la manne divine... Les Zaouïa de Sidi Ali El Mekki à Ghar El Melh, de Sidi Amor Bou Khetioua à Kalaât Landlous, de Sidi Laarbi et de Saïda Aajoula à Ras Jebel, de Sidi Ali Azzouz à Zaghouan,... sont le rendez-vous des populations rurales des alentours de la région de Tunis. Une confrérie soufie n'est pas ouverte exclusivement à ses adeptes : elle se doit d'accueillir les étrangers. Chacun peut accéder à la veillée, y trouver soutien et entraide, mais aussi l'occasion de se purifier et de se soigner.

Le pouvoir colonial menait une politique d’infiltration des Zaouïa. Plus encore, certaines confréries telles la Kéttania et la Tijania s’étaient ralliées par leurs chefs à la France. La production du Malhoun fut soumise à la censure. Son contenu s’est appauvrit et son style truffé de termes d’origine français et espagnoles. La musique traditionnelle se ressentira également de la campagne politique durant les années 1950 par les nationalistes contre les « hérésies » et le « charlatanisme » (la cha’ouada).

Organisation des confréries au sein des zaouias

La dimension religieuse des Zaouïa est soulignée par Greetz, qui fut étonné par le rôle important qu'elle jouaient dans la sociologie politique primitive car chaque Zaouïa est un Makhzen en puissance : lors du XVIIe siècle, une zaouia comme celle des Dala’iynes avait un système makhzénien très avancé sur les territoires sous son contrôle.

Cheikh

Au sommet de la hiérarchie est placé le cheikh, directeur spirituel et temporel de l'ordre, homme omnipotent et omniscient, favorisé du Dieu clément et miséricordieux, qui a étendu ses bienfaits sur sa personne en lui déléguant une étincelle de sa toute puissance (la baraka), qui en a fait son intermédiaire obligé auprès des êtres humains. C'est l'homme qui a une connaissance parfaite de la loi divine, qui est arrivé au degré de perfection dans l'art de connaître les infirmités et les maux dont les âmes sont affligées, les remèdes propres à les guider dans la voie de Dieu. C'est un véritable pontife, héritier ou fondateur de l'enseignement spécial à la tariqa, le seul qui en possède tous les secrets, qu'Allah a honoré de tous les titres divins (oualisoufi, kotob, ghout, etc.). Personnage magnanime, austère, synthétisant toutes les vertus, toutes les sciences, ayant le don des miracles ; en un mot, le vrai continuateur de la tradition que tant d'hommes célèbres ont illustrée par leur piété et leur savoir soufiderouichmarabout.

Le cheikh ne reconnaît d'autre puissance, au-dessus de la sienne, que celle de Dieu et de Mahomet ; ne s'inspire d'autres pensées que de celles que lui suggère Dieu lui-même ou son initiateur tout puissant assis, dans l'autre monde, à côté du trône souverain et imbu des sentiments de l'Être suprême. Tel est au sens mystique du mot, le cheikh ainsi que le conçoivent les croyants, adeptes ou serviteurs de la confrérie placée sous son patronage.

Le calife

Au deuxième rang se trouve le calife (khalifa) ou lieutenant du cheikh son coadjuteur dans les pays éloignés, investi d'une partie de ses pouvoirs, son délégué auprès des fidèles. On le désigne parfois sous le nom de naïb, intérimaire, mais alors, le naïb, comme son nom l'indique, exerce tous les pouvoirs du khalifa sans être officiellement investi de ce titre.

Moqaddem

Au-dessous du khalifa est placé le moqaddem (prepositus, pl. moqaddim), sorte de vicaire cantonal, exécuteur fidèle des instructions que le cheikh lui donne, oralement ou par des lettres missives, son délégué auprès du vulgaire, le vrai propagateur des doctrines de la tariqa, l'âme de la confrérie, tantôt missionnaire, tantôt directeur d'un couvent, professeur (a'lem) lettré ou ignorant, il est l'initiateur du commun qui sollicite son appui.

Il remplit, en cela, le rôle du daï des ismaélites, a les mêmes attributions, les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le moqaddem non encore titularisé porte, comme le khalifa, le titre de naïb (intérimaire) (vicarius alterius, pl. nouèb).

Les moqaddim ont généralement des agents spéciaux, sortes d'émissaires montés (rakeb, au pl. rokkab), spécialement chargés de prévenir les adeptes du jour de l'arrivée du maître, de donner connaissance aux frères assemblés des instructions, écrites ou verbales, que le moqqadem leur fait parvenir de temps à autre, et d'assurer les relations des adeptes avec le chef de l'ordre. Dans certaines confréries (Rahmaniya,TaïbiyaHansaliya), ces auxiliaires portent le nom de chaouch.

Les khouans et autres adeptes

Enfin, vient, au dernier échelon de la hiérarchie, la masse des adeptes qui sont différemment qualifiés, suivant les confréries auxquelles ils appartiennent : leur nom générique est khouan (frères), dans l'Afrique septentrionale, et derouich en Orient ; mais, en réalité, ces qualifications, qui rappellent sans cesse à l'affilié le lien intime qui l'attache à ses coreligionnaires alimentés à la même source divine, la Tariqa, ne sont employées la première, que dans les ordres dérivés des khelouatiya, particulièrement dans celui des Rahmaniya, et la seconde dans ceux issus des doctrines chadéliennes, principalement dans celui des Derkaoua.

Quelques zaouïas au Maghreb

Ecoles par excellence du Coran, des sciences religieuses et d’initiation au tassawùf, les zaouïas algériennes ont dû au cours de la longue histoire de notre pays s’impliquer dans la défense et l’expansion de l’Islam, ainsi que dans le combat pour la libération et l'indépendance de l'Algérie.

  • Sidi Ahmed Benyoucef Errachidi (Miliana)

