« Mi México de Ayer » constitue l'une des compositions les plus empreintes de nostalgie, de sensibilité et de lyrisme du célèbre auteur-compositeur-interprète mexicain Salvador Flores Rivera, plus communément appelé Chava Flores (surnommé le « Chroniqueur de la Ville »).
À la différence de ses œuvres satiriques, humoristiques ou populaires ancrées dans la vie des quartiers (telles que La Bartola ou Sábado Distrito Federal), cette pièce se révèle comme un vibrant hommage poétique à l'enfance de l'auteur ainsi qu'à la métamorphose de la ville de Mexico.
Portée thématique et signification
L'œuvre s'apparente à une véritable fresque mémorielle, ouvrant une perspective sur le passé colonial et fin-de-siècle de la capitale mexicaine. Par le truchement de saynètes du quotidien, Chava Flores exhume des traditions et des usages irrémédiablement ensevelis par la modernité :
- L'art culinaire traditionnel : Il dépeint avec minutie les réchauds à charbon (anafres) dressés sur les trottoirs, les tamales frits dans la graisse, les galettes de maïs parfumées à la cassonade et à la cannelle, les entremets lactés (natillas), le riz au lait servi dans de délicates terrines d'argile, la capirotada, les fruits d'aubépine confits (tejocotes), ainsi que l'incontournable atole champurrado.
- Les cris de rue et les figures pittoresques : Il évoque la clameur mélodieuse des colporteurs (pregones) annonçant leurs marchandises — seaux, terreau pour les parterres, confiseries de mélasse, aguamiel et friandises sucrées.
- Le décor urbain d'antan : Il esquisse le tableau de voies pavées, empreintes de quiétude, rythmées par la marche des troupes militaires et leurs fanfares, le passage des calèches et celui du vénérable tramway hippomobile.
La quintessence émotionnelle de cette mélodie trouve son expression la plus pure au sein de son refrain emblématique :
Ces splendeurs d'autrefois,
telles que mon regard les a contemplées,
ont déserté ma terre natale,
elles ont à jamais disparu.
Certes, mon Mexique d'aujourd'hui resplendit
ainsi qu'il ne l'a jamais fait,
pourtant, aux jours de mon enfance,
il possédait un indicible charme...
Extrait des paroles
Une jeune Indienne pleine de grâce installait son réchaud sur la chaussée,
sur son comal immaculé aux reflets d'encre, elle faisait frire des tamales dans le saindoux,
confectionnant ces galettes de pâte, de panela et de cannelle
que j'allais acquérir pour une obole en prenant le chemin de l'école.
Au crépuscule, l'on dressait sur les venelles des tables nettes et vénérables,
où l'on nous servait des crèmes onctueuses et du riz au lait en de minuscules terrines ;
la somptueuse capirotada, les tejocotes nappés de miel
et, pour clore le soir, un atole d'une si exquise saveur que nul n'en saurait retrouver l'égal...