Publié le 13 Septembre 2026
Une croix gammée sur un lieu de culte, des trolls en ligne : jusqu'où laisserons-nous prospérer la haine ?
Par Mario Scolas
Publié le 13 septembre 2026 pour Last Night in Orient
Fermez les yeux une seconde et imaginez la scène.
Je marche dans mon quartier, à Laeken. Devant la mosquée, un symbole surgit, insolent et violent : une croix gammée tracée à même la façade. Ce n'est pas seulement un acte de vandalisme, c'est une gifle monumentale à notre histoire, au respect et au vivre-ensemble. C'est le produit direct d'une banalisation insidieuse des discours de haine, du rejet de l'autre et d'une parole politique et publique qui s'est dangereusement libérée.
Maintenant, j'ouvre les yeux, j'allume mon écran et je me rends dans les espaces de commentaires.
Un élu local de la commune de Molenbeek ose élever la voix et exprimer son indignation légitime. Et là, le second acte commence : une meute numérique se déchaîne. Je reconnais toujours les mêmes visages virtuels, les mêmes faux profils, les mêmes mécaniques de trolls bien rodées — menées par des membres actifs de sections locales du Mouvement Réformateur qui se sont fait une spécialité du harcèlement en ligne — pour salir, minimiser, inverser les rôles et déverser leur venin.
Face à cette double agression, sur le bitume et sur les réseaux, le temps de la neutralité est révolu. Je refuse de baisser les yeux. Je refuse de rien laisser passer. Ni l'antisémitisme, ni l'islamophobie, ni le racisme, ni aucune forme de haine. À Laeken, à Molenbeek et partout ailleurs, nous devons arracher notre société des mains de ceux qui veulent la diviser, pour qu'enfin chacun puisse y vivre et pratiquer sa religion dans la dignité, sans peur ni intimidation.
Sous les publications des élus et des citoyens qui s'indignent, j'assiste au même spectacle affligeant. Derrière le bouclier de faux profils et de comptes anonymes, une stratégie nauséabonde est à l'œuvre :
- Dérouter l'indignation : minimiser la gravité d'un symbole nazi sur un lieu de culte en attisant cyniquement les rancœurs communautaires.
- Intimider les voix courageuses : harceler, épuiser et faire taire celles et ceux qui, comme cet élu de Molenbeek, osent refuser le compromis avec la xénophobie.
- Polluer le débat démocratique : transformer chaque drame ou appel à la fraternité en un champ de bataille partisan où tous les coups bas sont permis.
Cette toxicité numérique n'est pas un simple effet d'Internet. C'est un poison calculé, un carburant idéologique qui prépare et légitime les passages à l'acte dans le réel.
Laisser faire les trolls, banaliser les symboles nazis, détourner le regard face à la haine qui s'organise en ligne, c'est accepter l'effritement méthodique de notre démocratie. Je refuse d'être complice par mon silence.
Notre riposte doit être implacable et sans appel :
- Tolérance zéro sur le terrain face aux profanations, au racisme et à toutes les discriminations.
- Exigence démocratique envers les partis politiques pour qu'ils nettoient leurs propres rangs de ces militants et de ces spécialistes du trollage qui pourrissent le débat public sous couvert d'anonymat.
- Soutien indéfectible à toutes les voix de terrain, élues ou citoyennes, qui se dressent chaque jour contre la peur et défendent la justice sociale.
À Laeken, à Molenbeek et partout ailleurs, rappelons haut et fort que notre humanité commune et notre cohésion vaudront toujours plus que la somme de leurs haines recroquevillées.
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