  • Si ben Alî Chrif (Akbou)
  • Sidi Bel-Ezrag
  • Zaouia de Sidi Benamar (Fillaoussenne)
  • Zaouïa Boudarga.
  • Sidi Moulebhar.
  • Zaouïa de Si Tayeb Al Mahaji (Zaouia Derkaouia Mahajia) à Oran M'dina-Jdida (Tahtaha), appelé par la suite la Mosquée Cherifia en l’honneur des Chorafas d’Al Mahaja.
  • Zaouïa El Alaouia, Sidi Ahmed Ben Alioua le fondateur de la tarika El Alaouia de Mostaganem (1867-1934) - Cheikh Al Alawi eut pour successeur Cheikh Hadj Adda Bentounès (M-1952) auquel il maria sa nièce Lala Kheira Benalioua (1928-1975).
  • Zaouïa Chadhiliyya
  • Zaouïa Qadiriya, De la fin du XIVe au début du XVe siècle une célèbre confrérie fit son apparition en Algérie : c’est celle de la Kadriya. C’est Sidi Mahieddine Abou Mohammed Abdelkader El Ghilani (1079-1166) qui donna naissance à la confrérie Kadriya qui porte son nom. Les Kadriyine se fixèrent à Mascara et à Tlemcen.
  • Lalla Rahmaniya, Fondateur Sidi M'hamed Bou Qobrine (Alger et Bounouh)
  • Sidi M'hand Oumalek (Tifrit n'Ath oumalek)
  • Sidi Moh'Ali oulhadj (Tifrit n'Aït el Hadj)
  • Zaouïa Thaalibiya, Fondateur Sidi Abderrahmane Thaalibi
  • Zaouïa Sennoussia dite Essanousiya du Cheikh Bentekouk.
  • Sidi Serhane.
  • Zaouïa Taîbiya, Moulay Abdallah Chérif né au cours du XVIe siècle dans la tribu des Beni Arous au djebel Alam et le fondateur de Zaouïa Taïbiya. Il mourut en 1678 en laissant un fils Sidi Mohammed Ben Abdallah (1678-1708).
  • Zaouïa Dradra est une zaouia fondée dans les Aurès par El Hachemi Benderdour[1] au début du XXe siècle en Algérie.
  • Zaouïa sidi BOUKACHABIA a Oued l'aneb.
  • Zaouia Tidjaniya, Sidi Ahmed Ben Mohamed, le fondateur de la Zaouïa Tidjaniya, est né en 1737. Il laissa deux fils Sidi Mhammed El Kébir né en 1795 et Sidi Mhammed Es Seghir né en 1799. Ces deux hommes s’établirent dans le ksour de Aïn Mehdi (Laghouat).
  • Sidi-Wahhab
  • Zaouïa de Aïoun El Berranis, Sidi Boudali Ben Abdelkader El Djebbari (patronyme : BOUDRIA) qui a fondé la Zaouïa de Aïoun El Berranis en 1870 près de Taghmaret (Takhemaret);
  • Sidi Yakkout
  • Zaouïa Derkaouia, Un Chérif Idrisi Sidi Bouazza Al Mahaji et le premier fondateur de la tarika Derkaouia en Algérie (Zaouïa Derkaouia Mahajia), Al Mahaja se fixérent à l’Ouest de l’Algérie plus précisément a la ville d'Oran disciple de Moulay Larbi Derkaoui à Fès (Maroc).
  • Zaouia Habria Derquaouia à Oran, fondée par Habri Sidi Ali fils de Sidi El Haj Mohamed El Habri Celui du Maroc Ahfir=>Saidia se trouve à Maravel. Pour l'instant, Habri Sidi Ali et son frère aîné, Habri Sidi Ahmed, se sont occupé de cette Zaouia. Une tarika importante tant par la personnalité de son auteur que par l’intense activité de ses adeptes est celle qui a été fondée par Cheikh El Hadj Mohammed Belkaïd. C’est la tarika Belkaïdiya El Hebriya. Issu d’une vieille famille de Tlemcen, Cheikh El Hadj Mohammed Belkaïd était un homme d’une grande culture et d’une profonde piété. Il est mort en 1998 à l’âge de 87 ans laissant sa succession à son fils Abdelatif. De caractère bienveillant et féru de culture et de dévotion, Cheikh El Hadj Abdelatif est un homme très estimé. La Zaouïa qu’il dirige à Sidi Maârouf distante de 15 km d’Oran dispense un enseignement dans les différentes branches du savoir : étude du Coran et de la science du hadith, culture littéraire, culture scientifique... Toute l’activité de la zaouïa gravite autour d’un centre d’intérêt : la foi et la science.
  • Shadhiliya-Darqawiya-Mahajiya :
  o Sidi Abu Yaaza Mahaji al-Jazairi (Sidi Bouazza Al Mahaji d.1277/1860). o Sidi Mohammed b. Qaddur Wakili. (Sidi Mohammed Ben Kaddour Al Oukili) o Sidi Mohammed al-Habri Azzawi (Sidi El Hebri d.1313/1898). o Sidi Mohammed Boudali. (Sidi Boudali) o Sidi Mohammed Bouzidi al-Jazairi (Cheikh El Bouzidi d.1824/1909). o Sidi Ahmed b. Aliwa (Cheikh Ahmed Al-Alawi d.1349/1934). o Sidi Hachimi Tlemsani (d.1381/1966). o Sidi Mustafa Abdessalam Filali (d.1401/1986). o Sidi Abdellqadir Aissa (d.1412/1997). o Sidi Mohammed Belqayad (Cheikh Mohammed Belkaïd d.1413/1998).  
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Le soufisme populaire s'est traduit au Maroc par la création de confréries autour d'un cheikh, sage et érudit, ayant marqué de sa personnalité ses disciple et son entourage. La plupart des confréries représentées au Maroc se rattachent à une même origine spirituelle. Elles dérivent directement de Moulay Abdeslam ben Ch'chich et de son disciple Châdili (pôle de l'Occident).

Certaines zaouïas ont joué un rôle politique au Maroc comme la zaouïa Idou Zdara, ou encore la zaouïa Semlali, du nom d'une famille prétendante au trône. Ce mélange des genres s'est poursuivi sous le Protectorat français, puisqu'elles ont apporté nombre de leurs troupes au mouvement nationaliste. La plus connue, la zaouïa Derkaouia est implantée à quelques kilomètres à peine de Taroudant. Mokhtar Soussi, fils d'Ali Derkaoui, chef de la zaouïa, sera lui-même un grand alem soufi, un nationaliste doublé d'un historien remarquable, à qui l'on doit une bonne partie de la mémoire marocaine et soussie (ses deux œuvres majeures El Massoul et Khilal Jazoula). Cet héritage spirituel, religieux, allié à un désintérêt patent de l'État, explique sans doute qu'aujourd'hui que les islamistes modérés du PJD tente de s'y implanter, parfois avec succès comme à Taroudant.

