Publié le 12 Septembre 2026

C'est des préjugés qu'il faut avoir peur, pas des réfugiés ni des étrangers
C'est des préjugés qu'il faut avoir peur, pas des réfugiés ni des étrangers

​À l'ère de la fluidité numérique, où les fils d'actualité défilent au rythme de nos sollicitations permanentes, il est devenu presque illusoire d'échapper à la marée montante du pessimisme et du rejet. Sur les réseaux sociaux, et singulièrement sur Facebook, les espaces de commentaires se métamorphosent trop souvent en exutoires où la xénophobie s'étale sans fard, nourrie par un climat anxiogène entretenu à dessein.

​Pourtant, à force de stigmatiser autrui, de voir en chaque exilé ou en chaque étranger le héraut d'une menace imminente, on dévoie fondamentalement le combat. C'est des préjugés qu'il faut avoir peur, pas des réfugiés ni des étrangers.

​Les réseaux sociaux : l'industrialisation de la peur

​Il ne sied point de faire preuve de naïveté : la haine en ligne ne procède en rien d'une fatalité spontanée. Les plateformes numériques obéissent à une grammaire marchande impitoyable, celle de l'économie de l'attention. La colère, l'indigence morale et l'effroi sont des affects viscéraux qui engendrent infiniment plus d'interactions — partages, controverses, commentaires — que ne sauraient le faire la nuance ou l'apaisement.

​En quête perpétuelle de notre disponibilité mentale, les algorithmes confinent les usagers dans des « chambres d'écho ». Dans ces espaces clos, les poncifs sur les flux migratoires se perpétuent en boucle, validés par un consensus tacite où la parole décomplexée s'auto-entretient. L'on ne cherche plus à appréhender la complexité du monde, mais à conforter ses propres angoisses. Le stéréotype s'érige alors en dogme, et la peur achève de s'installer durablement.

​Le terreau politique : quand l'institutionnel libère la parole

​Cette libération de la xénophobie virtuelle ne surgit pas du néant. Elle trouve un écho direct dans le climat politique que nous traversons en Belgique, où la surenchère sécuritaire et la mise en accusation permanente de la question migratoire tendent à banaliser le rejet. À force de faire de l'étranger la source de tous nos maux dans l'arène publique, on offre un formidable viatique à ceux qui propagent ensuite cette hostilité sur les réseaux sociaux.

​Ce discours ambiant agit comme un accélérateur de décomplexion. En transformant le débat démocratique en une opposition binaire entre « nous » et « eux », cette parole politique, souvent décomplexée, constitue précisément l'antichambre du racisme.

​Réduire l'altérité à l'épouvantail

​Le propre du préjugé réside dans son aptitude à abolir la complexité du réel. Invoquer « les étrangers » ou « les réfugiés » comme s'il s'agissait d'une masse indifférenciée, c'est effacer délibérément des millions de visages, de trajectoires intimes, de blessures indélébiles, mais aussi d'espérances.

​Derrière chaque exil, il y a des existences fracassées par les soubresauts de l'histoire, des hommes et des femmes en quête d'un répit, d'un avenir pour leur lignée, d'une terre hospitalière. Mais le racisme ordinaire s'accommode mal de la nuance ; il préfère l'abstraction. Il fabrique de toutes pièces un épouvantail destiné à rassurer une société en mal de repères. On redoute une silhouette fantasmée, un péril illusoire, oubliant que la véritable gangrène du vivre-ensemble demeure notre incapacité à toiser l'autre dans sa pleine dignité humaine.

​Déconstruire la crainte pour restaurer le lien

​La perspective heureuse, c'est qu'un préjugé porte en lui sa propre caducité : il se déconstruit. Face à la viralité délétère de la haine numérique et aux instrumentalisations politiciennes, l'antidote le plus robuste demeure l'exercice de l'esprit critique, la curiosité intellectuelle et la fréquentation de l'altérité.

