Publié le 30 Octobre 2026

« Je veux pas que les fachos m’écoutent » : quand le rap remet la politique au centre du jeu

Sur Last Night in Orient, nous aimons explorer les ponts entre les soubresauts du monde et les expressions artistiques qui les racontent. À l’heure où la culture cherche parfois à lisser ses aspérités pour plaire à tout le monde, certains artistes choisissent de mouiller la chemise. C’est le cas d’Orelsan, dont la récente charge contre l’extrême droite et CNews relance un débat brûlant : l’art doit-il s’emparer de la politique ?

 

 


 

Lors de son concert à Bordeaux, le rappeur normand a frappé fort en dévoilant un titre inédit aux accents éminemment politiques. Fidèle à sa liberté de ton, il y épingle frontalement le paysage médiatique et les dérives identitaires : « En gros, je suis le contraire de CNews », lance-t-il, provoquant autant l’enthousiasme général que des grincements de dents — à commencer par ceux de la fachosphère et de ses relais, prompts à s'offusquer dès qu'un artiste s'écarte du rang.

 

Ce coup d’éclat remet en lumière une question éternelle : un artiste a-t-il le devoir — ou simplement le droit — d’afficher ouvertement ses convictions sur scène ?

 

Pour nous, la réponse est claire : refuser la politique dans l’art, c’est vider la création de sa substance.

L’art comme électrochoc et miroir du réel

De tout temps, les grands mouvements culturels — du jazz contestataire au rap des origines — se sont nourris des tensions de leur époque. Le rap, par essence, est une musique de témoignage et de résistance. Vouloir cantonner un musicien au simple rôle de « divertisseur » sans avis, c’est ignorer à la fois son statut de citoyen et la force de sa caisse de résonance.

 

Afficher ses positions en plein concert, c’est refuser la neutralité stérile. C’est assumer de déplaire, de bousculer le confort de son public, et de rejeter ce consensus mou qui gangrène parfois l’industrie culturelle.

Faire bouger les lignes ou prêcher des convaincus ?

Bien sûr, la démarche interroge. Ces prises de position font-elles vraiment bouger les lignes, ou ne font-elles que polariser un peu plus un débat public déjà saturé ?

 

Pour les détracteurs, c’est un coup d’épée dans l’eau qui ne séduit que des convaincus. Mais pour beaucoup, ces morceaux ont le mérite d’éveiller les consciences, notamment auprès de jeunes générations parfois hermétiques aux discours politiques traditionnels.

 

Une chose est sûre : en refusant de baisser les yeux, Orelsan rappelle que la scène reste un espace d’expression libre, n'en déplaise à la fachosphère qui aimerait tant régenter la parole des artistes.

 

Et vous, pensez-vous que les artistes doivent descendre dans l’arène politique ? Le débat est ouvert sur Last Night in Orient.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Orelsan, #rap français

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Publié le 29 Octobre 2026

Patrimoine sur Facebook : ne cédons ni nos données à Meta, ni nos rues à l'extrême droite

Par Mario Scolas — 29 octobre 2026

Partager une photo ancienne de la Grand-Place, d’un vieux tramway bruxellois ou d’une artère commerçante d’antan relève d’un sentiment noble : l’amour de notre ville, le goût de la transmission et le plaisir de partager des souvenirs communs. Mais, à Bruxelles comme partout en Belgique, ce réflexe citoyen alimente aujourd’hui une double dérive qu’il importait de dénoncer, et qu’il nous faut d’urgence endiguer.

 

Sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Facebook, des groupes très populaires aux noms rassembleurs — du type « Notre Bruxelles », « La Belgique d’antan » ou des pages similaires — ne servent plus seulement à raviver la nostalgie. Ils sont devenus le terrain de jeu privilégié d’une propagande réactionnaire couplée à une exploitation commerciale agressive.

Le piège du « c’était mieux avant »

Il suffit d’ouvrir la zone de commentaires de ces publications pour mesurer l'ampleur du problème. Sous une simple photographie d'un quartier disparu, le débat dérape quasi systématiquement. Les propos racistes, la xénophobie décomplexée et le rejet de l’autre s’y étalent à ciel ouvert, le plus souvent au mépris de toute modération.

 

L’argument du « c’était mieux avant » n’y est jamais neutre : il constitue une arme politique redoutable. On fabrique et on idéalise un passé homogène pour mieux clouer au pilori le Bruxelles d’aujourd’hui, vivant, cosmopolite et multiculturel. Car face à cette nostalgie rance, il est essentiel de le rappeler : tous les habitants contemporains de Bruxelles et de Belgique ont pleinement le droit d'affirmer que c'est mieux maintenant. Le présent, avec sa diversité, ses libertés accrues, ses avancées sociales et son dynamisme culturel, offre un cadre de vie infiniment plus inclusif et ouvert que les replis d'autrefois. L’histoire locale, qui devrait cimenter notre pacte républicain et démocratique, se trouve ainsi détournée pour diviser, stigmatiser et propager la rhétorique de l'extrême droite.

Un double hold-up : idéologique et commercial

En confiant notre mémoire collective à ces espaces hébergés par les géants de la tech, nous cautionnons un double hold-up :

 

  1. Un hold-up politique : Notre patrimoine est instrumentalisé pour transformer des espaces de mémoire en tribunes de haine, offrant une vitrine inespérée aux idéologies identitaires.
  2. Un hold-up commercial : Pendant que les citoyens s'écharpent en commentaires ou partagent de précieuses anecdotes familiales, Meta engrange les bénéfices. L’entreprise compresse les images, efface les métadonnées historiques et exploite gratuitement nos contributions afin d’entraîner ses intelligences artificielles.
Reprenons le contrôle de notre mémoire

Notre patrimoine ne saurait être ni une simple marchandise pour la Silicon Valley, ni le carburant des discours haineux.

