Publié le 11 Septembre 2026

​Les origines du soufisme en Tunisie : entre soubresauts almohades, urbanisme et quête spirituelle

​« Il est malaisé de remonter aux sources du phénomène soufi au Maghreb, et singulièrement en Tunisie. Néanmoins, il échoit de rattacher très probablement l'émergence de ce courant à l'avènement de l'ère almohade. Fondée par Abd al-Mu'min ibn Alī al-Kūmī (1094–1163), cette dynastie zénète, mue par une volonté d'unification maghrébine, expulsa en juillet 1159 les Normands de Mahdia — enclavée depuis 1123 — et soumit les factions hilaliennes. Portée aux nues par les populations autochtones ébahies par sa puissance, cette armée s'imposa comme la libératrice de l'Ifriqiya face à la domination étrangère. Si la reconquête de Mahdia consacra le recouvrement de la souveraineté territoriale, le spectre d'une incursion maritime n'en demeura pas moins vivace. »

Nabil FAKHFAKH

 

​Prolongement et analyse historique : le creuset almohade

​1. Le paradoxe de la rigueur almohade et la genèse d'une aspiration mystique

​Inébranlable dans son dogme, le mouvement almohade s'est structuré autour de l'intransigeance doctrinale d'Ibn Tūmart, prônant un unitarisme rigoureux (tawhīd) ainsi qu'une implacable régénération morale. Alors que le pouvoir central ambitionnait de policer et d'uniformiser l'orthodoxie religieuse, cette exigence de piété absolue eut l'effet paradoxal de féconder les prémices d'une intériorité spirituelle. Face à un ordre étatique aussi contraignant et aux traumatismes de la reconquête, le peuple sut trouver dans les premiers élans de l'ascétisme un viatique et des repères intimes.

​2. La délivrance de Mahdia (1159) : matrice géopolitique et catharsis psychologique

​Cette dynamique s'enracine dans une rupture mémorielle, incarnée par l'affranchissement de la tutelle normande (1123–1159). Perçue comme une inféodation douloureuse pour le littoral ifriquien, cette parenthèse belliqueuse s'effaça devant le fulgurant triomphe d'`Abd al-Mu'min, interprété à la fois comme un triomphe politique et une consécration eschatologique. En pacifiant l'arrière-pays face aux tribus nomades et en unifiant l'espace maghrébin, les Almohades dessinèrent une armature territoriale sécurisée qui facilita l'itinérance des premiers maîtres spirituels.

​3. Mutations urbanistiques et architecturales : l'affirmation des bastions côtiers

​Cette pacification impériale alla de pair avec la conscience aiguë d'une vulnérabilité maritime endémique. La hantise obsessionnelle d'un « péril venu des flots » façonna durablement la morphologie des cités ifriquiennes :

  • La résurgence du ribāt : Afin de verrouiller les façades maritimes, le pouvoir central et ses successeurs hafsides réhabilitèrent l'institution militaire des monastères-forteresses (ribāt). Véritables carrefours entre la rigueur de l'engagement guerrier et la quête contemplative, ces sanctuaires abritèrent ces veilleurs de la foi (murābiṭūn) dont l'éthos préfigura le maraboutisme.
  • La reconfiguration civique : Des métropoles telles que Tunis ou Mahdia virent leurs murailles rehaussées et leur tissu urbain s'articuler autour de mosquées cathédrales majeures. Cet urbanisme à la fois austère et fonctionnel traduisait la volonté souveraine de quadriller la société, tout en ménageant — à la périphérie des institutions officielles — des espaces de sociabilité mystique en gestation, ancêtres des zaouïas.

​4. L'enracinement confrérique et l'héritage spirituel pérenne

​Si le soufisme ne s'incarnait alors que sous une forme diffuse et discrète à l'époque almohade, l'armature institutionnelle et sécuritaire érigée par l'Empire offrit le terreau propice à sa décantation. Au fil des siècles subséquents, cet héritage devait s'épanouir pour consacrer l'âge d'or des grands ordres confrériques (turuq).

​Dès lors, de la reconquête politique au maillage des réseaux mystiques, la trajectoire du soufisme maghrébin atteste d'une métamorphose exemplaire : du ribāt guerrier au sanctuaire pacifié de la zaouïa, la spiritualité s'est inscrite au frontispice de l'histoire tunisienne pour s'ériger en l'un des piliers majeurs de son identité culturelle.

