Publié le 28 Septembre 2026

Quand la culture refuse le silence : le courage de Noé Preszow face au réflexe fascisant des réseaux sociaux

​C’était avant-hier sur la Grand-Place de Bruxelles, en direct sur la RTBF, à l'occasion de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur scène, l'artiste Noé Preszow a fait preuve d'un grand courage en portant des mots forts, ancrés dans les réalités de notre époque.

​Des termes comme « antifasciste », « Gaza », « enseignant·e·s », « sans-papiers » ou encore « précarité » ont résonné en direct, bousculant le confort de certains. Si ces mots ont pu en déranger quelques-uns, la réalité du terrain a prouvé tout le contraire : la majorité du public présent sur place était largement pour ce message, comme l'ont témoigné les poings levés et les nombreux retours chaleureux.

​Pourtant, en allant jeter un œil aux profils de ceux qui ont commencé à le critiquer et à l'insulter sur Facebook suite à sa prestation, le constat fait froid dans le dos. Voir s'étaler de la sorte cette hostilité agressive et ce fascisme en-ligne qui s'installe décomplexé sur les réseaux sociaux est vraiment inquiétant pour le débat démocratique.

​Sur Last Night in Orient, on ne peut qu'admirer la démarche et le courage de cet artiste. Cet épisode rappelle à quel point la culture et la liberté d'expression sont indispensables pour faire barrage à ces dérives et porter haut la solidarité. Tout mon soutien à Noé Preszow !

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Publié dans #Noé Preszow, #Bruxelles, #extrême droite, #2006, #Gaza, #Migrants, #Antifascistes, #Facebook

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Publié le 27 Septembre 2026

De la poésie au bouclier fraternel : analyse musicale et géopolitique de La Muralla de Quilapayún

​Parmi les œuvres fondatrices de la Nueva Canción Chilena, La Muralla, interprétée par le mythique ensemble Quilapayún, occupe une place singulière. Publié en 1969, ce morceau transcende sa simple condition de création musicale pour s'ériger en un hymne universel à la paix, à l'altérité et à la concorde.

​La genèse d'un chef-d'œuvre : entre Cuba et les Andes

​L'essence de La Muralla puise sa source dans la fusion de deux riches traditions culturelles. Le texte original est issu de la plume du grand poète cubain Nicolás Guillén, figure emblématique de la poésie sociale. En confiant ces vers aux musiciens de Quilapayún, l'œuvre acquiert une dimension nouvelle grâce à l'utilisation d'instruments andins traditionnels — quenas, charangos et percussions telluriques. Cette alchimie entre la poésie antillaise et l'esthétique musicale de la cordillère confère au morceau une intemporalité saisissante.

​Une architecture sonore au service du message

​Sur le plan strictement musical, la force de la composition réside dans sa structure dialoguée et sa rigueur rythmique :

  • ​La polyphonie vocale : Le traitement des voix constitue le cœur battant du morceau. Les harmonies, d'une grande pureté, évoquent la force du collectif. Le chant s'élève non pas comme une performance individuelle, mais comme la clameur unanime d'un peuple.
  • ​Le dynamisme de la marche : Le rythme, soutenu et obsédant, s'apparente à une marche inéluctable. Il insuffle une énergie militante qui captive immédiatement l'auditeur, transformant l'écoute en un acte d'adhésion spirituelle et politique.

​La métaphore de l'ouverture et de la fermeture

​Sur le plan littéraire et dramatique, la chanson s'articule autour d'une antithèse puissante, rythmée par l'interpellation « Tun, tun! ¿Quién es? » (« Toc, toc ! Qui est-ce ? »).

​La muraille n'est point conçue comme un instrument d'exclusion xénophobe, mais bien comme un filtre éthique : elle doit s'ouvrir à tout ce qui élève l'humanité — la rose, l'œillet, la colombe et le cœur de l'ami — tout en se dressant farouchement contre le venin, la haine et la violence.