​Lorsque l'on s'affranchit des écrans et des généralisations hâtives pour prêter l'oreille aux parcours singuliers, on constate que la réalité du terrain contredit en tout point les caricatures virtuelles. L'engagement associatif, l'accueil et la solidarité de proximité rappellent chaque jour que le dialogue demeure non seulement possible, mais infiniment plus fécond que le repli identitaire.

​Reprendre possession de l'espace public

​Le racisme en ligne et le rejet politique prospèrent par abdication, faute de contradictions ou par lassitude générale. Il est grand temps d'opérer un déplacement du regard. Cessons de concevoir l'altérité comme une infortune, et commençons à redouter ce que ces paniques morales infligent à notre propre humanité.

​À l'avenir, face à la récurrence des diatribes haineuses et aux discours de division, il conviendra de se remémorer une vérité essentielle : le péril ne gît point sur les chemins de l'exil, mais bien dans les consciences de ceux qui choisissent l'aversion par facilité. Faisons de nos espaces d'expression, numériques ou non, des sanctuaires où le préjugé se trouve définitivement banni.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Facebook, #Racisme, #Immigration

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Publié le 11 Septembre 2026

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique — Salle d'art contemporain et intemporel

Bruegel au pays des zwanzeurs : la chute, la frite et le chaos 

Huile sur panneau de chêne, Bruxelles, 2026.

Notice critique : « Cette œuvre monumentale et satirique résume à elle seule la condition belge au premier quart du XXIe siècle, oscillant entre le vertige technologique et le rire salvateur. »

 

​La grande fresque : Le bal des zwanzeurs et la Babel belge

​Si Pieter Bruegel l'Ancien posait aujourd'hui son regard acéré et facétieux sur la société belge, il y trouverait une source d'inspiration infinie. Baignée dans une lumière crue et automnale — typique d'un ciel du Brabant —, la scène oppose subtilement les tons ocres traditionnels du maître, les reflets froids des néons urbains et la lueur chaleureuse des friteries. En zwanzeur de génie, il croquerait les travers du pays au sein d'une immense composition grouillante de détails, incarnant à la perfection cette belgitude si singulière : un savant mélange d'autodérision, de surréalisme quotidien et de résistance joyeuse face à l'absurde.

​Au cœur du tableau, une ronde géante et chaotique, digne de La Danse des paysans, entraîne tout le monde dans un tourbillon en cadence. Posté sur un tonneau, armé de sa grosse caisse et d'un sourire infini, trône le Grand Jojo en personne : patriarche bienveillant, il mène la sarabande avec un sérieux papal tout en insufflant une énergie communicative à la foule. Autour de lui s'articule le grand ballet des paradoxes : des travailleurs en trottinette slaloment entre les pavés sous la crasse et la pluie, tandis qu'en arrière-plan, des files interminables de véhicules s'étirent sur le ring. Ce petit peuple s'agite au rythme des alertes de ses smartphones et des annonces de retards ferroviaires, reprenant en chœur des refrains festifs sans jamais perdre son flegme.

​Dominant la cité, Bruegel implante sa version moderne de la Tour de Babel. À l'horizon se dressent le gigantesque Palais de Justice de Poelaert et ses éternels échafaudages — ce labyrinthe pharaonique où les justiciables perdent leur latin —, flanqué du bâtiment Europa et de sa façade patchwork. Autour de ce monstre architectural, des technocrates, des ministres issus de multiples gouvernements et des citoyens s'agitent dans des langues variées, totalement incapables de se comprendre. L'édifice lui-même semble pencher, menaçant de s'effondrer sous le poids de sa propre complexité administrative.

​Tout près de là, clin d'œil appuyé aux célèbres armures de l'époque de Philippe II, le peintre glisse dans une ruelle des figures anachroniques et réjouissantes : des touristes madrilènes égarés, maillots de la Roja sur le dos, qui s'extasient devant une baraque à frites avec la même solennité que leurs ancêtres conquistadors. Plus loin, postés devant les institutions européennes, des fonctionnaires devisent bruyamment en espagnol, se demandant bien par quel miracle cette Babel parvient à tenir debout.