  • Zaouïa Kettania
  • Zaouïa Cherqaouia
  • Zaouia Aïssaouia, Aïssaoua qui fut fondée par Sidi Mohamed Ben Aïssa né en 1523 à Meknès.
  • Zaouia Hamdouchia
  • Zaouia Tidjaniya
  • Zaouia Boutchichiya
  • Zaouia Wazzanya
  • Zaouia Taghia
  • Zaouia Hamzaouia
  • Zaouïa Derkaouia un chérif Idrisi Moulay Larbi Derkaoui crée l’ordre des Derkaoua.
  • Zaouïa de Sidi Ben Azzouz. Nefta
  • Zaouïa de Sidi Bouteffaha. Béja
  • Zaouïa de Sidi Salah Zlaoui. Béja
  • Zaouïa de Sidi Abdelkader. Béja
  • Zaouïa de Sidi Bou Arba. Béja
  • Zaouïa de Sidi Taieb. Béja
  • Zaouïa de Sidi Baba Ali Smadhi. Béja
  • Zaouïa de Sidi Ali El Mekki
  • Zaouïa de Sidi Boudaouara. Sfax

Contributions

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Rédigé par Musique arabes

Publié dans #Religion

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Publié le 19 Mai 2008

 

« Ô Ami, cesse de chercher le pourquoi et le comment. Cesse de faire tourner la roue de ton âme. Là même où tu te trouves, en cet instant tout t'est donné, dans la plus grande perfection. Accepte ce don, presse le jus de l'instant qui passe ».

Dès sa genèse, l’islam s'est développé en deux pôles antagonistes, celui des juristes préoccupés par la Loi qui distingue le licite de l’illicite (hallal et haram) et celui des mystiques qui se polissent le cœur par l’invocation de Dieu pour qu’il reflète la lumière, une tension entre l’épée et le chapelet, le fiqh (droit musulman, spécialité des ulama, savants) et le tassawuf (mystique musulmane, soufisme, pratiqué par les foqara, les « pauvres en Dieu »).

Dans le Coran comme dans la Bible, il est écrit que Dieu a donné vie à Adam en soufflant dans ses narines, et l’invocation silencieuse ou collective, la lecture du Coran comme le chant et la musique modulent le souffle pour célébrer al-Hayy, le Vivant, un des 99 beaux noms de Dieu. le soufisme, c'est le fond même de la religion.

C'est l'application, l'empirisme ou l'expérienciel, l'éveil de personnes qui ont saisi l'Islam et en fait la Vie dans toute sa profondeur. Il y a de véritables trésors dans le Coran pour évoluer dans la vie; des éléments que l'on retrouve dans d'autres religions aussi. En cela, elles appellent toutes au même dessein, l'évolution vers notre être fondamental, "le Bien aimé intérieur" comme disent les soufis, le Soi par le processus d'individuation selon le merveilleux psychanalyste Carl Gustav Jung. C'est le processus dans la vie d'un individu le plus difficile à atteindre, c'est la raison pour laquelle Jésus a dit "il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus". Beaucoup ne souhaitent pas se remettre en question car cela serait trop douloureux, c'est pourtant le passage obligé pour entreprendre l'évolution; c'est l'attitude de millions et de millions de gens pratiquants qui délèguent leur vie à Dieu, sans faire l'effort de le rencontrer en eux-mêmes. Les soufis le font. Contrairement à l'Islam étriqué prôné par les tenants du jihad contre les ennemis, le soufisme, fondement de la pratique religieuse, à la base de ses traditions de modération, offre à l'Humanité tout entière une méthode de cheminement spirituel permettant à l'homme de mieux vivre sa vie terrestre.

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Couverture

Marouane Hajji, jeune prodige soufi de Fès

Le soufisme (تصوف}} [tassawwuf]) est un mouvement de spiritualité propre à  l'islam, où il est désigné par le mot "tassawuf", lequel est rendu par "soufisme" en français. Un membre initié du soufisme est appelé généralement un soufi, bien que le terme soufi désigne un individu qui est parvenu à la réalisation spirituelle totale. Tradition pluriséculaire répandue dans le monde entier, le soufisme est à l'origine de nombreuses voies spirituelles. Se situant lui-même au coeur de l'islam, ce n'est pas une philosophie, encore moins un système : il s'agit avant tout

pas notre coeur physique, mais cette fine pointe de l'être qui est le lieu de la perception spirituelle. Le soufisme est pratiqué sous la direction d'un Cheikh (littéralement : « l'Ancien » ou « le Guide »). La fonction de ce Cheikh est une guidance spirituelle, ayant pour objectif de nous faire découvrir par nous-mêmes la réalité divine. Le Guide est celui qui a déjà parcouru le chemin, qui s'est éteint en Dieu, et qui a ensuite été renvoyé vers les Hommes pour les guider vers Lui, indépendamment de tout choix et de toute volonté personnelle.

Un aspirant à une telle réalisation intérieure devrait être appelé moutaçawwouf. Les maîtres soufis se sont servis de la terminologie coranique pour décrire différents degrés de réalisation spirituelle.

Ils distinguent trois phases dans l’élévation de l’âme vers la connaissance de Dieu : d’abord l’âme gouvernée par ses passions (le postulant à l’initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd (aspirant) ; vient ensuite le degré de l’âme qui se blâme elle-même, c’est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l’initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur »), puis le troisième et dernier niveau est celui de l’âme apaisée (réintégrée à l’Esprit), l’initié arrivé à ce stade est appelé mouradh (parfait).

 

Les soufis se regroupent en confréries, dont les premières sont nées en terre chiite, sous l'impulsion de Rumi, au XIIème siècle de l'ère chrétienne. Tout en demeurant attachée à la loi islamique, le mysticisme musulman ou soufisme vise une approche sensitive et charnelle de la foi à travers une méthode théorique et pratique enseignée par des maîtres pour vivre l'expérimentation de l'union avec Dieu au cours de la vie terrestre.  Si les confréries sont nées en Orient et au Maghreb  elles ont surtout recruté en Afrique Noire. Cela est peut-être dû à leur capacité d'adaptation et au rôle important qu'elles auront joué dans ces sociétés où elles sont devenues de véritables acteurs sociopolitiques.

Le mot soufisme aurait été forgé à partir du mot "el-soufiya" qui désigne en arabe l'homme qui a réalisé pleinement sa spiritualité et qui est arrivé au terme de la Voie. Tous les gens qui suivent le chemin du "tassawuf" ne sont pas des "soufis" mais des "aspirants" à la voie spirituelle, guidés par des "soufis", ou encore des maîtres spirituels.

Le tassawwuf consiste à pratiquer l'Islam, tout d'abord comme tous les autres musulmans, et à en faire plus tant au niveau des prières, que du jeûne. On retrouve aussi des pratiques ascétiques pour purifier l'ego et surtout le "dhikr", qu'on pourrait traduire par "rappel", qui consiste à se remémorer Dieu notamment en répétant des noms divins, seul ou à plusieurs. Il est à noter qu'il existe plusieurs modalités de "dhikr".

Dans l'histoire de l'islam, le soufisme (Tassawuf) s'est très tôt opposé à la casuistique des théologiens, mais il n'en respecte pas moins scrupuleusement la loi. Les soufis ont élaboré une image intemporelle du prophète de l'islam. Ainsi, leur piété faite d'amour et de relation personnelle avec le divin est à l'origine d'un culte mystique intime de Mohammed et de son message.

