Publié le 4 Octobre 2026
Par Mario Scolas — 4 octobre 2026
Alors que se profile l'édition 2027 du Concours Eurovision de la chanson, la question de sa légitimité éthique se pose avec une acuité sans précédent. Loin de constituer un simple désaccord géopolitique, la situation à Gaza est qualifiée par de nombreux observateurs, militants et peuples comme un génocide en cours. Dès lors, maintenir la participation d'un État responsable de ces violations massives des droits humains au sein d'un événement autoproclamé « apolitique » soulève une grave question morale : le divertissement peut-il tout légitimer ?
L'argument de la neutralité brandi par l'Union européenne de radio-télévision (UER) ne tient plus face à l'horreur des faits. Permettre à un pays sous le coup d'accusations de génocide de parader sur une scène culturelle internationale revient à offrir une tribune de normalisation inacceptable.
Face à cette dérive, un premier sursaut institutionnel émerge : l'Irlande a officialisé son boycott pour l'édition 2027, prolongeant sa contestation, tandis que d'autres voix en Islande ou en Espagne remettent en question leur participation. Pourtant, attendre un réveil complet des instances dirigeantes s'avère illusoire.
Si l'organisation persiste à fermer les yeux, la réponse la plus directe et percutante n'appartient pas seulement aux diffuseurs, mais au public. Le véritable pouvoir ne réside pas dans les coulisses feutrées de l'UER, mais dans nos salons.
Le boycott citoyen s'impose aujourd'hui comme une arme pacifique redoutable. Il repose sur des gestes simples mais radicaux :
- Éteindre les écrans : Refuser catégoriquement de regarder les demi-finales et la grande finale. Les audiences restent le nerf de la guerre économique et médiatique de l'événement ; faire chuter ces chiffres est le signal le plus clair à envoyer.
- Pratiquer l'invisibilisation médiatique : Ne pas relayer, commenter ou faire exister les chansons et le battage publicitaire sur les réseaux sociaux pendant la semaine du concours. L'indifférence est souvent plus violente pour une machine médiatique que la critique directe.
Plutôt que de subir ou d'ignorer passivement l'événement, ces heures de grande écoute peuvent être réinvesties dans des initiatives porteuses de sens, qu'elles soient culturelles, militantes ou de partage :
- Organiser des soirées documentaires ou cinématographiques engagées : Programmer chez soi ou dans un local associatif la projection de films, de documentaires ou de témoignages sur l'histoire de la Palestine, la culture palestinienne ou les luttes pour les droits humains à travers le monde.
- Mettre en place des cercles de lecture ou des débats thématiques : Se réunir entre amis, en famille ou au sein de collectifs locaux pour lire des auteurs palestiniens, échanger sur le rôle de la culture dans les conflits géopolitiques ou débattre de la neutralité des médias.
- Soutenir la création artistique indépendante et solidaire : Profiter de ce moment pour écouter, acheter ou diffuser de la musique d'artistes engagés, ou promouvoir des initiatives culturelles qui mettent en lumière des peuples opprimés sans passer par les grands circuits médiatiques commerciaux.
- Transformer l'énergie en action militante ou humanitaire : Consacrer ce temps à rédiger des messages de soutien, à préparer des actions de sensibilisation, ou à verser le montant d'un abonnement ou de dépenses liées au divertissement à des ONG humanitaires de terrain qui agissent d'urgence auprès des populations civiles touchées.
Continuer à chanter et à danser comme si de rien n'était pendant qu'un peuple est décimé relève d'une amnésie collective coupable. Participer, diffuser ou simplement regarder l'Eurovision dans ces conditions ne relève plus de la légèreté culturelle, mais d'une complicité tacite par le silence.
En éteignant nos téléviseurs et en occupant ces soirées par des alternatives solidaires, nous rappelons que la musique ne peut pas tout absoudre. Ignorer l'Eurovision, c'est refuser d'être complice de la normalisation de l'inacceptable pour redonner toute sa valeur à la dignité humaine.
/image%2F1043068%2F20190307%2Fob_c9e249_lnolno-last-night-in-orient-le-log.png)
/image%2F1043068%2F20261004%2Fob_3856b0_1000010874.jpg)
/image%2F1043068%2F20261004%2Fob_be770a_eaaa4539-640b-42c9-b2fb-2be99b366b31-1.jpg)