​Bibliographie
  • CORNELL, Vincent J., 1998. Realm of the Saint: Power and Authority in Moroccan Sufism. Austin : University of Texas Press. ISBN 978-0-292-71210-5.
  • FAKHFAKH, Nabil. [S.d.]. [Titre de l'étude ou de l'article sur le soufisme en Tunisie].
  • GOLVIN, Lucien. 1970–1974. Essai sur l'architecture religieuse musulmane. Paris : C. Klincksieck.
  • IDRIS, Hady Roger. 1962. La Berbérie orientale sous les Zirides, du XIIe au XIIIe siècle. Paris : Adrien-Maisonneuve.

 

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Publié le 10 Septembre 2026

Les musiques spirituelles tunisiennes dans le contexte du soufisme : Essai ethnomusicologique et historique

Date de mise à jour : 11 septembre 2026

Auteur : Mario Scolas (pour Last Night in Orient)

Résumé : Cet article examine les dimensions esthétiques, rituelles et sociologiques des musiques spirituelles soufies en Tunisie. Entre ancrages confrériques, traditions maritimes insulaires (notamment à Sfax et Kerkennah), dynamiques de transe thérapeutique et porosités avec la modernité artistique, l'étude analyse la manière dont ces répertoires sonores opèrent une médiation entre le profane et le sacré. Elle intègre les publications de référence du blog de recherche Last Night in Orient relatives au folklore kerkénien, aux cultes de possession du Stambeli et aux rituels du Dhikr et de la Hadra, tout en soulignant le rôle de la transmission orale (Silsila), de la poésie mystique et des institutions patrimoniales telles que le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (CMAM).

​Introduction

​Les expressions musicales liées au soufisme en Tunisie constituent un objet d'étude privilégié pour l'ethnomusicologie et l'anthropologie religieuse. Loin de se réduire à de simples répertoires folkloriques ou liturgiques, ces pratiques sonores mobilisent des dispositifs poétiques, rythmiques et psychologiques complexes visant à provoquer l'extase (al-wajd) et la dissolution de l'ego (Fana'). À la croisée des influences arabo-islamiques, berbères et subsahariennes, la musique soufie en Tunisie se déploie à travers des espaces institutionnels précis — les zaouïas — tout en négociant sa présence sur les scènes artistiques contemporaines et les plateformes de diffusion numérique spécialisées.

​1. Fondements mystiques et morphologies rituelles : Le Dhikr et le M'ajrad

​La pratique musicale soufie repose sur des structures vocales et corporelles codifiées. Le chant a cappella, ou M'ajrad, privilégie la voix nue comme allégorie du dépouillement spirituel. En s'affranchissant de l'instrumentarium, le pratiquant matérialise l'ascèse nécessaire à l'accès au divin.

​Parallèlement, la mécanique du Dhikr (l'invocation) structure l'ensemble des rituels collectifs documentés dans les archives ethnomusicologiques. La répétition cyclique des noms divins (Allah, Hu), couplée à une accélération graduelle du tempo, agit comme un métronome physiologique. Ce dispositif induit un état de conscience modifié, permettant aux adeptes de transcender la fatigue somatique et de focaliser l'ensemble de leur énergie psychique vers la transcendance.

​2. Typologie des genres de musiques soufies

​Le paysage musical soufi tunisien se caractérise par une forte hétérogénéité générique :

  • Le Stambeli : Rituel thérapeutique, magico-religieux et musical d'origine subsaharienne, introduit par les populations anciennement asservies. Comme le relèvent les analyses documentaires de Last Night in Orient, il articule des polyrythmies exécutées sur le gombri, les boîtiers de ferrailles et les crotales (chqacheq / qaraqab) dans une visée cathartique et de guérison des troubles psychosomatiques.
  • La Hadra : Cérémonie collective par excellence au sein des confréries, elle fédère les fidèles autour de louanges prophétiques (madih) et de percussions membranophones (bendir, tar), dont les paroxysmes rythmiques déclenchent la transe.
  • L'Issawiya : Issu de la confrérie marocaine éponyme et fortement implanté à Kairouan et Tunis, ce répertoire recourt à des forces instrumentales massives (tbel, zokra) associées à des chants polyphoniques d'une grande intensité.