 

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Une autre pratique régulière que l'on retrouve dans le "tassawuf", c'est la récitation de bénédictions sur le Prophète Muhammed. Le tassawuf a pour but de conduire au degré de l'excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du cœur, conduit à la sincérité spirituelle (ikhlâs) permettant d'accueillir la Lumière divine, par laquelle on connaît, par laquelle on voit ; mais peu arrivent à ce but. Celui qui arrive au but - le soufi -, après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, prend vie en Dieu, et n'agit que par Lui ainsi qu'Il l'a dit : « Mon Serviteur ne s'approche pas de Moi par quelque chose que J'aime davantage que par les actes que Je lui ai prescrits, Il ne cesse de s'approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu'à ce que Je l'aime. Et lorsque Je l'aime, Je suis l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit... » (Hadith qoudsi rapporté par Al-Bokhari).

Les gens du tassawuf, souvent critiqués par ignorance ou par envie, produisirent un certains nombre de versets ou de hadiths pour confirmer leur pratique, du dhikr par exemple par ce verset coranique, quoiqu'il y en ait d'autres qui aillent dans le même sens.

 

Reste en la compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur en désirant sa Face

Voici le propos d'un maître spirituel actuel: L'islam est la religion de l'unicité de Dieu, de l'amour et de la paix. Il symbolise l'effort permanent, le combat incessant pour l'excellence du comportement, et la sincérité du culte ; le soufisme en est le cœur. C'est la voie de la connaissance de Dieu, et de la sérénité de l'âme.(Hamza al Qâdiri al Boutchichi)

Le soufisme n'a rien à voir avec le courant monastique chrétien, car le Coran récuse clairement la vie monastique.

Ils (les chrétiens) ont inventé la vie monastique - que Nous n'avions nullement prescrite - poussés par le désir de plaire à Dieu. (Coran LVII ; 27). Toutefois comme le précise Charles-Robert Ageron " Les confréries musulmanes se rapprochent des ordres religieux chrétiens en ce qu'elles reconnaissent un maître, le chaïkh ('Chikh), des préposés locaux, et qu'elles comportent des novices et des disciples (muroud ) reçus après initiation devant une hiérarchie de témoins et voués à l'obéissance. La plupart des confréries possèdent aussi des sortes de couvents ou centres de prières (zawiya encore appelés ribat , khanqa , tekkiyé ) généralement construits auprès de la tombe d'un saint vénéré dont on vient implorer la bénédiction (baraka ). Quelques-uns abritent une vie monastique (vie commune des frères), mais le célibat est exceptionnel. On y pratique des exercices liturgiques particuliers, jeûnes, invocations, récitation de litanies (dhikr ). Chaque confrérie utilise ses formules spéciales de dhikr , ses litanies de noms et d'attributs divins, ses recueils de textes coraniques ou de poésies mystiques. Toutes les confréries comprennent aussi des affiliés, à la manière des tiers ordres catholiques. Ceux-ci subissent, tout comme les novices, un rituel d'initiation et sont ensuite tenus à certaines pratiques collectives: retraites, méditations ascétiques, veillées pieuses et prières accompagnées ou non de musique et de danse, fêtes annuelles (zerda , moussem ), visite au tombeau du fondateur (ziyara ), offrandes et aumônes pieuses, travaux d'entraide."[1]

Les pratiques soufies

Le soufisme est reconnu par les quatre écoles juridiques (madhhab) sunnites, et les quatres fondateurs sont reconnus pour être eux-mêmes des soufis, au sens véritable du mot, c'est-à-dire des saints et par les chiites comme une expression de la foi islamique.

Le terme soufi désigne un individu parvenu à la réalisation spirituelle totale mais un aspirant à une telle réalisation intérieure devrait être appelé moutaçawwif (مُتَصَوِّف [mutassawwif]).

Les maîtres soufis se sont servis de la terminologie coranique pour décrire différents degrés de réalisation spirituelle. Ils distinguent trois phases dans l'élévation de l'âme vers la connaissance de Dieu : d'abord l'âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l'initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd (مُريد [murīd], novice; nouvel adepte; disciple). Vient ensuite le degré de l'âme qui se blâme elle-même, c'est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l'initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (farsi : سالك [sālik], voyageur) itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur ». Puis le troisième et dernier niveau est celui de l'âme apaisée, réintégrée à l'Esprit.

 

Les soufis se sont organisés en confréries (turuq, pluriel de tarîqa); chemin, voie) fondées par des maîtres spirituels (chaykh) qui furent pendant un certain temps et encore beaucoup aujourd'hui des descendants du prophète Mahomet par son cousin Ali et sa fille Fâtima. Chaque soufi doit faire état d'une « chaîne » (silsilah) qui le rattache par différents intermédiaires à l'enseignement du Prophète. Toutes les voies spirituelles remontent de toute façon à 'Ali ibn Abi Talib, et par conséquent au Prophète. L'exercice spirituel que les soufis privilégient est le dhikr (remémoration, souvenir); il s'agit d'une pratique consistant à évoquer Allah (Dieu) en répétant Son nom de manière rythmée et en restant centré sur Sa pensée. Le dikhr est considéré comme une pratique transformatrice de l'âme, car on juge que le nom d'Allah possède une sorte de valeur théurgique qui agit sur l'âme.

Les premiers groupes de soufis s'organisèrent à Koufa et à Bassorah dès le VIIIe siècle de l'ère chrétienne, puis à Bagdad au IXe siècle. Le soufisme est surtout implanté dans les régions tardivement converties à l'Islam : en Asie centrale, en Inde, où il fut l'un des fers de lance de l'islamisation, et dans le monde turc. C'est à cette époque qu'apparurent les premières confréries, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de tassawuf mais il était pratiqué plus individuellement.

Le soufisme est un courant ésotérique qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou zahir) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou batin). Il se caractérise par une forme de renoncement aux biens matériels (piétisme) et une volonté de recherche de l'extase, ou plutôt de « l'extinction » (al-fana'), c'est-à-dire l'annihilation de l'ego pour parvenir à la conscience de la présence de l'action de Dieu en soi : Le moi individuel doit être sacrifié pour laisser place à l'Esprit, étincelle divine en l'homme : Il l'a formé harmonieusement puis lui a insufflé de Son esprit.

 

Le Coran (XXXII; 9)

Le soufisme se présente donc comme l'aspect intérieur de l'Islam.

Les confréries soufies furent persécutées par certaines autorités du sunnisme car jugées hétérodoxes par certains docteurs de la loi musulmane et car alliées au chiisme. Aujourd'hui encore les courants les plus orthodoxes cherchent à diminuer l'influence des confréries soufies dans le monde, le soufisme étant considéré comme un instrument pour sortir du cadre d'une forme d'orthodoxie stricte et littérale et, surtout, comme une dérive superstitieuse et, parfois, paganiste. En Perse la dynastie des Séfévides était issue d'une dynastie soufie.

