Le temps des absents, ou l'éloge de la pause au cœur du tumulte
Par Mario Scolas — Last Night in Orient
Demain, c'est la Toussaint. Loin d'être l'une de ces fêtes commerciales qui dictent nos agendas et nos portefeuilles, c'est pour moi l'une des plus essentielles. Dans nos vies rythmées par l'urgence, les notifications et le vacarme permanent, cette date agit comme un point d'orgue inattendu. Elle nous invite simplement à nous arrêter, en lien direct avec le mystère de la sainteté : non pas des figures inaccessibles, mais ces personnes qui ne sont plus physiquement là, et qui pourtant restent à jamais gravées dans la mémoire de notre philosophie et de notre cœur.
À titre personnel, cette journée résonne avec une acuité particulière. Au fil du temps, j'ai dû dire au revoir à pas mal de personnes chères, qu'il s'agisse de membres de ma famille ou d'amis précieux. Et cette année 2026 n'a épargné personne ; elle a été particulièrement difficile, marquée par la maladie qui a frappé autour de nous. Pour tous ceux qui luttent encore aujourd'hui, j'ai l'immense espoir qu'ils pourront guérir et retrouver le chemin de la vie.
Notre époque a souvent peur de la finitude. On cache la vieillesse, on aseptise la mort, rêvant d'un temps linéaire, toujours plus rapide et productif. Pourtant, marquer une pause en ce 1er novembre, c'est accepter de regarder en arrière pour mieux habiter le présent. Loin d'être un exercice de tristesse, c'est un acte de fidélité, de résistance intime et de profonde tendresse.
Car ceux que nous pleurons ne sont jamais vraiment absents. Ils habitent les plis de notre mémoire, la ronde de nos souvenirs, la manière dont nous aimons et traversons les tempêtes. Ils nous ont légué un héritage invisible : une partition silencieuse tissée de valeurs, d’éclats de rire et de regards. Prendre le temps de se recueillir et de laisser résonner leur écho, c'est renouer avec ce fil précieux de la transmission qui traverse les générations.
À l'image de ces notes suspendues qui laissent toute leur place au silence, réfléchir à la mort, c'est finalement apprendre à aimer la vie. C'est comprendre que chaque instant a tant de prix précisément parce qu'il est éphémère. Alors, demain, faisons une halte. Écoutons battre le cœur du monde autrement, et rappelons-nous que tant qu'il y aura des mémoires pour les porter, ceux qui nous ont quittés continueront de danser dans la lumière de nos vies.
Bouchez soutient des fascistes : de l’urgence d’un véritable cordon sanitaire de lutte !
Un texte initialement publié par la CAB (Antifascist Coordination of Belgium), enrichi, mis en forme et publié par Mario Scolas pour Last Night in Orient.
Bruxelles, 19 février. Alors que plusieurs collectifs antifascistes et révolutionnaires s’étaient massés pour faire barrage à la venue du groupe fasciste Voorpost, la pression populaire a dicté sa loi : sous les huées des militants, les extrémistes ont battu en retraite, contraints de fuir la capitale.
Mais à peine vingt-quatre heures plus tard, le président du Mouvement Réformateur (MR), Georges-Louis Bouchez (GLB), montait au créneau pour déplorer l’annulation de cette marche. Sa défense ? Un poncif éculé de la rhétorique libérale, totalement hors sol : « Dans un État de droit, tout rassemblement légal doit pouvoir se tenir [...] Ici, certains veulent se substituer à la loi et déterminer qui a le droit de parler selon leur propre définition du bien et du mal. »
Une complaisance décomplexée avec l’extrême droite
À travers cette sortie, Georges-Louis Bouchez ne prend même plus la peine de masquer sa porosité idéologique avec les milieux fascistes. Faut-il s’en étonner ? Les signaux d’alarme s’étaient accumulés au fil des mois, confirmés par les choix stratégiques de l’appareil politique et les dérapages en série de ses figures locales.