​Quand la musique dialogue avec la diplomatie

​La portée de ce chef-d'œuvre dépasse largement les frontières de la scène artistique pour s'inviter parfois dans l'arène politique internationale. À cet égard, le morceau a connu une résonance médiatique marquante lorsque l'ancien président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, l'a fait diffuser publiquement pour illustrer sa vision de la fraternité continentale et répondre symboliquement aux projets de murs frontaliers de Donald Trump. Utiliser La Muralla comme écho géopolitique démontre à quel point la charge symbolique de la chanson demeure incisive face aux crispations nationalistes contemporaines.

​Conclusion

​Plus qu'une simple chanson, La Muralla demeure une cathédrale sonore où l'art se met au service de la dignité humaine. Par sa fluidité mélodique, sa rigueur esthétique et la profondeur de son propos, elle reste un jalon incontournable, rappelant avec force que la beauté et la fraternité constituent les remparts les plus sûrs contre l'obscurité.

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Publié dans #La Muralla, #Musique chilienne

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Publié le 26 Septembre 2026

​Peut-on peindre la mer en son entier ? Les ondes poétiques et universelles de Julos Beaucarne

​Par Mario Scolas, auteur du blog Last Night in Orient — 26 septembre 2026

 

​Il est des rencontres qui marquent une vie entière, des présences lumineuses dont la trace ne s'efface jamais. J'ai eu le grand privilège de connaître Julos Beaucarne, d'aller le visiter chez lui, à Tourinnes-la-Grosse, au cœur de cette Belgique terrienne et vibrante qu'il incarnait si bien. C'est donc avec un immense plaisir, traversé de nostalgie et d'une profonde admiration, que je souhaite lui rendre hommage aujourd'hui sur Last Night in Orient.

​Julos était de ces artistes rares qui refusent les formats étriqués. Conteur aux mains nues, musicien de l'âme et passeur d’humanité, il a façonné un univers où la poésie n'est pas un simple exercice de style, mais une manière essentielle d'habiter le monde, de le relier et de le panser. Pourtant, il me semble qu'on ne célèbre pas encore assez la grandeur de ce troubadour moderne. Pour réparer cet oubli et insuffler un vent d'audace, je repense à l'un de ses textes les plus vertigineux : ce conte poétique intitulé « Peut-on peindre la mer en son entier ? ».

​L'art comme un débordement du réel

​L’histoire nous entraîne dans les pas d'un souverain déchu, contraint à l'exil, qui emporte sous son bras une toile inachevée : un fragment de son palais au bord de l'eau, où la mer n'a jamais été tout à fait terminée. Des années plus tard, son fils, héritier du trône et prisonnier de la froide grisaille d'un monde désenchanté, exige du vieux peintre de la cour qu'il achève enfin cette mer fantasmée.

​C'est ici que s'opère le miracle du conte. Ce que Julos nous murmure à travers ces mots, c’est que l'art est infiniment plus vaste et puissant que la vie brute. Lorsque le vieux peintre reprend ses pinceaux pour poser les ultimes touches, la magie est telle que l'eau se met littéralement à déborder de la toile. L'illusion, portée à son paroxysme de vérité, submerge le réel. N'écoutant que son pinceau, l'artiste dessine alors une barque, un mât et un vent vigoureux, avant de s'y embarquer pour disparaître à jamais à l'horizon de sa propre création.

​Pourquoi ce texte résonne dans notre nuit

​Dans l'esprit d'ouverture et de dialogue qui anime notre espace ici, cette parabole résonne comme un manifeste intime. Elle nous rappelle des vérités indépassables :

  • ​L'imaginaire est un territoire insubmersible : On ne peut enfermer ni l'océan ni la liberté de l'esprit humain. L'art brise tous les cadres qu'on veut lui imposer.
  • ​Le voyage et la mémoire : À travers l'exil ou le manque, la nostalgie ne devient jamais un frein ; elle se transfigure en un formidable moteur de création pure.

​Rendre hommage à Julos Beaucarne, c'est refuser la tiédeur de l'époque. C'est accepter de se laisser submerger par la marée montante de la poésie, là où les frontières s'effacent pour laisser toute la place à l'immensité.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

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