La théorie

  • Fidélité et respect du Coran
  • Respect, obligation et assiduité de la pratique religieuse
  • Respect de tous les prophètes
  • Imitation du modèle muhammadien (conformité à la sûnna)
  • Rejet absolu de l'innovation / hérésie (al-bid'a)
  • Agrément de la volonté de Dieu (al-ridâ' bî al-qâdar)
  • Servir Dieu et le prophète Muhammad
  • Servir et défendre l'islam
  • Craindre Dieu
  • Connaître les attributs divins
  • Respecter de toutes les formes de vie
  • Respecter la nature
  • Aimer les gens de la foi (al-ahl al-imân)
  • Oublier tout de sa vie passée pour renaître dans la sûnna
  • Ne pas se montrer sous un aspect négligeant
  • Faire preuve d'humilité
  • Ne pas penser du mal d'autrui (al-su'zan bî al 'khalq)
  • Ne pas se montrer tyrannique
  • Ne pas se complaire dans ses actes
  • Ne pas se vanter
  • Parler avec sagesse
  • Utiliser le silence pour la réflexion
  • Faire de son regard une considération pour autrui
  • Mépriser l'argent et les richesses matérielles
  • Mépriser les mondanités
  • Aimer les pauvres
  • Eviter les libertins
  • Ne pas rechercher la gloire
  • Ne pas faire le mal et rechercher à faire le bien
  • Ne pas calomnier ni injurier
  • Protéger et défendre les musulmans
  • Ne pas se montrer manichéen (zindiq)
  • Ne pas se montrer violent par les actes ou par la parole
  • Etre heureux par Dieu, ses messagers, ses prophètes et ses saints (al-walî-s)
  • Respecter et servir les saints de l'islam
  • Respecter les « ravis en Dieu » (al-majdûb-s)
  • Etre triste pour les actes de son ego (al-nafs)
  • Avoir de la décence dans l'observation
  • Avoir de la décence dans le regard
  • Avoir de la décence dans le débat
  • Avoir de la décence dans la discussion
  • Combattre la rancoeur (al-haqd)
  • Combattre l'envie (al-hassad)
  • Combattre l'étonnement / l'émerveillement (al-‘ajab)
  • Combattre la non sincérité (al-riyâ')
  • Combattre la fierté de connaître la science exotérique (al-iftikhar bî al 'ilm)
  • Combattre son mauvais tempérament (al-su'l'khulq)
  • Respecter le pouvoir temporel
  • Combattre le plaisir du commandement (al-riyâsa)
  • Hospitalité, protection, nourriture et accueil de la part du Chaykh al-Kâmil et de sa zâwiya
  • Baser ses efforts (al-jihâd) sur l'adoration et les louanges à Dieu (al-dhikr Allâh)
  • Tenter d'atteindre la passion (al-chuq) de Dieu
  • Se préoccuper de Celui qui connaît le mystère (al-ghayb)
  • Suivre la guidance (al-hidâya) d'un Chaykh savant (al- ‘alim)
  • Se méfier de la propagande religieuse (al-dâ')
  • Suivre celui qui a la capacité d'interpréter les textes, le «clairvoyant » (al-basîra)
  • Tenir compagnie à celui qui possède la science des états spirituels (al-‘ilm al-ahwâl)
  • Acquérir la science (al-‘ilm) qui rapproche de Dieu
  • Acquérir la science de l'unicité (al-‘ilm tawhîd)
  • Acquérir la science de la connaissance (al-‘ilm ma'rifa)
  • Acquérir la science du débat (al-‘ilm muhâdat)
  • Acquérir science de la discussion (al-‘ilm mukâdat)
  • Acquérir la science de l'apparent (al-‘ilm zâhir)
  • Acquérir la science du caché (al-‘ilm bâtin)
  • Acquérir la science du caché profond (al-bâtin al-bâtin)
  • Acquérir la science de l'illumination (al-‘ilm tanuîr)
  • Acquérir la science la purification (al-‘ilm tathîr)
  • Acquérir la décence de la Présence divine (al-adâd al-hadra)
  • Acquérir la décence de la réunion des disciples (al-adâd al- mujâlassa)
  • Acquérir l'amour de l'âme (al-mahaba al-ruh)
  • Acquérir l'amour de la raison (al-mahaba al-‘aql)
  • Acquérir l'amour de l'ego (al-mahaba al-nafs)
  • Acquérir l'amour de la piété (al-mahaba al-taqwâ)
  • Aimer le chaykh et ses « frères » sur la voie spirituelle
  • Faire preuve d'assiduité rituelle dans les réunions de disciples
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la récitation des prières collectives et individuelles
  • Faire preuve d'abondance dans la récitation de la chahâda (« il n'y a ne dieu que Dieu »)
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la récitation de la prière pour le Prophète
  • Faire preuve d'abondance et de persévérance dans la pénitence (al-istirfâr)
  • Comprendre profondément le sens des invocations
  • Régularité dans la pratique exotérique et ésotérique
  • Observation des commandements divins

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Principales figures du Soufisme

  • Abi Mohammed Salih Soufi du début du 12eme siècle dont l'action déborda les frontières du Maroc.
  • Abul-Hassan al-Kharaqani
  • Abdeslam Ben Mchich Alami (père mystique de la tariqa Chadhiliyya).
  • Abou Hassan ach-Chadhili (fondateur de la tariqa Chadhiliyya).
  • Muhammad Ben Aissa (fondateur de la tariqa Aissawa)
  • Ahmad ibn Idris
  • Bayazid al-Bistami
  • Bahloul ben Assem (ou Acem)
  • Al-Jounayd Al-Baghadiyy
  • Muhyi Ud Din Ibn Arabi
  • Ahmed El Alaoui
  • Ahmad Ar-Rifa^iyy
  • Abou Madian Chouaib
  • L'emir Abd El-Kader
  • Jalal Ud Din Rumi
  • Rûzbehân
  • Hafez
  • Farid Al-Din Attar
  • Saadi
  • Abu Hamid Al Ghazali
  • A'd od-Din Mahmoud Chabestari
  • Nûruddîn Abdurrahmân Isfarâyinî
  • Shayk Abd al Qadir al-Jilani
  • Abu Talib Al Makki
  • Sidi Ahmad Ibn 'Ata Allah
  • Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi
  • Dr. Javad Nurbakhsh
  • Abou al-Abbas Ahmed at-Tijani
  • Sidi Muhammad Al Ghaly
  • Shaykh Al Islam [Ibrahima Niass]de Kaolack (Sénégal)
  • Umar Al Futiyu Tall
  • Sidi Al Hajj Malick Sy
  • Shaykh Hamaoula Shérif
  • Shaykh Ahmadou Bamba
Martyrs
  • Ibn Mansour al Halladj, soufi de Bagdad fut exécuté en 922. Crucifixion, après flagellation et mutilations du sexe, aux pieds et aux mains.
  • A'd od-Din Mahmoud Chabestari, brûlé sur un bûcher

