Publié le 10 Juillet 2026
Le Château de Gaasbeek n'est pas qu'un château fort brabançon. À travers la dynastie des Arconati-Visconti, il est devenu un laboratoire muséal où l'imaginaire de l'Occident (chevalerie, mythes médiévaux) est venu s'enrichir des splendeurs et de la philosophie de l'Orient. Les Arconati s'inscrivaient donc parfaitement dans la tradition européenne de l'orientalisme de l'époque, mêlant curiosité intellectuelle, fascination esthétique et frénésie de collection.
Le magnifique Château de Gaasbeek (Kasteel van Gaasbeek), situé dans le Pajottenland aux portes de Bruxelles, en Belgique.
Si ce monument est à l'origine une forteresse médiévale européenne solidement ancrée dans l'histoire de l'Occident, il est devenu, au fil des siècles, un véritable point de rencontre entre l'Orient et l'Occident, porté par le goût de l'exotisme et les voyages de ses illustres propriétaires.
1. L’empreinte de Paul Arconati-Visconti : L'esprit orientaliste
À la fin du XVIIIe siècle, le château devient la propriété du marquis Paul Arconati-Visconti (1754-1821). Personnage excentrique, intellectuel et voyageur infatigable, il incarne parfaitement le courant de l'orientalisme qui séduit les élites européennes de l'époque.
- La fascination pour le Proche et l'Extrême-Orient : Passionné par ces cultures lointaines, Paul Arconati rapporte de ses voyages une multitude d'objets d'art. Sa collection personnelle intègre des pièces exotiques remarquables, dont une célèbre pagode chinoise en ivoire sculpté.
- Le dialogue des styles : Sous son impulsion, des salons entiers s'ouvrent aux influences asiatiques et orientales, créant un contraste saisissant avec les structures gothiques et les tapisseries flamandes traditionnelles du château.
2. Giammartino Arconati-Visconti : L'Orient comme seconde patrie
Cette tradition d’ouverture vers l'Est s'est poursuivie avec ses successeurs, notamment le marquis Giammartino Arconati Visconti. Pour cet aristocrate du XIXe siècle, l'Orient n’est plus seulement un objet d'étude ou de curiosité, mais devient une véritable seconde patrie. Ses voyages nourrissent les collections du château en objets d'art, armes, et pièces d'artisanat du monde arabo-islamique.
3. Une œuvre d’art totale à la croisée des mondes
À la fin du XIXe siècle, la dernière propriétaire privée, la marquise Marie Arconati-Visconti, fait entièrement réaménager le château par l'architecte Charle-Albert pour en faire un château fort de style néo-Renaissance. Cependant, elle veille à conserver et à scénographier ce dialogue multiculturel :
Deux figures de la famille Arconati Visconti (liée au célèbre château de Gaasbeek en Belgique) illustrent particulièrement un lien avec l'orientalisme :
C'est le membre de la famille le plus directement qualifié d'« orientaliste » par les historiens d'art. Personnage excentrique et grand voyageur, il a développé une fascination pour l'Orient vers 1800.
- Ses collections : Il a rapporté de ses voyages des pièces exotiques remarquables (dont une célèbre pagode chinoise en ivoire).
- Son héritage : Le château de Gaasbeek a d'ailleurs organisé une exposition temporaire entièrement dédiée à cette facette de sa vie, intitulée « Paul & Cie. Sur les traces de l'Orient ».
Cette célèbre mécène et salonnière de la Troisième République (née Marie Peyrat) n'était pas orientaliste elle-même, mais elle a baigné dans ce milieu :
- Son entourage : Parmi les témoins de son mariage avec le marquis Giammartino Arconati Visconti figurait le célèbre orientaliste Jules Mohl, professeur de persan au Collège de France.
- Ses legs : Si sa monumentale collection d'art léguée aux musées français (Louvre, Arts Décoratifs) se concentre principalement sur la Renaissance italienne et flamande, elle intègre également d'importants objets d'art de l'Islam
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