Comment ignorer l’intégration cynique de profils issus de la frange nationaliste la plus radicale ? À l’image de Noa Pozzi, jeune ancien candidat et tête de liste du parti d’extrême droite Chez Nous à Liège, directement enrôlé au MR avec la bénédiction de la direction. Une logique de compromission que prolongeait, peu avant, la sulfureuse polémique de Laura Bonazza : conseillère communale MR à Spa, poussée à la démission après avoir relayé sur la Toile une vidéo de la fachosphère soutenant sans ciller que... « Adolf Hitler était d’extrême gauche ». Ce révisionnisme de bas étage illustre à quel point les éléments de langage de l’extrême droite irriguent désormais les veines du parti libéral.
À ce passif s’ajoute une longue liste de dérives :
Le piétinement méthodique du cordon sanitaire, dynamité par des tractations de coulisses et des passerelles assumées avec la droite nationaliste.
Le service après-vente permanent de la fachosphère la plus crasse et des autocrates réactionnaires internationaux (Javier Milei, Donald Trump, Benyamin Netanyahou) sur les réseaux sociaux.
Des campagnes électorales d’une violence inédite, entièrement articulées autour d’obsessions sécuritaires, autoritaires, racistes et antisociales.
Aujourd’hui, le chef du MR franchit le Rubicon en prenant publiquement la défense de milices fascistes interdites de manifester.
Pire : scandalisé par quelques jets de pommes bien sentis à l’Université de Liège en septembre dernier, il n’hésitait pas à qualifier l’extrême droite de « péril imaginaire ». Un négationnisme politique sidérant face à la réalité tangible de la violence réactionnaire dans le pays.
Chronologie d’une violence systémique (2019–2026)
L’extrême droite n’est ni un épiphénomène ni un « danger abstrait » : ses forfaits structurent un climat de terreur bien réel au quotidien :
2026 :
7 février : Violente agression raciste menée par une trentaine d’hooligans du FC Bruges face aux supporters de l’Olympique de Marseille.
24 janvier : Vandalisme néofasciste à l’école de l’IATA à Namur : tags haineux et vitres brisées.
2025 :
La terrifiante descente punitive et raciste orchestrée par une centaine d’hooligans du Club de Bruges à Molenbeek, saccageant le mobilier urbain et envoyant près de 80 personnes aux services d’urgence.
À Gand, une femme d’origine rwandaise sauvagement lynchée et blessée en pleine rue.
2024 :
À Liège, deux militants de gauche agressés par un néonazi, l’un d’eux lardé de coups de couteau.
Multiples expéditions punitives signées par la milice turque d’extrême droite des Loups gris contre la communauté kurde.
Tabassage à caractère raciste perpétré par des hooligans d’extrême droite du RWDM.
Assaut en règle du centre d’accueil de Zutendaal par les nervis de Voorpost, alors qu’y logeaient cinq familles avec enfants.
2023 :
Fusillades répétées ciblant des caravanes de gens du voyage en juillet par un admirateur d’Hitler surarmé (dossier retenu avec la circonstance aggravante de racisme).
17 individus d’extrême droite poursuivis en Flandre pour « constitution d’une milice privée » et détention illégale d’arsenaux de guerre.
Agressions racistes à répétition dans un bar de Bertrix.
2022 :
Saisie de 200 armes au domicile de Yannick Verdyck, survivaliste d’extrême droite, prélude à de multiples interpellations de groupuscules planifiant des attentats contre des infrastructures critiques et des minorités.
2021 :
Le militaire radicalisé Jürgen Conings s’empare d’armes lourdes de l’armée et menace ouvertement de mort des figures scientifiques et politiques.
2019 :
Incendie criminel d’un centre d’accueil pour demandeur·euses d’asile à Bilzen, signé par des activistes d’extrême droite.
La fachosphère, la RTBF et l’internationale réactionnaire
La stratégie du MR s’inscrit dans un plan d’ensemble méthodique. Sans vergogne, GLB n’a pas hésité à comparer la RTBF à la... Gestapo, après avoir relayé un brûlot issu de la fachosphère exigeant le démantèlement et la mise au chômage des journalistes du service public pour conjurer un supposé « gauchisme communiste ».