« Pratiquement tous les martyrs soufis ont trouvé la mort aux mains d'autorités fanatiques religieuses ou légalistes littérales, toutes convaincues d'avoir raison et de représenter officiellement l'Islam », Federico Gonzalez. Ajouter 'Abd al-Salâm ibn Mashîsh, Cf. l'ouvrage de Zakia Zouanat "Ibn Mashîsh maître d'al-Shâdhilî", Al-Najah al-Jadida, Casablanca, 1998

Les premières écoles soufis s'élaborent au IXe s. à Bassora et à Bagdad autour de maîtres réputés comme Junayd et son disciple al-Hallaj.

À partir du XIIe s. se répandent des confréries (tariqa) où les adeptes (mouride), à la recherche de l'anéantissement en Dieu, sont guidés par un cheikh ou munchid dans la pratique du dhikr, c'est à dire la répétition d'invocations qui est la pratique la plus courante du mouride (le disciple) qui est l'élément central du rituel soufi.

Ainsi naissent notamment la Qadiriyya à Bagdad  au XIVe s., la Sanusiyya au XIXe s. au Maghreb... Le maraboutisme, essentiellement présent en Afrique du Nord, représente un autre aspect du soufisme, mais la forme dominante en est constituée par les très nombreuses confréries qui jouent encore actuellement un rôle politique et religieux important.

Si le Soufisme se distingue des autres formes de spiritualité par son ancrage à l'Islam, le soufi se distingue d'un quelconque musulman par son assiduité au 'Dikhr'.  En tête des invocations musulmanes on rencontre tout d'abord la formule de l'unicité La-ilaha illa-llah. 

Le Maroc a connu, tout au long de son histoire, des confréries soufies fondées par des maîtres éducateurs reconnus pour leur mansuétude et leur clairvoyant discernement et considérés comme des modèles de conduite morale à suivre. Ces confréries furent des écoles spirituelles et éducatives ayant servi l'Islam en contribuant à la consécration de ses préceptes, à l'approfondissement de la connaissance de ses règles et à son adaptation aux lieux et aux conjonctures. Leur encadrement de la population s'exerçait par le biais de zaouias implantées dans les villes et dans les campagnes, et dont certaines continuent d'exister aujourd'hui. Les soufis prennent leurs distances à l'égard des fondamentalistes (qui voient dans l'islam l'émulation stricte et utopique du prophète Mahomet et de ses compagnons) en insistant tout particulièrement sur l'adaptation de la communauté aux préoccupations et aux priorités des temps modernes. Les soufis ne condamnent pas les femmes non voilées pas plus qu'ils ne censurent les distractions de notre époque. Pour eux, la différence entre vertu et vice tient à l'intention et non pas aux apparences.

Le soufisme est si répandu dans la culture marocaine que son rôle ne peut pas être convenablement appréhendé si on le réduit à une secte ou à un lieu sacré ; il va même jusqu'à s'imprégner des genres musicaux dits ''modernes'' ou ''occidentaux''. Le raï, ainsi que les versions marocaines de hip hop et de rap, peuvent sembler trop terrestres ou trop sensuels pour être associés au soufisme. Pourtant, ils s'inspirent de la poésie soufie pour chanter l'essence première de l'être humain, les vertus de la simplicité et les dons curatifs des saints soufis comme Sidi Abderrahman Majdoub, Sidi Ahmed Tijani et Sidi Boumediene, chefs spirituels vénérés par leurs pairs et disciples pour avoir atteint l'union spirituelle avec Dieu au cours de leur existence sur terre.

L'impact du soufisme sur la culture des jeunes est plus explicite dans les paroles du groupe Nass El Ghiwane et de Saharan Gnawa musicians. Ces deux groupes ont profondément influencé la musique populaire marocaine depuis les années 70. Les chansons de Ghiwan imprégnées de la mode hippie des groupes tels que les Rolling Stones et Pink Floyd, poussent bon nombre de ceux qui les écoutent vers une réponse physique appelée shatha, un terme arabe marocain employé pour parler de danse moderne. Le Maroc doit son image de nation musulmane moderne au soufisme, une tradition islamique spirituelle et tolérante qui remonte aux premières générations de musulmans et qui, pendant des siècles, a soutenu la cohésion religieuse, sociale et culturelle de la société marocaine. Le soufisme apporte des réponses à quelques-uns des problèmes les plus complexes que connaît le monde musulman contemporain dont les jeunes constituent la majeure partie de la population. mettant l'accent sur les valeurs universelles que l'islam partage avec le christianisme et le judaïsme (comme la recherche du bonheur, l'amour des siens, la tolérance des différences raciales et religieuses et la promotion de la paix), les rassemblements soufis incitent les jeunes à s'engager dans le dialogue interreligieux. Pris ensemble, les séminaires soufis, les psalmodies et les rassemblements spirituels offrent un véhicule social à des millions de Marocains où la fusion du sacré et du profane, de l'âme et du corps, du local et de l'universel est à la fois possible et agréable. 

L'encyclopédie de l'Islam les définit comme « une méthode de psychologie morale pour guider pratiquement les vocations individuelles ». Les turuq (pluriel de tarîqa, voie en arabe) inscrivent, alors, leur action dans le cadre du vaste mouvement ou école de pensée musulmane connue sous le nom de soufisme. Ce dernier serait une manière de se désintéresser des choses terrestres pour se consacrer à Dieu malgré les multiples divergences concernant sa définition et ses caractéristiques. C'est, en quelque sorte, un vaste « programme de vie » spirituelle dont la dimension mystique trouverait son fondement dans le Coran et les traditions prophétiques et va, parfois, au-delà du cadre islamique par sa quête universelle du divin.

Chaque confrérie est reliée par une chaîne mystique (silsila) du fondateur de l'ordre jusqu'au Prophète. Chaque soufi croit que la foi professée par son ordre est l'essence ésotérique de l'islam et que le rituel de son ordre possède le même degré d'efficacité que la prière canonique (salât). L'affiliation de chaque soufi à son ordre s'effectue au moyen d'un pacte consistant en une profession de foi religieuse et des vœux qui varient selon les différentes confréries qui comprennent toujours le vœu de pauvreté.