 

Il est temps de réagir et de bâtir de véritables alternatives d'archivage souveraines. Sauvegarder notre histoire exige de la rigueur et des méthodes professionnelles, bien loin des logiques de la viralité :

 

  • Soigner la numérisation et les formats : Privilégier les formats ouverts et non destructifs pour nos photos (comme le TIFF ou le JPEG haute définition) ainsi que pour nos documents textuels (PDF/A). Il convient de conserver précieusement les métadonnées (le qui, le quand, le où) afin que chaque document préserve toute sa valeur historique et scientifique.
  • Appliquer la règle de sécurité (3-2-1) : Conserver nos originaux en trois exemplaires, répartis sur deux supports différents, dont au moins une copie hors site ou sur un stockage souverain, pour prémunir notre mémoire des pannes techniques ou des disparitions soudaines de plateformes.
  • S'appuyer sur les cercles d'histoire locale et les institutions : Tourner le dos aux groupes marchands et se rapprocher des nombreux cercles d'histoire et d'archéologie ancrés dans nos communes bruxelloises, des archives locales ou municipales, ainsi que des projets de communs numériques ouverts (tels que Wikimedia Commons). Ces structures passionnées et compétentes garantissent un cadre d'étude respectueux, scientifique, inclusif et pérenne.

 

De la même manière que l'on finance la restauration physique de nos monuments et de nos façades, les pouvoirs publics se doivent de soutenir massivement la création d’infrastructures numériques citoyennes. Ne laissons plus personne confisquer le passé — ni l'avenir — de nos villes.

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Facebook, #Histoire de Belgique, #Extrême droite

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Publié le 29 Octobre 2026

Le mirage anti-woke : quand l'extrême droite importe ses guerres culturelles

Et si le plus grand tour de force de notre époque avait été de réussir à faire entrer le vide au cœur de nos débats ? Dans le paysage médiatique, un mot s'est imposé comme un sésame commode pour disqualifier l'adversaire : le « wokisme ». Brandi en boucle, il est érigé en menace absolue contre notre cohésion sociale. Mais d'où provient réellement cette obsession ?

 

Loin de constituer une réaction spontanée enracinée dans les réalités européennes, l'anti-wokisme est un produit d'importation. Tout droit issu des culture wars (guerres culturelles) orchestrées par les milieux conservateurs et l'extrême droite américaine, ce narratif a traversé l'Atlantique pour servir un agenda politique précis. En l'adoptant, certains politiciens européens cherchent à détourner l'attention d'un fait fondamental : le seul véritable péril pour nos sociétés demeure l'extrême droite et la régression qu'elle incarne. En agitant cet épouvantail, elle trouve le moyen idéal de polariser le débat public, de mobiliser son électorat et de normaliser des discours profondément inégalitaires, sapant par là même les fondements de la démocratie.

 

Pour démonter ce mécanisme, la sociologie et la philosophie politique offrent de précieux outils analytiques. Comme l'ont démontré plusieurs chercheurs dans l'ouvrage collectif L'Anti-wokisme. Inégalitarisme et scepticisme démocratique (paru aux Éditions de l'Université de Bruxelles), cette rhétorique ne vise pas à débattre d'idées, mais à fabriquer de toutes pièces des paniques morales. En recourant à des sophismes et à des signifiants flottants, les marchands de peur transforment des revendications légitimes d'égalité en menaces fictives, servant ainsi un scepticisme démocratique qui rejette le pluralisme et évacue les véritables fractures sociales.

 

À y regarder de plus près, toute cette agitation repose sur du vide. Face à ce spectacle stérile destiné à capter l'attention par le bruit, la réponse la plus subversive consiste à déserter l'arène. Sur des espaces comme Last Night in Orient — qui a consacré de nombreux travaux à l'analyse critique de ces paniques morales —, le choix de la salubrité intellectuelle est clair : s'éloigner des médias toxiques, ignorer les faux combats importés et refuser d'accorder le moindre crédit à cette machination. Un pas de côté indispensable pour préserver la liberté de penser.

Références bibliographiques (Norme ISO 690)

DELEIXHE, Martin (dir.) et PATERNOTTE, David (dir.). L'Anti-wokisme. Inégalitarisme et scepticisme démocratique. Bruxelles : Éditions de l'Université de Bruxelles, 2023.

 

LAST NIGHT IN ORIENT. Le wokisme, la nouvelle panique morale à la mode. Last Night in Orient [en ligne]. 11 août 2023 [consulté le 29 octobre 2026]. Disponible à l'adresse : https://lgbtculture.over-blog.com/2023/08/de-quoi-le-gloub-et-le-centre-gogol-sont-ils-le-nom-le-wokisme-la-nouvelle-panique-morale-a-la-mode.html

 

LAST NIGHT IN ORIENT. La philosophie politique du wokisme. Last Night in Orient [en ligne]. 07 août 2026 [consulté le 29 octobre 2026]. Disponible à l'adresse : https://musique-arabe.over-blog.com/2026/08/la-philosophie-politique-du-wokisme.html

 

LAST NIGHT IN ORIENT. Le choc des mémoires : wokisme et dialogue des cultures. Last Night in Orient [en ligne]. 07 août 2026 [consulté le 29 octobre 2026]. Disponible à l'adresse : https://musique-arabe.over-blog.com/2026/08/le-choc-des-memoires-wokisme-et-dialogue-des-cultures.html

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Rédigé par Last Night in Orient - LNO ©

Publié dans #Wokisme, #Extrême droite, #Sociologie

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