Malgré les mensonges maladroits pour nier l’évidence, les traces numériques demeurent indélébiles. C’est le logiciel classique de l’internationale réactionnaire : criminaliser tous les contre-pouvoirs — services publics, syndicats, médias, milieux culturels, sphère éducative — en les englobant sous le vocable repoussoir du « wokisme ».
À l’heure où les tractations politiques de l’Arizona laissent présager un durcissement sans précédent, la répression d’État s’abat sur les résistances : avant-projet de loi Quintin, descentes et perquisitions ciblées contre des militants à Liège, ou encore coupes sombres dans les subsides aux ASBL en Flandre.
Pour un véritable « cordon sanitaire de lutte »
L’heure est grave. Il est impératif de pointer la responsabilité historique de ceux qui, par calcul électoral cynique ou par complaisance bourgeoise déguisée en neutralité, déroulent le tapis rouge à l’autoritarisme du MR et à la banalisation du fascisme.
Ces alliances toxiques menacent directement les collectifs de terrain, les syndicats et les associations qui constituent le socle vivant de nos libertés démocratiques et sociales.
Face à ce péril, le cordon sanitaire institutionnel, vidé de sa substance, ne pèse plus lourd. Il nous appartient d’ériger un véritable cordon sanitaire de lutte, enraciné dans le bitume, les quartiers, les entreprises et les salles de classe. Rompre ces alliances mortifères, c’est faire front face à la dérive fascisante du parti libéral.
Nous sommes tous·tes antifascistes.
Par Mario Scolas — Last Night in Orient Publié le 31 octobre 2026
Le 30 octobre 1968, l'acteur hollywoodien Ramón Novarro a été brutalement assassiné à son domicile situé dans le quartier de North Hollywood, à Los Angeles. Le crime a été commis par Paul Ferguson, un jeune homme de 22 ans se livrant à la prostitution masculine, et par son frère cadet Thomas, âgé de 17 ans et tout juste sorti d'un centre de redressement. Tout au long de sa vie, Novarro a lutté contre d'intenses conflits moraux issus de la contradiction entre son homosexualité et sa foi catholique fervente — des tourments qui l'ont progressivement conduit vers l'alcoolisme et vers une fin prématurée et tragique.
Né le 6 février 1899 à Victoria de Durango dans une famille conservatrice ayant fui la Révolution mexicaine, il était le cousin des illustres actrices Dolores del Río et Andrea Palma, ainsi que du cinéaste Julio Bracho. Premier acteur mexicain à triompher à Hollywood, il a participé à 55 films, s'illustrant également comme réalisateur, producteur et scénariste. L'histoire retient de lui l'un des plus célèbres Latin Lovers de l'ère du cinéma muet.
Il a accédé à la célébrité internationale en 1922 grâce au film Le Prisonnier de Zenda, réalisé par Rex Ingram, avant de confirmer son statut de supervedette dans Ben-Hur en 1925 et dans Mata Hari en 1931, aux côtés de Greta Garbo. Né sous le nom de Juan Ramón Gil Samaniego, il est également retourné au Mexique pour tourner La virgen que forjó una patria en 1942, dans le rôle de Juan Diego.
Sous le règne des grands studios, l'homosexualité des vedettes était étouffée pour préserver l'image de séducteur hétérosexuel vendue au grand public. À l'expiration de son contrat avec la MGM en 1935, les producteurs ont tenté de le persuader de contracter un mariage de convenance. Refusant catégoriquement de céder aux exigences du studio pour protéger sa liberté personnelle, Novarro a vu sa carrière cinématographique décliner à partir de cette époque.
Cette double vie imposée et le stigmate de l'époque ont continué de le poursuivre jusque dans la tragédie de sa mort. Lors du procès des deux frères, la défense a cherché à instrumentaliser l'homophobie institutionnelle des années 1960 pour minimiser la gravité du crime et blâmer la victime. Ses assassins ont néanmoins été condamnés à la réclusion à perpétuité. Ramón Novarro repose désormais au cimetière Calvary, dans l'est de Los Angeles, en Californie.