 
 

 

Notes et références

  1. ↑ Ageron Charles-Robert, Confréries musulmanes, Encyclopaedia Universalis
  2. http://www.geocities.com/symbolos_fg/esxxi01.htm

 

Voir aussi

Liens internet

 

Bibliographie

  • ANDEZIAN, Sossie :Expériences du divin dans l'Algérie contemporaine, 2001
  • Initiation aux doctrines ésotériques de l'Islam, Titus Burckhardt,Dervy, 1969
  • Dans la Taverne de la Ruine, Javad Nurbakhsh, éd. Khaniqahi Nimatullahi Publications. ISBN 2-909698-22-X
  • Les soufis et l'ésotérisme, Idries Shah, éd. Petite Bibliothèque Payot.
  • La Voie soufie, Faouzi Skali, éd. Albin Michel (coll. Spiritualités vivantes).
  • Le Face à face des cœurs, Faouzi Skali, éd. Pocket.
  • Sidi Hamza al-Qadiri Boudchichi: le renouveau du soufisme au Maroc, Karim Ben Driss, éd. Al Bouraq, 2002.
  • L'Instant soufi, Éric Geoffroy, éd. Actes Sud (coll. Le Souffle de l'esprit)
  • Le Soufisme, al-tasawwuf et la spiritualité islamique, Christian Bonaud, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
  • Le Livre des Haltes, Cheikh abd Allah Penot, éditions Alif (traduction partielle d'un ouvrage du shaykh abd al Kader al Jaziri)
  • Les Religions de l'humanité, éd. Criterion, 2004. Au chapitre de l'Islam, un excellent résumé: le soufisme est l'une des composantes majeures de la spiritualité universelle.
  • Soufisme d'Orient et d'Occident, (périodique) éd. Al Bouraq
  • Schubert, Eva, Sarif, Walid : Pèlerinage, sciences et soufisme - l'art islamique en Cisjordanie et à Gaza ; cycle international d'expositions Musée Sans Frontières , Aix-en-Provence, Édisud [u.a.], 2004 ISBN 2-7449-0171-7
  • Geoffroy, Éric : Initiation au soufisme, Paris, Fayard 2004  ISBN 2-213-60903-9
  • Brahy, Colette-Nour : Dix jours en Ouzbékistan - récit d'un pèlerin soufi, Beyrouth, Albouraq, 2004, ISBN 2-84161-243-0
  • Willar, Lise : Soufisme et hassidisme, Paris [u.a.], L' Harmattan, 2003 ISBN 2-7475-4000-6
  • Kahale, Joseph : Le soufisme et ses grands maîtres spirituels , [Châtenay-Malabry], Alteredit, 2002, ISBN 2-84633-034-4
  • Chih, Rachida : Le soufisme au quotidien - confréries d'Egypte au XXe siècle, Arles, Sindbad, 2000, ISBN 2-7427-2548-2
  • Nabti, Mehdi : La confrérie des Aïssâwa en milieu urbain. Les pratiques rituelles et sociales du mysticisme contemporain, EHESS, 2007.
  • Christian Bonaud: Le Soufisme, al-tasawwuf et la spiritualité islamique, Christian Bonaud, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002
  • Erguner, Kudsi, Riard, Jean-Michel : La fontaine de la séparation, voyage d'un musicien soufi , L'Isle-sur-la-Sorgue, Bois d'Orion, 2000, ISBN 2-909201-28-7
  • Gazzali, Abu Hamid, Muhammad Ibn Muhammad al-Diakho, Abu Ilyas Muhammad : Les dix règles du soufisme selon Ghazzâli, Beyrouth, Éd. Al-Bouraq, 1999, ISBN 2-84161-044-6
  • Geoffroy, Éric : Le soufisme en Egypte et en Syrie sous les derniers Mamelouks et les premiers Ottomans - orientations spirituelles et enjeux culturels, Damas, Inst. Français de Damas, 1996,ISBN 2-901315-21-6
  • Eric GEOFFROY, Djihâd et Contemplation, Vie et enseignement d'un soufi au temps des Croisades, Dervy, Paris, 1997
  • Zarcone, Thierry : Mystiques, philosophes et francs-maçons en Islam - Rza Tevfik, penseur ottoman (1868 - 1949), du Soufisme à la Confrérie, Paris, Libr. d'Amérique et d'Orient Maisonneuve, 1993, ISBN 2-7200-1089-8
  • Mélikoff, Irène : Sur les traces du soufisme turc - recherches sur l'Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Ed. Isis, 1992, ISBN 975-428-047-9
  • Hafez Mounir : Ce Moi sur lequel ma vie ne peut rien, collection « D'Orient et d'Occident », éditions InTexte, Toulouse, 2006, ISBN : 2-9514986-4-0.
  • revue Aurora (semestriel), qui publie des textes d'auteurs soufis, éditions InTexte.
  • La Danse de l'âme, recueil d'odes mystiques et de quatrains des soufis (Ibn Al-Fârid, Hâtif Isfahâni, Hâfiz, Djâmi, Saadi, Bâbâ Tahir), collection « D'Orient et d'Occident », éditions InTexte, Toulouse, 2006, ISBN : 2-9514986-7-5.
  • Le Soufisme ou les dimensions mystiques de l'Islam, Annemarie Schimmel, Traduit de l'anglais et de l'allemand par Albert Van Hoa, paru en Juin 1996, Editions du Cerf
  • Les Derviches tourneurs, doctrine, histoire et pratiques, Alberto Fabio Ambrosio - Ève Feuillebois - Thierry Zarcone, paru en novembre 2006, Editions du Cerf
  • Cheikh al-Alawî, Lettre ouverte à celui qui critique le soufisme, Éditions La Caravane, St-Gaudens, 2001, ISBN 2-9516476-0-3
  • Cheikh al-Alawî, Sagesse céleste - Traité de soufisme, Éditions La Caravane, Cugnaux, 2007,ISBN 2-9516476-2-X
 

 

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Rédigé par Mario Scolas

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Publié le 7 Février 2008

Des confréries religieuses, il en existe beaucoup au Maroc, mais les Aissaoua figurent parmi l'une des plus importantes dans le monde arabo-musulman et plus spécialement au Maroc où elle reste très populaire.  La confrérie des Aïssâwas (الطريقة العيساوية) est un ordre mystico religieux fondé à Meknès au Maroc par Muhammad Ben Aïssâ (1465-1526 - 882-933 H.), surnommé le « Maître Parfait » (Chaykh al-Kâmil). Les termes Aïssâwiyya (Isâwiyya) et Aïssâwa (Isâwa), issus du nom du fondateur, désignent respectivement la confrérie (tariqa, litt. « voie ») et ses disciples (fuqarâ, sing. fakir, litt. « pauvre »).