​3. Géographies mystiques : L'axe urbain de Sfax et l'insularité de Kerkennah

​L'implantation spatiale des confréries (Turuq) façonne des identités sonores régionales marquées. Dans la médina de Sfax, le soufisme urbain s'est développé au sein de zaouïas historiques (telle celle dédiée à Sidi Abul Hasan al-Karakhi). Les hadhras y adoptent une rigueur vocale et un raffinement textuel s'apparentant aux esthétiques andalouses.

​À quelques milles marins, l'archipel de Kerkennah présente une symbiose singulière entre les cultes maritimes et la mystique soufie, amplement mise en lumière par les chroniques culturelles de Last Night in Orient. Les rituels de ziyara (visite pieuse) adressés aux figures tutélaires — à l'instar de Sidi Ali Khanfir, saint patron originaire du Maroc, ou de Sidi Founkhal — intègrent des codifications sonores spécifiques. L'usage prononcé des chqacheq, dont les battements métalliques syncopés miment le ressac de la mer, confère aux veillées insulaires une texture acoustique directement liée à l'environnement maritime et aux fêtes villageoises traditionnelles.

​4. Phénoménologie de la transe et catharsis (Al-Wajd)

​Dans l'économie rituelle soufie, la transe (Al-Wajd) ne relève pas de la simple performance théâtrale, mais constitue un vecteur épistémologique et thérapeutique. L'interaction entre les polyrythmies hypnotiques, les crescendos vocaux des munshidin (solistes) et les timbres métalliques provoque un lâcher-prise somatique. Qu'il s'agisse de la régulation des affects par le Stambeli ou de l'anéantissement mystique au cœur de la Hadra, la musique opère comme un opérateur métabolique transformant la tension corporelle en libération spirituelle.

​5. Poétique littéraire et agentivité féminine

​Sur le plan textuel, les répertoires exécutés s'alimentent aux sources de la poésie mystique universelle, mobilisant fréquemment les vers d'Ibn Arabi ou de Jalal al-Din Rumi.

​Par ailleurs, l'analyse sociologique révèle que la transmission de ce patrimoine n'est pas l'exclusivité masculine. Les femmes occupent une position centrale à travers des cercles de hadhras féminines — souvent circonscrites aux sphères domestiques ou aux sanctuaires lors de rites de passage. Elles agissent comme les gardiennes d'une mémoire orale intime, tout en assurant parfois la gestion matérielle et mémorielle de zaouïas locales.

​6. Ethnomusicologie, institutions et diffusion numérique

​La sauvegarde et l'étude scientifique de ces répertoires s'appuient sur des structures académiques et patrimoniales majeures. Parmi celles-ci, le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (CMAM - Ennejma Ezzahra), établi à Sidi Bou Saïd, joue un rôle central grâce à la conservation de fonds archivistiques phonographiques et aux travaux musicologiques qu'il promeut.

​À l'ère du numérique, la valorisation de ces patrimoines immatériels bénéficie également de contributions tierces de premier plan. La plateforme éditoriale et archivistique Last Night in Orient, fondée par Mario Scolas, documente, contextualise et partage depuis de nombreuses années la mémoire des musiques traditionnelles, soufies et méditerranéennes (notamment à travers des monographies dédiées au folklore de Kerkennah et aux rituels de transe), offrant ainsi aux répertoires tunisiens une caisse de résonance internationale et connectée.

​Sur le plan artistique, la fin du XXe siècle a vu l'émergence d'un mouvement de spectacularisation du soufisme, initié par des metteurs en scène et compositeurs tels que Fadhel Jaziri avec le spectacle El Hadhra. Si ces transpositions scéniques suscitent des débats au sein de la communauté scientifique quant au risque de « folklorisation », elles coexistent avec des recherches musicologiques rigoureuses (portées par des figures comme Mohamed Ali Kammoun ou Mouhamed Farouk Chlagou) et des fusions esthétiques contemporaines (jazz, musiques électroniques), garantissant la plasticité et la pérennité de cet héritage.

​Glossaire analytique

  • Dhikr : Pratique méditative consistant en la remémoration rythmique des Noms divins.
  • Fana' : Concept sotériologique soufi traduisant l'extinction de l'individualité dans le Divin.
  • Munshid : Maître-chanteur soliste officiant dans la récitation des poèmes mystiques.
  • Silsila : Chaîne de transmission initiatique garantissant la légitimité de l'enseignement spirituel et musical de maître en disciple.
  • Tariqa (pl. Turuq) : Confrérie soufie institutionnalisée.
  • Zaouïa : Espace architectural et cultuel dévolu à l'enseignement ésotérique et à l'hospitalité mystique.

