Publié le 14 Juin 2026
Dans le contexte de la musique péruvienne, le terme tonada revêt une importance historique et culturelle fascinante. Bien que ce mot désigne de manière générale un "air" ou une "mélodie" dans le monde hispanique (et qu'il soit devenu un genre folklorique vivant en Argentine ou au Chili), au Pérou, il renvoie principalement à un trésor de la musique coloniale et métisse du XVIIIe siècle.
Voici comment comprendre la tonada dans le paysage musical péruvien :
1. Le Códice Martínez Compañón : La source historique
L'usage le plus célèbre et le plus documenté de la tonada au Pérou se trouve dans le Códice Martínez Compañón (rédigé entre 1782 et 1785).
Baltasar Jaime Martínez Compañón, alors évêque de Trujillo (dans le nord du Pérou), a compilé un manuscrit monumental documentant la vie de son diocèse. Parmi les aquarelles et les textes, il a inclus 20 partitions musicales, dont une grande partie est explicitement intitulée "Tonadas".
Ces pièces sont les plus anciens témoignages écrits de la musique populaire, profane et métisse de la côte nord péruvienne.
2. Le métissage afro-hispano-indigène
Contrairement à la musique baroque religieuse de l'époque, les tonadas du codex reflètent le syncrétisme culturel de la colonie. Elles intègrent :
- Des influences espagnoles : Dans la structure poétique (souvent des coplas ou des quatrains octosyllabiques) et l'utilisation d'instruments à cordes.
- Des influences africaines et indigènes : Dans les rythmes syncopés, l'utilisation des percussions et les thématiques.
L'exemple le plus emblématique est la Tonada El Congo (ou El Chimo), qui intègre des éléments liés aux populations afro-péridiennes et aux langues indigènes locales de la côte nord.
3. Structure musicale et lien avec les genres actuels
Les musicologues ont démontré que la structure de ces tonadas coloniales (comme la célèbre Tonada "La Lata") posait déjà les bases des grands genres musicaux de la côte péruvienne actuelle, tels que la marinera et le tondero.
La structure type d'une tonada se décompose généralement en trois sections :
À ne pas confondre : Dans le Pérou contemporain, si vous entendez un terme phonétiquement proche comme la Tunantada, sachez qu'il s'agit d'une danse complètement différente, originaire de la région andine de Jauja (Junín) et classée au patrimoine culturel. La tonada, elle, reste ancrée dans l'histoire de la musique côtière (criolla) et de la musique baroque/virreinale péruvienne.
Aujourd'hui, ces tonadas ne sont plus jouées comme une musique folklorique de rue, mais elles ont été réinvesties par les ensembles de musique ancienne et de musique baroque latino-américaine, qui les interprètent dans le monde entier pour leur fraîcheur et leur rythme unique.
Pour écouter une reconstitution moderne de cette musique, vous pouvez regarder cette interprétation de la Tonada El Congo par un ensemble baroque et le Ballet Folclórico Nacional du Pérou, illustrant la fusion des traditions musicales et de la danse à l'époque coloniale.
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