À l’origine clairement orthodoxe, la confrérie des Aïssâwa est devenu un phénomène social complexe, à mi-chemin entre le sacré et le profane, du domaine privé et public et des cultures savantes et populaires.

Les Aïssâwas sont célèbres dans le monde arabe pour leur musique spirituelle caractérisée par l'utilisation du hautbois ghaita (syn. mizmar, zurna), de chants collectifs d'hymnes religieux accompagnés par un orchestre de percussions utilisant des éléments de polyrythmie. Leur complexe cérémonie rituelle, qui met en scène des danses symboliques amenant les participants à la transe, se déroule d’une part dans la sphère privée au cours de soirées domestiques organisées à la demande de particuliers (les lîla-s), et, d’autre part, dans la sphère publique lors des célébrations des fêtes patronales (les moussem-s, qui sont aussi des pèlerinages) et des festivités touristiques (spectacles folkloriques) ou religieuses (Ramadan, mawlid ou naissance du Prophète) organisées par les États marocains et algériens.

Les Aïssâwa considèrent leur répertoire de poésies (qasâ`id) comme un « signe distinctif » original et exclusif, inconnus des autres ordres religieux et même de la zâwiya-mère de Meknès.

D’après eux, c’est sous l’impulsion des poètes du malhoun que la pratique des chants spirituels fut peu à peu introduit dans le rituel, vers la fin du 17ème siècle. Chantées en idiome local ou en arabe classique, ces chants sont soutenus par un accompagnement instrumental (joué par cinq ta’rîja-s, la tassa, la tâbla et un bendir) discret et chaloupé en deux temps appelé hadârî.
Les thèmes des poésies chantées par les Aïssâwa sont les louanges à Dieu, au Prophète, au fondateur de la confrérie et à tous les saints (walî-s) de l’Islam. 

Le « récitant du dhikr » (dhekkâr), les musiciens expérimentés et le muqaddem se succèdent un à un pour chanter ces longs vers en soliste lors de la lunassa (« se tenir compagnie »). La structure des poésies est composée de vers en rimes et du refrain, appelé la « lance » (harb, qui est aussi le titre de la chanson), reprise en chœur par la « chorale » des musiciens (le terme français « chorale » semble se substituer au mot arabe de raddada, « répétiteur »).

 


Disposition classique d'une troupe de musiciens 

Malgré leur musique particulièrement roborative, les Aïssâwa ne bénéficient pas du même engouement que les gnaoua auprès du public occidental. Cependant, comme les gnaoua et les Hamadcha - auxquels on les confond sans cesse - les Aïssâwa ont toujours été décriés et localisés au plus bas de la hiérarchie confrérique. Deux raisons principales à cela :

  • 1ère raison : la confrérie des Aïssâwa possède dans son rituel cérémoniel des éléments non islamiques apparus au fil des siècles, tels que l’exorcisme et les danses de transe.
  • 2ème raison : les disciples Aïssâwî furent recrutés traditionnellement parmi les populations paysannes du Maghreb, ou défavorisées et marginalisées des grands centres urbains. Dans un Maghreb traversé par une modernité conservatrice (l’islamisme politique) et une grave crise économique, il est aisé de comprendre que cette confrérie cristallise les tensions et les contradictions de la société en raison de l’image stigmatisante que l’opinion majoritaire lui renvoie.


Le fondateur de l’ordre
La question des filiations historiques est délicate. On admet généralement l'existence de trois confréries mères surgies au Proche-Orient aux XIIe et XIIIe siècles : la Qadiriyya, la Rifa‘iyya et la Suhrawardiyya. Postérieure à ces dernières, la Shadiliyya serait la première née au Maghreb et "...de nombreuses confréries dérivent d’elle, telles que, parmi les plus connues, les Isawiyya (ou Aîssâoûa)..., les Wazzaniyya (Maroc, XVIIe siècle) et l’éphémère confrérie ’Alawiyya, qui, fondée en 1920 à Mostaganem, eut quelque succès durant l’époque coloniale auprès de certains Européens."
 
Le fondateur de la confrérie des Aïssâwa reste un personnage quelque peu énigmatique dont la généalogie est toujours sujette à controverse. Son hagiographie nous envoie l'image d'un maître soufi et ascète légendaire d'une influence spirituelle considérable. Son mausolée est aujourd’hui dans la zaouïa qu’il fit bâtir de son vivant à Meknès, sainte demeure où se recueillent encore aujourd’hui plusieurs dizaines de fidèles au quotidien. Muhammad ben Aïssâ fut initié au soufisme par trois maîtres de la tariqa Chadhiliyya / Jazûliyya : il s’agit de ‘Abbâs Ahmad al-Hâritî (Meknès), Muhammad ‘Abd al-‘Azîz at-Tabbâ’ (Marrakech) et Muhammad as-Saghîr as-Sahlî (Fès).
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La doctrine spirituelle
Au niveau doctrinal, l’enseignement spirituel des Aïssâwa s’inscrit dans la tradition mystique qui lui est historiquement antérieure, la tariqa Chadhiliyya / Jazûliyya. Sans entrer dans les détails, cet enseignement religieux, apparu au 15ème siècle à Marrakech, est la méthode mystique la plus orthodoxe apparue au Maghreb. Les disciples Aïssâwî sont tenus de respecter les recommandations de leur fondateur : suivre l’islam sunnite tout en pratiquant des litanies surérogatoires vocales comme la longue prière connue sous le nom de « Gloire à l’Eternel » (al-hizb Subhân al-Dâ`im). La méthode Aïssâwa originelle ne fait pas mention de pratiques rituelles extatiques (musiques, les danses et les chants).
 
La zaouïa-mère de Meknès
Fondée à Meknès par Muhammad ben Aïssâ à la fin du 15ème siècle, la zaouïa-mère a été totalement rebâtie trois siècles plus tard par le sultan Moulay Muhammad ben ‘Abdallah. Rénovée de façon régulière par le Ministère des Habous et des Affaires Islamiques et entretenue par les services municipaux, la demeure est dotée d’une envergure nationale et transnationale. La zaouïa-mère est ouverte au public tous les jours de l’année du levé au couché du soleil. Elle abrite aujourd’hui trois principaux tombeaux : celui du Chaykh al-Kâmil, celui de son disciple favori Abû ar-Rawâyil et celui du fils supposé du fondateur, Aïssâ al-Mehdi.
 
Implantation géographique
La confrérie des Aïssâwa est toujours active aujourd’hui et son essaimage transnational débuta au 18ème siècle. Outre le Maroc, la confrérie est présente sous une forme institutionnelle en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Egypte, en Syrie et en Irak. De nombreux disciples vivent de façon isolée en France, Belgique, Italie, Espagne, aux Pays Bas, aux USA et au Canada.
 

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