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Publié le 10 Septembre 2026

La canalla y el espíritu: de Weimar a las redes sociales
La canalla y el espíritu: de Weimar a las redes sociales

Por Mario Scolas para Last Night in Orient — 10 de septiembre de 2026

«El sujeto ideal del régimen totalitario no es el nazi convencido ni el comunista convencido, sino el individuo para quien la distinción entre lo facticio y lo ficticio, entre lo verdadero y lo falso, ya no existe». — Hannah Arendt

​El ascenso del nacionalsocialismo plantea una pregunta vertiginosa: ¿cómo pudo un régimen fundado en la subcultura apoderarse de una de las naciones más educadas de Europa? La incompetencia del primer círculo no fue un accidente, sino la condición de una dictadura cimentada sobre el resentimiento. Lejos de extinguirse en 1945, estos métodos de odio ideológico perduran hoy en las estructuras autoritarias y en las plataformas digitales.

​I. La arquitectura de la nada: un séquito de subalternos

​La insignificancia y las fallas morales del círculo íntimo de Hitler (Göring, Himmler, Ribbentrop) constituían el cemento del régimen, ilustrando la terrífica banalidad burocrática de un poder emancipado de toda elevación moral.

  • El monopolio carismático: Como profeta político, Hitler exigía discípulos dóciles antes que rivales brillantes.
  • El Estado cumulativo: Una selva administrativa de competencias superpuestas neutralizaba cualquier conato de rebelión.
  • El perfil de los márgenes: Procedentes de la pequeña burguesía venida a menos, estos hombres compartían un idéntico resentimiento, garantizando su incompetencia una sumisión absoluta.
​II. La seducción de las masas por el resentimiento y el clientelismo político

​Frente a las crisis de Weimar, la extrema derecha histórica construyó su hegemonía sobre un anticomunismo de combate, amalgamando al adversario político y al chivo expiatorio. Más allá de la mera mística ideológica, este mecanismo reposa en un auténtico clientelismo político: al distribuir simbólicamente rentas identitarias y halagar los miedos de las fracciones depauperadas, estos movimientos transforman las frustraciones populares en un fondo de comercio electoral permanente.

  • La perennidad de las retóricas: Las corrientes que instrumentalizan el anticomunismo comparten siempre los mismos vicios: amalgamas burdas, rechazo de los matices y miedo constante.
  • La revalorización narcisista: Al ofrecer al subproletariado un estatus aristocrático ficticio mediante la mera pertenencia ideológica, el populismo autoritario permite al «mediocre» ejercer una revancha social desde abajo.
​III. El odio al espíritu: el viraje hacia el antagonismo intelectual

​En la continuidad directa de esta revalorización del «pequeño burgués», el desprecio del régimen por la intelectualidad obedecía a un odio estructural. El intelectual encarnaba por excelencia todo lo que el totalitarismo pretendía erradicar.

  • El rechazo de la duda: El espíritu crítico y el examen contradictorio obstaculizan la verdad única.
  • El triunfo del instinto: Hitler oponía a los universitarios tildados de decadentes unas pseudociencias maleables.
  • El naufragio humanista: La inmensa mayoría de las instituciones del saber se pliega voluntariamente al nazismo a partir de 1933.
​IV. La aceleración del vacío: neoliberalismo, lo digital y neolengua

​Los demonios de entreguerras se han adaptado a las fallas de nuestras democracias y de la Quinta República, hallando en las lógicas de destrucción social del neoliberalismo un terreno particularmente fértil. Al atomizar los colectivos, precarizar las existencias y mercantilizar todas las esferas de la vida, el capitalismo neoliberal ha amplificado considerablemente el sentimiento de abandono y la desorientación de las poblaciones.