​Parsémant les quatre coins de la toile, une galerie de saynètes illustre les nouveaux proverbes du XXIe siècle, revisités par le pinceau du maître : au premier plan, un personnage essaie maladroitement de « mettre un chargeur solaire sur une tuile wafel », illustrant la vaine tentative de verdir l'inverdissable. Un peu plus loin, un cycliste s'obstine à « pédaler en sens inverse sur la LEZ pour rattraper son train en retard ». Sur les toits, un rêveur contemple les nuages numériques tout en répétant qu’il « a la brique dans le ventre », tandis qu'un excité s'égosille sur une estrade à « faire des vagues sur un réseau social avec une frite molle ».

​Ces scènes de rue débouchent naturellement sur une taverne voisine aux poutres apparentes, écho lointain de la liesse populaire. Juste à l'entrée de l'établissement, tapi dans l'ombre avec un air faussement candide, se tient Noël Godin l'entarteur : il ajuste la trajectoire d'une magnifique tarte à la crème qu'il s'apprête à propulser au visage d'un haut dignitaire en costume trois-pièces. À l'intérieur, un groupe s'esclaffe en tentant de « partager l'addition d'une carbonnade à six gouvernements ». Un vaste banquet réunit là des convives attablés autour de plats fumants et de bières spéciales, incapables de se mettre d'accord, chacun tirant frénétiquement la nappe de son côté. À travers les fenêtres, les passants observent la scène en haussant les épaules. C'est l'essence même de l'esprit belge : on rit de ses propres tracas, une pinte à la main, face à un arrière-plan où les campagnes verdoyantes et leurs éoliennes luttent encore contre l'étalement du béton.

​Enfin, dans la plus pure tradition flamande, l'œil attentif remarquera, tapi dans un coin sombre et totalement ignoré par la foule affairée, un chat roux qui essaie désespérément d'attraper un drone de livraison embourbé dans les branches d'un vieux saule pleureur, tandis qu'un pigeon de Bruxelles picore tranquillement un reste de gaufre au sucre. Tout continue, imperturbable.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Brueghel, #Zwanze, #Bruxelles

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Publié le 11 Septembre 2026

L’illusion du progrès : quand l’IA confisque le temps pour maximiser le profit

​Derrière les discours sur l'efficacité algorithmique se cache une réalité éminemment politique : l'intelligence artificielle s'inscrit dans un modèle économique de captation du temps et des richesses. Inspirée des interventions de Gustavo Petro à l'ONU et lors des sommets climatiques, cette critique dénonce la manière dont l'automatisation, au lieu de libérer l'humain, renforce son asservissement au profit d'un oligopole technologique.

​Le discours de l'actuel président colombien repose sur trois constats majeurs :

  • Un monopole de la valeur : L'IA ne détruit pas seulement des emplois, elle transfère le produit des gains de productivité vers une poignée de conglomérats privés, aggravant les inégalités mondiales.
  • La confiscation du temps : Alors que l'automatisation devrait réduire la pénibilité du labeur, le capitalisme tardif transforme cette efficacité en précarité pour les travailleurs et en surprofit pour le capital.
  • La menace pour la démocratie : La concentration du pouvoir décisionnel et des données entre des mains privées prive les États de leur souveraineté technologique et sociale.

​Face à cette trajectoire, un projet d'humanité libre exige deux ruptures :

  • Une régulation publique mondiale : Soumettre les géants de la Tech à des cadres internationaux contraignants pour garantir la transparence des algorithmes et la primauté du bien commun.
  • La conversion de la productivité en temps libre : Redistribuer les profits de l'automatisation pour financer la réduction du temps de travail sans baisse de salaire ou instaurer des dividendes sociaux universels.

​L’IA n’est pas neutre. Tant qu’elle servira à maximiser la rente privée plutôt qu'à libérer du temps humain, son progrès ne sera qu’une illusion coûteuse pour l'humanité.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Intelligence artificielle, #Gustavo Petro

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