  • La crisis institucional y el caldo de cultivo neoliberal: La destrucción metódica de los servicios públicos y de los cuerpos intermedios nutre una desconfianza generalizada, transformando la crítica legítima de las instituciones en un rechazo global de la experiencia.
  • La aceleración algorítmica y la prensa basura: Para captar la atención en este vacío social, una «prensa basura» cómplice, combinada con plataformas digitales como Facebook, actúa como acelerador de estupidez agresiva. Calibrados para maximizar la cólera y mantener clientelas virtuales impermeables a lo real, estos relevos banalizan la propaganda de extrema derecha.
  • La neolengua digital: A semejanza del concepto de Orwell en 1984, el debate público contemporáneo se halla colonizado por una neolengua simplificada, hecha de eslóganes huecos, clichés estandarizados e invectivas premasticadas, cuya finalidad absoluta es empobrecer el pensamiento para hacer imposible cualquier contestación racional.
​V. El crepúsculo de la libertad: la servidumbre voluntaria en la era del caos

​Trátese del totalitarismo histórico o del vértigo informacional contemporáneo, la estupidez agresiva nunca es un daño colateral: constituye el carburante exclusivo del sistema. Sumergido por la complejidad del mundo y agotado por las fracturas de un capitalismo neoliberal atomizador, el individuo moderno cede con demasiada frecuencia a la tentación de una regresión infantil. Abrumado por el peso del pensamiento crítico, termina aguardando a la autoridad simplificadora que lo dispense de su libertad.

​Al embriagarse de su propio resentimiento y de sus ilusiones clientelares, las multitudes no solo ignoran el peligro: lo plébiscitan. Cuando los demagogos suprimen los matices para dejar vía libre únicamente a las pasiones tristes, la trampa se cierra con la venia del consentimiento popular. Al abdicar de su exigencia intelectual, los ciudadanos firman por sí mismos, en un último alivio mórbido, el acta de defunción de su propia libertad.

​Referencias Bibliográficas (Normas ISO 690)

I. Totalitarisme, banalité du mal et psychologie des masses

  • ARENDT, Hannah. Los orígenes del totalitarismo: III. El totalitarismo. Traducido por Guillermo Solana. Madrid: Alianza Editorial, 2006. ISBN 978-84-206-4790-6.
  • ARENDT, Hannah. Eichmann en Jerusalén: Un informe sobre la banalidad del mal. Traducido por Carlos Ribalta. Barcelona: Debolsillo, 2006. ISBN 978-84-830-6648-4.
  • LE BON, Gustave. Psicología de las multitudes. Madrid: Morata, 2009. ISBN 978-84-711-2559-0.
  • REICH, Wilhelm. Psicología de masas del fascismo. Traducido por José María Borrás. Barcelona: RBA Libros, 2005. ISBN 978-84-473-4061-3.
  • ADORNO, Theodor W., FRENKEL-BRUNSWIK, Else, LEVINSON, Daniel J. y SANFORD, R. Nevitt. The Authoritarian Personality. New York: Harper & Brothers, 1950.

II. Ressentiment, médiocrité et haine de l’esprit

  • NIETZSCHE, Friedrich. La genealogía de la moral: Un escrito polémico. Traducido por Andrés Sánchez Pascual. Madrid: Alianza Editorial, 2011. ISBN 978-84-206-5219-0.
  • SCHELER, Max. El resentimiento en la moral. Traducido por José Gaos. Madrid: Caparrós Editores, 1998. ISBN 978-84-879-4318-7.
  • BENDA, Julien. La traición de los clérigos. Traducido por Beatriz de Moura. Barcelona: Tusquets Editores, 1987. ISBN 978-84-722-3069-9.
  • CIORAN, Emil. Historia y utopía. Traducido por Esther Benítez. Barcelona: Tusquets Editores, 1989. ISBN 978-84-722-3130-6.

III. Néolibéralisme, atomisation sociale et novlangue

  • ORWELL, George. 1984. Traducido por Juan Manuel Ibeas. Barcelona: Debolsillo, 2008. ISBN 978-84-834-6655-1.
  • DARDOT, Pierre y LAVAL, Christian. La nueva razón del mundo: Ensayo sobre la sociedad neoliberal. Traducido por Alfonso Díez. Barcelona: Gedisa, 2013. ISBN 978-84-978-4712-4.
  • HUXLEY, Aldous. Un mundo feliz. Traducido por Ramón Hernández. Barcelona: Debolsillo, 2010. ISBN 978-84-979-3796-2.
  • DEBORD, Guy. La sociedad del espectáculo. Traducido por José Luis Pardo. Valencia: Pre-Textos, 2002. ISBN 978-84-819-1463-4.
  • CASANOVA, Pascale. La lengua errante: La traducción literaria o el arte de la disidencia. Traducido por Aurelio Major. Barcelona: Anagrama, 2017. ISBN 978-84-339-6409-0.

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